A menorah defies the Nazi flag , 1931

La photo ci-dessus a été prise le 11 décembre 1931 dans la petite ville de Kiel, en Allemagne. D’après le site Rare Historical Photos, nous nous trouvons dans la maison du rabbin de la ville, le rav Akiva Boruch Posner, en face de laquelle se trouvait le siège du parti nazi local. C’est la femme du rabbin, Rachel Posner, qui a pris la photo quelques minutes avant l’entrée de Shabbat, immortalisant ainsi ce qui symbolise, à mes yeux, l’essentiel du message de ‘Hanukka.

La coutume, durant les huit jours de ‘Hanukka, est d’allumer les bougies de façon à ce qu’elles puissent être vues depuis le domaine public, afin de réaliser le commandement de pirsum haness (publication du miracle).

A la différence des autres fêtes, il ne suffit donc pas de célébrer en famille ou entre amis mais il faut encore s’assurer que le plus grand nombre possible de personnes verront les bougies allumées afin que le ness, le miracle, soit connu de tous.

C’est dans cet esprit que, chaque année, des allumages publics sont organisés dans de très nombreuses villes. Institués aux Etats-Unis à la fin des années 70 par le rav Menahem Mendel Schneerson, dirigeant du mouvement ‘hassidique Loubavitch, ces cérémonies publiques se sont ensuite imposées dans le monde entier et sont devenues, dans plusieurs grandes villes, des événements incontournables.

Mais qu’a donc de si particulier le miracle de ‘Hanukka pour devoir être ainsi rendu public ? Pour certains, c’est l’aspect « caché » du miracle (1) qui nécessite une proclamation publique afin d’être reconnu par le plus grand nombre; pour d’autres, il s’agit d’une forme particulière de hakarat hatov (reconnaissance du bien qui nous a été fait) consistant à donner un maximum de publicité aux miracles dont nous avons bénéficié (2).

Mais une autre explication se fait jour lorsque l’on sait que le mot ness, s’il signifie bien « miracle », est également utilisé pour désigner un drapeau ou un étendard (3). Ainsi, l’expression pirsum haness peut également se comprendre comme « affichage du drapeau », c’est-à-dire la proclamation des valeurs auxquelles nous croyons. Et quelle fête est plus propice à cette proclamation que ‘Hanukka, où nous commémorons la lutte entreprise par les Maccabim au nom de l’identité et des valeurs juives ?

Face à l’empire grec et à sa pensée unique, un petit groupe de Juifs a eu le courage de brandir l’étendard d’une croyance et de valeurs que l’on qualifierait aujourd’hui de « politiquement incorrectes ». Et tout au long de l’histoire, chaque génération a eu ses Maccabim: des bûchers de l’Inquisition aux chambres à gaz nazies, des pogroms ukrainiens aux rafles de Vichy, les tentatives d’éteindre la flamme juive se comptent par centaines… et les victimes par millions.

Mais, à chaque génération, il a suffi qu’une poignée d’hommes et de femmes brandissent l’étendard des Maccabim pour que la flamme continue de briller. Et c’est peut-être cela le véritable miracle.

Au dos de la photo, quelques mots ont été écrits par Rachel Posner. Quelques mots qui résument 2000 ans d’histoire juive:

« Juda verrecke » die Fahne spricht
« Juda lebt ewig » erwidert das Licht
(« Le peuple juif va mourir », dit le drapeau
« Le peuple juif vivra éternellement », répond la lumière)

Un empire chasse l’autre, les drapeaux et les slogans changent. Mais la cruauté, la haine, la volonté de détruire et de tuer sont toujours là. Ce soir, en allumant la première bougie de ‘Hanukka, nous brandirons à nouveau l’étendard des Maccabim.

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(1) Les Sages distinguent entre les miracles « visibles » ou « dévoilés », qui se manifestent par un bouleversement des lois de la nature (comme l’ouverture de la mer ou les dix plaies lors de la sortie d’Egypte) et les miracles « cachés », qui correspondent à une intervention divine dans le cadre des lois naturelles (comme lors des événements célébrés à ‘Hanukka et Purim).

(2) Voir Nissim v’niflaos – Halachic perspectives on Chanukah and Purim, based on the shiurim of Harav Don Blumberg, par Chaim Gross, Targum Press, 2009

(3) Ainsi, dans la 10ème bénédiction de la prière quotidienne (‘Amida), nous demandons à Dieu de lever « l’étendard du rassemblement des exilés »: vessa ness lekabets galuïotenu.