Ma réponse est claire. C’est non. Non, les Français ne comprennent pas et ils ne comprendront pas de sitôt. Il en faudra beaucoup plus.

Les Français ne comprennent pas que le terrorisme qui les a agressés vendredi soir est un acte perpétré par une organisation mondiale, sans quartier général précis. Ce n’est pas une organisation ayant un directeur ou un président d’honneur. C’est une organisation totalement démantelée mais qui fonctionne avec un code, un dénominateur commun.

Ils ne comprennent pas que cette organisation est la même que celle qui sévit en Syrie, en Afghanistan, en Iran ou en Israël. Elle fait penser à ce robot à métal liquide qui cherche à éliminer John Connors dans «l’Exterminateur II». On n’arrive pas à comprendre comment ce corps est géré s’il est fait de métal liquide qui peut prendre toute forme possible. Où est le « souffle de vie », où est le cerveau qui dirige cette masse effrayante.

J’ai entendu depuis le pays Européen dans lequel je me trouve la même réaction de certains de mes proches : « Au moins maintenant ils vont comprendre… » Mais après avoir passé la soirée devant France 24 et en lisant ce qui est écrit dans la presse française, ma réponse est nette. Non ils ne comprennent pas.

Quelles vont être leurs réactions ? Plus ou moins la même chose que ce qu’ils ont fait jusqu’à aujourd’hui. Il va y avoir plus de police dans les rues, plus d’armée, les frontières seront moins perméables, les services de sécurité plus pressant et moins tatillons, les bavures plus courantes et plus compréhensibles, les discours plus audacieux et les « think talk » plus énergétiques et moins stériles. Les arrestations seront plus courantes et la vie des terroristes moins facile. Je doute qu’elle commence à devenir difficile.

Pourquoi ce doute ?

La réponse est audacieuse. Je crois que pour combler l’abysse existant en Occident dans la compréhension du système fantastique qui gère ce robot démentiel, il faut réussir à faire cette synthèse si particulière entre l’Orient et l’Occident.

L’Orient a ses codes mais l’Occident en a d’autres. Comme deux personnes répondant à deux systèmes culturels différents, la communication entre ces deux-là peut être problématique. Un acte de politesse peut aisément être interprété comme un acte d’effronterie. Ces deux-là ne réussiront à vivre ensemble qu’avec un effort colossal de bonne volonté et surtout de compromis. Des deux côtés.

S’il est difficile de gérer ces différences à un niveau personnel, il est presque impossible de le faire au niveau national et nous revenons à l’idée générale de la séparation des peuples en entités ethniques ayant des frontières définies afin de pouvoir vivre en paix. Le « melting-pot » interethnique dans bien des cas est voué à l’échec.

L’élément de réponse audacieuse qui s’amorce ces derniers temps est constitué d’une nation qui chevauche ces deux cultures. Une seule nation a partagé les moments de gloire de l’Orient et a participé à l’ascendance de l’Occident. Cette nation a même connu ses pires moments historiques lorsqu’elle a été bafouée en Orient et persécutée en Occident.

Cette nation fait face aujourd’hui à une attaque terroriste continue depuis des décennies. C’est d’Israël dont je parle. Alors que le peuple Juif est le seul peuple ayant eu affaire à ces deux cultures, il est celui qui peut faire cette synthèse entre l’Orient et l’Occident. Ce n’est pas au hasard non plus qu’il revient sur sa terre ancestrale, elle-même à cheval entre l’Orient et l’Occident.

Ainsi, mon sismographe quant aux réactions Françaises face à la vague de terrorisme qui s’est abattue sur Paris, est animé par les réactions de ces derniers vis-à-vis d’Israël. Et les réactions françaises aux propositions Israéliennes sont loin d’être encourageantes.

Israël a été l’un des premiers pays à réagir, et ils ont réagi avec beaucoup de pathos. Étant au fait des deux cultures, française de naissance et Israélienne de vécu, je vois la dissonance phénoménale entre ce que dit le gouvernement israélien et ce qui est entendu par les dirigeants français.

D’un côté, l’offre israélienne d’aider la France dans ces moments difficiles, est émise avec une sincérité exemplaire. De l’autre côté la réaction Française retenti par son silence : cette offre n’a pas été relevée par un seul officiel français.

La réaction de Madonna, certes noble, a été médiatisée. L’appel, en français, du président américain a été lui aussi apprécié à sa juste valeur.

Les mots réconfortants de Merkel ont eu droit à une place de choix dans les reportages médiatiques et même les paroles de paix du président iranien ont eu leur place d’honneur dans les médias Français. Un chef d’État est resté silencieux. Le Premier ministre Israélien. Même dans les images qui montrent la solidarité des chefs d’États avec la France, le représentant israélien qui a été choisi est Shimon Peres. Nous n’avons même pas eu droit au président actuel.

Nous sommes en mesure de nous étonner que l’un des pays qui souffre le plus du terrorisme n’ait pas été mis un peu plus en avant. Nous sommes, après tout, devant un acte de terrorisme. Ce silence est donc fracassant. Et il y a une raison pour cela.

Les Français pensent que les Israéliens, et surtout Netanyahu, essayent de profiter du drame français pour l’atteler à la cause israélienne. Car Netanyahu a dit de façon très claire, sans bégayer, que le conflit auquel fait face Israël viendra en France. Donc s’il a proposé de l’aide, mit les drapeaux en bernes et donné l’ordre aux services de sécurité israéliens d’aider les forces de sécurité Françaises, c’est pour appuyer cet argument qui soutient que le terrorisme en Israël et celui qui attaque la France est le même.

Et ça, les Français ne peuvent le concevoir. La France souffre d’une vague de terrorisme, résumée par quatre mots écrits sur un morceau de papier inséré dans un trou de balle à Paris : « Au nom de quoi ? ».

Les événements qui sévissent en Israël par contre, sont du fait d’une résistance de miliciens contre un colonisateur. À ne pas confondre !

Le lien que Netanyahu essaye de faire entre les différents événements dans le monde n’a pas encore passé le cap, ne serait-ce que d’une écoute sérieuse. Le jour où ce message sera écouté, prononcé par Netanyahu ou par je ne sais qui, sera le jour où un changement véritable et salutaire commencera à prendre pied.

À partir de ce moment, il faudra quelques dizaines d’années au monde pour se débarrasser des restes de l’incitation à la haine qui est le pain quotidien des enfants vivants dans les pays exportateurs de terrorisme.

En attendant, le fossé entre l’Orient et l’Occident continue d’orchestrer ce dialogue de sourds : Ils comprennent la signification des mots car ils parlent peut être la même langue, mais ils ne comprennent pas la signification des messages car leur langage est différent.