C’est avéré, le jeune Théo a été violé par un policier utilisant sa matraque pendant que trois de ses complices l’aidaient. Mis en examen, les quatre policiers ont déclaré qu’il s’agissait d’un « GESTE ACCIDENTEL ».

Enfoncer une massue dans le corps d’un homme avec une telle violence ne sera jamais un acte accidentel. JAMAIS.

Ce qu’il faut maintenant, c’est essayer d’expliquer comment nous en sommes arrivés là.

Des années 80-90, j’ai le souvenir de la contestation mais aussi de l’espoir d’un monde plus juste, parfois rebelle, parfois insoumis. Cependant, nous avions des projets de « vivre ensemble », de « touche pas à mon pote » que nous martelions fièrement la main ouverte dans les cours de récréation de nos écoles laïques.

Qui ne se souvient pas des « manifs étudiantes » et des prises de positions politiques et sociales pour un monde plus équitable. Des rêves et des ambitions qui s’en propageraient comme une nuée de poudre.

Le nouveau millénaire nous avait catapulté vers une vision, de facto, où nous avions chacun un rôle à jouer, bien sûr, il y avait toujours des contestations mais aussi de la créativité.

Les Professeurs, la Police, les Parents, aussi l’Etat et les Institutions étaient l’Ordre. Cette autorité, à laquelle nous refusions de ressembler, était encore respectée, même si ce système montrait déjà des signes d’épuisements, c’était le bon temps! Du moins, celui où l’insouciance avait encore prise sur nous.

Avions-nous le bon raisonnement ? À présent, je ne le crois pas. Déjà, la cocotte minute était prête à exploser, et elle provoquerait des dommages collatéraux irréversibles.

Ainsi, le nier n’aidera personne, nos pensées d’alors nous dirigeaient vers les conséquences de nos rêveries d’aujourd’hui. Et pour paraphraser Pierre Desproges qui décrivait avec humour, apparemment, une réalité qui l’était moins : « J’adhérerais à SOS-racisme quand ils mettront un S à racisme. Il y a des racistes noirs, arabes, juifs, chinois et même des ocre-crèmes et des anthracite-argentés. »

En effet, on nous a beaucoup culpabilisé à cette époque, nous devions être semblables, gommer nos différences, retirer nos références, poindre l’amnésie communautaire. Toutefois, le racisme était partout mais le « racisme accepté » n’était toléré qu’auprès d’une catégorie de la population.

Les autres, eux, étaient considérés comme les biens lotis, les nantis de l’autre République et devaient se satisfaire des clichés et des amalgames. Néanmoins nous vivions tous le racisme et nous étions tous incompris du racisme de l’autre.

Quand j’étais petite, il n’y avait pas de juifs, de musulmans, de chrétiens, de noirs, de blancs,… Mais où étaient-ils?

Parallèlement, à cette même période commençait en banlieue, les décennies de « territoires perdus », la violence normative, les profs aux abois qui demandaient du soutien sans être entendus, les viols collectifs dans les caves, les marchés d’armes dans ces lieux-dits infranchissables, les dealers dans ces cités devenues zones de non-droit, de non-dit, ou la police n’avait plus accès, le renoncement de l’état devant cette population qui avait compris les règles du jeu. Même les médias avaient capitulé.

Les temps ont changé, la génération aussi, nous avons vieilli.

Scander des slogans comme : « la police nous protège mais qui nous protège de la police », ne me viendrait plus à l’esprit. En effet, mis à part quelques « idiots utiles », le chemin du chaos et des impostures révolutionnaires qui au fond alimentent le même désarroi, n’ont rien changé…

Et pourtant, certains pourraient aujourd’hui nous gouverner. Peut-être parce que l’utopie a fait place à l’ultra-réalisme, le tâtonnement à l’expertise, et le bon sens à la désillusion… Et aujourd’hui la désillusion porte un nom : Théo.

Théo, qui défendait ses amis, a été victime de viol en réunion par quatre policiers dont l’un a enfoncé brutalement une massue au point de faire une déchirure anale de 10 cm.

Cet acte n’est pas un geste accidentel comme le plaide le policier, mais un VIOL. Ce viol a été commis dans une cité d’Aulnay-sous-Bois, les caméras ont pu saisir la violence de la scène.

Et sans chercher à expliquer ce geste barbare, on ne peut que se retrouver impuissant devant de tels actes et ce désir de guerre déclarée contre les cités.

Beaucoup de nos codes moraux ce sont effondrés ce jour-là. Comment la police, cet ordre régalien, sensée nous protéger, en est-elle arrivée à des extrémités si graves ?

Comment la société française qui a besoin pour exister de règles strictes et fermes s’est-elle vue mise en branle ?

Théo a été blessé tant psychologiquement que physiquement. Il en gardera des séquelles jusqu’à la fin de ses jours…

Avec ce drame, nous retombons dans la cruauté d’un autre siècle, d’un autre temps. La plupart des policiers sont sûrement solides et structurés et bien qu’un groupe ait pété les plombs, d’autres groupes de jeunes de Seine-Saint-Denis brûlent des voitures et saccagent les restaurants voisins, en lieu et place de réclamer justice devant le ministère de l’intérieur…

Ils réclament vengeance.

Au fond, chacun a démissionné et préfère hurler sa haine. Et pendant ce temps le courageux Theo et sa famille appellent au calme et à la paix.