Ce que le monde ignore, des jeunesses endoctrinées dans l’antisémitisme le plus profond

C’est avec stupeur que je découvre les camps d’Askar et de Balata à Naplouse le 3 décembre 2017, quelques jours avant la déclaration officielle de Donald Trump définissant Jérusalem comme capitale d’Israël.

Une ambiance chaleureuse, un accueil irréprochable mais jusqu’à quand ? En effet, le malaise s’installera quelques jours avant le retour en France, lorsqu’une bénévole française soupçonne et va même jusqu’à révéler ma judéité aux habitants de Naplouse.

Pendant ce temps, j’ai pu analyser de près l’endoctrinement que subissent les enfants et adolescents palestiniens. Cela aura duré six semaines, six semaines de mensonges sur ma véritable identité ainsi que sur mes réelles intentions. Les armes à la main dès l’âge de cinq ans, le mot « Yahoud » qui revient à plusieurs reprises dans des conversations que je ne comprends pas mais que je tente tout de même de faire traduire. Ici, on ne parle pas seulement de soldats israéliens pour exprimer sa haine mais bien de Juifs, le peuple Juif dans son intégralité est attaqué lors de ces discours d’une rare violence.

Dans le camp de Balata, des drapeaux du Hamas flottent à chaque intersection et les photos des martyrs terroristes surplombent presque tous les murs. Rien d’étonnant jusqu’à présent, la suite est bien plus glaçante. Alors qu’une enseignante demande aux enfants de me présenter leurs dessins, je découvre une série d’horreurs représentées sur ceux-ci avec pour couleurs le rouge du sang et le noir de la haine. Des corps sont représentés avec l’étoile de David, un couteau ensanglanté les transperce, les enfants ne sont qu’à l’école maternelle.

Comment est-il possible d’avoir de telles pensées à un âge pourtant si innocent ? Ces enfants semblent dépourvus de toute innocence, et n’ont même pas peur de la mort.

« Ici, personne n’a peur de mourir. Enfants, adultes nous ne sommes pas effrayés. Nous résistons, quitte à en mourir. » explique Amjad, 46 ans.

Mais alors comment définissent-ils la résistance ? Ce que j’ai vu était totalement dénué de sentiments humains, nous sommes loin de la définition de la résistance que le monde se fait…

Toujours à Balata, à chaque interview que je réalise un homme armé surveille les lieux et s’assure que je n’enregistre rien. Je ne peux écrire qu’en anglais et tout est ensuite vérifié. Plus de la moitié des hommes présents sortent de prison et inculquent à leurs enfants, ce même schéma de vie. Les petits garçons défilent dans les ruelles bâtons et pierres à la main, en chantant les slogans du Hamas et d’autres groupes du même genre.

Dans un cri de guerre « Allahu Akbar », ils partent en direction du lieu d’affrontement qui les oppose à l’armée israélienne. Des sourires, des chants, de la bonne humeur, personne ne paraît inquiet pour sa vie ni pour celle de son frère.

Des croix gammées sont taguées sur les murs, la gloire à adolf hitler est chose courante ici. Bien que tous les palestiniens n’adhèrent pas à de telles idéologies, il n’en demeure pas moins qu’une quasi-totalité de la jeunesse les défend. Certains palestiniens ayant adopté la non-violence et la méthode de coopération sont parfois lynchés et calomniés par le reste de la ville. Ce fut le cas pour le monsieur qui m’avait prêté une de ses chambres d’hôtel, il était accusé de collaboration car il avait un ami israélien à Ariel et se voyait boycotté plusieurs fois.

Ici, les enfants apprennent très tôt qu’il ne faut pas s’attaquer aux soldats seulement mais au peuple Juif tout entier. Ils sont au tout début de leur vie qu’on les pousse d’ores et déjà dans les bras de la mort. Un père avait amené sur le lieu d’affrontement, son fils âgé de cinq ou six ans peut-être et était fier de voir son petit apprendre à jeter des pierres et à crier des slogans de haine. Les affrontements sont comparables à un regroupement festif, on y amène tout le monde et tant pis si le petit frère doit y rester. C’est la loi, leur loi.
Comment garder l’optimisme d’un accord à deux Etats quand les bébés sont élevés à la haine de l’autre ?

Lors de mon dernier jour à Naplouse, une jeune fille s’est mise à pleurer dans mes bras en me demandant de l’amener de l’autre côté car elle n’en pouvait plus de sa vie à Naplouse. « Je veux vivre à Tel Aviv, je veux vivre avec des gens qui ont envie de vivre. » C’est sur ces paroles remplies de sens que mon reportage s’est achevé, en ayant tiré la conclusion d’une jeunesse bercée dans l’antisémitisme et pour celles et ceux ayant échappé à cette haine, alors ils n’ont pas le choix. Ils doivent se taire au risque de souiller l’honneur national et familial.

Miri