La politique se joue par un rapport de forces. Chaque partie essaie de protéger ses propres intérêts.

Les électeurs espèrent que leurs politiciens auront à cœur leur bien-être et par extension celui de tout un chacun. Obama a supposé que tous les politiciens de la planète partageraient sa vision libérale et cette approche naïve lui a fait faire découvrir la réalité humaine et politique par déceptions successives.

À son crédit, la destruction d’armes chimiques en Syrie – bien que ces armes n’aient pas été entièrement détruites ; le gel du développement nucléaire iranien* pour dix ans – bien que passé ce délai le problème se reposera encore plus crûment ; la minimisation des interventions armées américaines et donc des pertes humaines et matérielles qui accompagnent ces interventions.

Par contre la puissance de dissuasion américaine a considérablement baissé, ce qui a laissé le champ libre à des politiques agressives, notamment celles de la Russie.

Obama a-t-il été préparé à la présidence américaine ? Au tout début de sa présidence, il a décidé d’annuler l’installation de sites anti-missiles en Pologne après que la Russie lui a promis de ne plus vendre des technologies nucléaires à l’Iran. Deux semaines plus tard, la Russie avait « réévalué » la situation et repris ses ventes.

En retirant trop tôt les troupes américaines d’Irak alors même que l’État irakien fédéré n’était pas consolidé, il a semé la panique chez les Sunnites qui se sont jetés dans les bras de l’État islamique alors même que l’Iran tient en otage l’Irak grâce à un réseau de partis et de milices armées et financées par lui.

En renonçant à sa promesse d’agir contre la Syrie si ce pays continuait à utiliser des armes chimiques, il a laissé le champ libre pour la continuation des atrocités. C’est ainsi que la puissance de dissuasion américaine a été jetée au panier.

C’est la Russie qui a sauvé les meubles en proposant de disposer des armes chimiques syriennes. La guerre civile a néanmoins continué par d’autres moyens, faisant des millions de réfugiés et de personnes déplacées. Pour un temps, Obama a soutenu les Forces syriennes libres dont beaucoup de partisans se sont évanouis dans la nature après réception de leur premier chèque de paie et en vendant leurs armes.

Puis il a appuyé à nouveau les Forces syriennes libres qui sont contrôlées par la Turquie et qui incluent des milices qui sont loin d’être composées de modérés de l’islam ou qui sont carrément antiaméricaines. Sur le terrain, leur priorité première est la lutte anti-kurde. Ainsi, Obama risque de se mettre à dos les Kurdes qui se sont avérés être le seul allié apte et fiable dans la lutte contre l’État islamique. Aujourd’hui, malgré les nombreux contacts russo-américains au sujet de la Syrie, la Russie n’en fait qu’à sa tête et le carnage d’Alep se perpétue.

En soutenant publiquement le départ du président égyptien, il a mis une confiance aveugle dans le régime des Frères musulmans, régime qui s’est montré clanique et incompétent au point où, après l’une des plus grandes manifestations de l’histoire, le président Morsi a été limogé puis remplacé par le général Sissi.

En affirmant qu’il faut que l’Iran ait sa place dans l’ensemble du Moyen-Orient, il a semé la panique auprès des monarchies arabes. Seul Israël est l’allié stable des États-Unis au Proche-Orient.

Au début de son mandat et contre tous les avis de ses conseillers, Obama a voulu imposer un règlement radical du problème palestinien basé sur des concessions israéliennes unilatérales et sans exiger d’engagement de la part de l’Autorité palestinienne. Il s’est brouillé avec le Premier ministre Bibi Netanyahu.

L’aide apportée à Israël pour les dix prochaines années a été accompagnée de conditions draconiennes qui ne tiennent pas compte de la volatilité de cette région du monde.

La rhétorique anti-américaine de l’Iran n’a pas cessé après la signature de l’entente des 5 +1 sur le nucléaire. L’Iran appuie sans retenue le président syrien qui met Alep à feu et à sang. Qui plus est, 40 vaisseaux de guerre iraniens mouillent dans les eaux territoriales du Yémen et des vaisseaux américains ont été attaqués par des missiles sol-mer tirés à partir du territoire contrôlé par les Houthis qui sont appuyés par l’Iran.

Le désengagement américain du Proche-Orient a jeté ses pays dans les bras de la Russie. Grâce à sa base syrienne de Lattaquié et l’installation radar S400, la Russie est capable de surveiller de près la Turquie, la Jordanie et Israël ainsi que la Méditerranée orientale. C’est tout le flanc sud-est de l’OTAN qui se trouve fragilisé.

Des déclarations récentes émanant de la Turquie ont même avancé que les avions russes pourraient utiliser la base aérienne de l’OTAN à Incirlik ou que l’on envisagerait l’installation d’une architecture de défense antimissile balistique russe en Turquie. Il n’y a pas si longtemps, l’armée américaine contrôlait les cieux du Proche-Orient.
Durant son terme, la Corée du Nord a effectué quatre essais nucléaires. Au début de son mandat et pour plaire à la Chine, Obama a refusé de rencontrer le Dalai Lama ou de continuer la livraison d’armes à Taiwan.

Il ne s’y est résolu qu’après des pieds de nez répétés de la Chine tels que la mise en place d’institutions visant à déstabiliser le dollar à long terme et l’expansion chinoise dans le Pacifique incluant des îles artificielles militarisées. Aujourd’hui, la Russie et la Chine effectuent des manœuvres militaires conjointes en mer de Chine, incluant des exercices de débarquement spectaculaires. Le président philippin Duterte a mis fin aux patrouilles conjointes avec les États-Unis en mer de Chine et exigé l’évacuation des forces spéciales américaines de la base de Mindanao.

Le manque de cohérence de la politique d’Obama a découragé de nombreux alliés qui ont retiré leur corps expéditionnaire d’Afghanistan et d’Irak. La Russie a envahi la Crimée et une partie de la Géorgie, bombarde les opposants syriens sans scrupule en regard des pertes civiles et soutient en outre des séparatistes ukrainiens.

L’OTAN réagit timidement, mais l’Union européenne se pose des questions sur la validité du parapluie militaire américain. Les alliés américains du Pacifique s’interrogent également sur la validité de la dissuasion américaine et amorcent sans trop d’enthousiasme un rapprochement avec la Russie et la Chine.

En résumé, l’instabilité au Moyen-Orient est à son plus fort et le terrorisme s’active dans plusieurs pays. La Chine et la Russie cherchent à gruger la sphère d’influence américaine en Europe et dans le Pacifique. Plus grave que tout, le compte à rebours a commencé, car les dix années de sursis données au régime iranien pour un accès légal et non limité aux technologies nucléaires pourraient réserver des surprises à la civilisation.

* Il ne faut pas minimiser les résultats obtenus : les deux tiers des centrifugeuses ont été démantelés, 98% de la production d’uranium enrichi (de quoi fabriquer 10 bombes nucléaires) a été exporté, le cœur du réacteur nucléaire à Arak a été rempli de ciment et les inspecteurs internationaux ont accès aux sites nucléaires existants. Le danger d’un Iran doté de l’arme nucléaire a été écarté et reporté.

David Bensoussan est professeur de sciences à l’Université du Québec