Un nouveau joyau de l’économie israélienne vient de passer dans des mains étrangères. Pepsico rachète Sodastream, le fabricant de la fameuse machine à bulles, pour près de 3,3 milliards de dollars. Plusieurs informations rassurantes sur la transaction ont été habilement diffusées : l’activité restera pour les quinze prochaines années localisée en Israël et son dirigeant actuel, Daniel Birenbaum, sera maintenu en fonction.

A ce stade, c’est beau comme un conte de fées. Sodastream rejoint Waze, Mobileye et quelques autres dans la série des ‘exits’, ces ventes à l’étranger de start-ups israéliennes à des multinationales qui font l’admiration du pays tout entier et la fortune des actionnaires : le cours de l’action Sodastream est valorisé à 144 dollars par Pepsico, soit une plus-value de 32 %.

Il est vrai que les résultats de Sodastream dépassent toutes les espérances, d’autant que l’entreprise avait dû affronter une affaire de boycott défrayant la chronique.

La Cour de justice de l’Union européenne avait jugé en 2010 que les produits Sodastream fabriqués dans son usine de Mishor Adumim, en Cisjordanie ne pouvaient être qualifiés de « Made in Israel » et donc bénéficier des accords de coopération douanière entre Israël et l’UE.  

Sodastream était devenue l’une des cibles principales de BDS. L’actrice Scarlett Johansson fut sanctionnée par Oxfam en raison de sa participation à une campagne de publicité de l’entreprise israélienne. Cette situation devait conduire les dirigeants de Sodastream à transférer leur activité à l’intérieur de la Ligne verte, à Rahat, localité bédouine, licenciant au passage les employés palestiniens, dont une partie se vit refuser des permis de travail en Israël pour des raisons de sécurité.

Sodastream illustre toutes les contradictions des entreprises israéliennes disposant d’une capacité d’innovation incontestable, mais devenant rarement de grandes sociétés de taille internationale. Les explications rationnelles (étroitesse du marché intérieur, manque d’investisseurs locaux …) ne disent pas tout d’une réalité économique et politique instable.

La production ‘bleu et blanc’ fait encore la fierté des Israéliens, mais n’empêche pas l’économie d’être de plus en plus contrôlée par les multinationales américaines (et chinoises). Cette ‘dénationalisation’ de la production présente néanmoins un avantage face aux tentatives de boycott. C’est le principal non-dit de toute cette histoire : BDS pourra encore s’acharner sur Sodastream, mais devra désormais affronter une entreprise américaine de la dimension de Pepsico, ses lobbies et son armée d’avocats.