On demanda à Hillel, le fameux Sage du 1er siècle avant l’ère moderne, s’il était possible de définir l’esprit de toute la Torah en une seule idée. Hillel répondit  » ce qui est détestable pour toi, à ton prochain ne le fais pas », le reste est commentaire, vas et étudie… »

Ce principe indique l’axe central des relations interpersonnelles comme orientation de notre véritable équilibre social et spirituel.

Se voir dans le regard de l’autre est ici fondamental. « Comment serions-nous traités dans le sens inverse ? »
Un « civilisateur » vient dans une communauté traditionnelle africaine, essaie, afin par ses propos, de diminuer l’importance de la connaissance des anciens de cette communauté traditionnelle. Il amène une nouvelle recette religieuse venue des pays « évolués », « civilisateurs », « développés ».

Hillel nous fait voir le cœur de cette dynamique.
Ce « civilisateur » accepterait-il que les anciens de sa communauté soient traités avec le même mépris par des représentants de cultures Africaines ? Permettrait-il que des familles et des communautés entières de son pays soient les proies de « civilisateurs » Africains pour leur réexpliquer le monde et comment pratiquer la Religion ?
La question ne se pose même pas.

De même, des Juifs Africains pourraient-ils aujourd’hui, dans le discours public, tenir des propos extrêmes tels que
ceux des Netureï-Karta, ou bien ceux de Juifs Blancs ouvertement racistes, athées, qui nient à la Bible ou a la tradition Juive toute validité ?
La question ne se poserait même pas.

La couleur de peau est un indicateur quasi-certain de qui sera privilégié ou qui sera dénié de considération égale pour exprimer ses idées. Cette mise en perspective de Hillel nous dit tout ce qu’on doit apprendre. Elle se résume dans la question « le contraire serait il possible ? ».

Certains sont membres des clubs qui sont faits pour les exclure. Ces clubs ont des lois de membership. Pour certains, il faut attendre très longtemps pour être acceptés comme membres à plein titre. Certains font même payer des prix exorbitants pour une adhésion qui donne enfin au demandeur une légitimité aux yeux de gens qui ne les aiment pas.

Ces affairistes font un jeu qui rapporte gros, et qui se base entièrement sur le déséquilibre des rapports dont parle Hillel. Le rapport entre validateur et validé dans ce cas est un rapport entre dominateur et dominé, car celui qui est mis en position d’attente, de permission, de rédemption par le pouvoir de l’autre, est un être dévalorisé, vidé de ce qu’il peut contribuer. L’affairiste convertit.

C’est-à-dire qu’il fait passer l’autre par les étapes successives du refus de ce qu’il est, puis de la convoitise de ce que l’autre peut lui apporter, et enfin de se remodeler selon une nouvelle identité. Cette question dangereuse de l’identité conduit à des impasses sociales qui peuvent devenir divisantes. Dans les fractures inhérentes aux notions d’identité, on trouvera toujours un groupe, une école, une tendance pour lesquels notre identité ne sera jamais assez…

Vouloir être légitime aux yeux de ceux qui ne nous considèrent pas, est une erreur que nous seuls pouvons, et devons corriger. L’attitude des « civilisateurs » ne changera pas. Elle consiste à dire que votre bonheur est dans leurs mains. Ceux qui ont déjà des traditions de sagesse et d’équité entre les êtres humains n’ont pas besoin de cela.

Si des visiteurs viennent faire connaissance avec nos communautés ils sont les bienvenus. Nous sommes honorés de leur intérêt à notre culture, et heureux de la partager avec eux. Mais en aucun cas nous ne tolérerons leur mépris à penser que les communautés juives d’Afrique sont des appâts pour galvaniser leurs entreprises. Ce que nous disons ne s’applique pas qu’aux « civilisateurs ».

Mais même au sein du Judaïsme, qui comprend de nombreuses branches. Si un Juif Noir porter les « Streimmel », il doit suivre tous les préceptes des traditions de cette école en refusant les attitudes déviants qui ne concernent pas la cause, sinon, c’est l’esclavage.

Si il veut se joindre à d’autres mouvements, il doit faire de même. C’est son choix. Mais ces mouvements ne doivent pas imposer leurs lectures extra de manière systématique sur les communautés africaines car ils desserviraient ces communautés.