D’entrée de jeu, voici un rappel de quelques notions élémentaires, à l’attention des « communicants » qui ne veulent pas faire un « bide ».

Tout d’abord n’oubliez jamais que le public auquel vous vous adressez n’est pas une terre vierge. Sa représentation du monde a été dûment « formatée », depuis l’enfance, par les médias. Ne le bousculez pas trop, à moins que vous n’ayez le charisme rare du séducteur-provocateur à la Gainsbourg (ce que j’appelle « l’effet Gainsbarre« ).

Ce qui compte avant tout, ce n’est pas ce que vous savez, ni même ce que vous êtes, c’est « L’IMAGE » que vous donnez de vous. Il existe des recettes basiques pour qu’elle soit optimale, mais Il faut en connaître les « codes ».

Ainsi, et entre autres, n’affirmez jamais quoi que ce soit avec une tranquille assurance, même (et peut-être surtout) si vous parlez en connaissance de cause. En effet, à moins que vous ne soyez déjà connu, on vous jugera sur « l’air » que vous avez, sur « l’impression » que vous donnez.

Aussi n’hésitez pas à introduire vos affirmations par une formule qui vous « fera passer » pour modeste. Dites volontiers : « Je crois », « Il me semble… », « peut-être… » ; le « must » étant d’impliquer vos interlocuteurs, de « faire mine » de solliciter leur avis, dans le style : « Vous ne croyez pas  que… ? », « je ne sais pas ce que vous en pensez, mais… », toutes formules qui donneront au public l’impression que c’est lui qui vous adoube…

Telle est, très brièvement esquissée, la recette pour « se faire bien voir » de ses interlocuteurs et devenir un « référent », occasionnel ou permanent, d’émissions radiophoniques et/ou télévisuelles.

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On pensera bien évidemment qu’il n’est pas question de recourir à un si piètre expédient pour parler des « choses de Dieu » à nos contemporains.

Pourtant, il suffit de visionner ou d’écouter certaines émissions religieuses chrétiennes, pour constater que même si ce n’est pas le cas de tous, nombre d’intervenants, prêtres, pasteurs, ou laïcs mettent en pratique cette « recette » médiatique, attestant ainsi que, comme Pierre – qui fut d’ailleurs vertement tancé pour cela par Jésus -, leurs « pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes » (cf. Mt 16, 23).

Il est affligeant de constater que les us et coutumes mondains sont monnaie courante dans les discours et échanges auxquels on assiste sur les plateaux de télévision.

Sourires de façade, effusions, concessions plus ou moins acrobatiques, compliments, voire flagorneries réciproques, sont monnaie courante, l’essentiel étant de « paraître » compréhensif, tolérant, consensuel.

C’est d’ailleurs souvent la condition sine qua non pour devenir un habitué de ces émissions, ce qu’on appelle, dans le jargon des studios, un « référent » qui, à ce titre, gagne vite, s’il ne les a pas déjà, ses galons de « spécialiste » ?

On entend des formules, telle celle-ci qui, je l’avoue, me donne de furieuses envies de ruer dans les brancards : « Je parle « sous le contrôle » du professeur Untel ». Et l’intéressé, dûment glorifié, de se rengorger, même si, contrairement à l’affirmation du flatteur qui abrite ses propos sous sa responsabilité de ponte, il ne « contrôle » rien et doit feindre de patronner ce qu’il n’approuve peut-être pas.

Jésus a fustigé par avance ces pratiques en reprochant aux sommités de son temps de « tirer gloire les uns des autres, au lieu de chercher la gloire qui vient du Dieu unique » (cf. Jn 5, 44), bref de s’encenser mutuellement.

« Quelle mouche l’a piqué ? » se diront probablement certains en me lisant.

– Les mouches n’ont rien à voir là-dedans et il ne s’agit pas d’une crise soudaine d’hypocondrie. Simplement, j’ouvre les vannes à ce que je porte silencieusement en moi depuis plus de cinq décennies, à la manière de Jérémie (excusez du peu !) qui s’écriait : « Jamais je ne m’asseyais dans un cercle de joyeux drilles pour m’y divertir. Sous l’emprise de ta main, je me suis tenu seul, car tu m’avais empli de colère. » (Jr 15, 17)

Et pourquoi maintenant ?

– Parce que je prends conscience que je me suis tu par lâcheté, pour ne pas nuire à mon petit confort personnel.

Pourtant, pour ne parler ici que de ce sujet-là, on tue plus que jamais de par le monde ; et des malheureux sans défense en sont les principales victimes. Certes, ce n’est pas nouveau, hélas. Mais ce qui est nouveau, c’est que nous n’avons plus l’excuse de l’ignorance ou de l’incompréhension.

Les médias nous informent de tout, et ce qui se passe ailleurs, on le pressent, nous atteindra tous. Et que faisons-nous ? Le dos rond. Nous approuvons tacitement nos dirigeants qui pratiquent, envers les États puissants, les dictateurs, ou les meurtriers de masse, la politique d’apaisement tournée en ridicule par Churchill, qui parlait de nourrir un crocodile en espérant être mangé le dernier.

Alors, à défaut de pouvoir faire plus, je n’attendrai pas que « les pierres se mettent à crier » (cf. Lc 19, 40) : je ne me tairai plus, même si mon pépiement ne s’entend guère dans l’immense tumulte médiatique du monde. Je vais casser les codes du discours pieux, sucré, ou simplement rassurant. Car ce qui nous attend ne l’est pas.

© Menahem Macina