Carrefour Israël : Le grand somnifère de Barkat

Il y a des tours de passe-passe qui ne trompent plus personne. Depuis quelques semaines, le ministère de l’Économie et l’enseigne Carrefour orchestrent une grande opération de communication autour du « Panier de l’État ». On nous promet des baisses de prix spectaculaires, des produits à prix coûtant, et un gouvernement prétendument parti en guerre contre la vie chère. En réalité, derrière les flashs des photographes et les têtes de gondole bien achalandées, se cache une immense poudre aux yeux. Une alliance public-privé qui s’apparente à une véritable arnaque démocratique et économique, visant à endormir le consommateur israélien.
Regardons les faits. Qu’a fait le ministre Nir Barkat ? Au lieu de s’attaquer de front aux mécanismes profonds qui asphyxient le portefeuille des Israéliens, il a choisi de faire de la publicité gratuite et massive pour une seule et unique enseigne privée. En estampillant une centaine de produits du logo de l’État, le ministère offre un coup de marketing inestimable à Carrefour. Est-ce là le rôle du gouvernement ? Devenir l’agent publicitaire d’une multinationale ? Pendant que l’on braque les projecteurs sur ces quelques articles à prix cassés, les géants de l’agroalimentaire et les monopoles locaux continuent, en toute impunité, d’augmenter le reste de leurs tarifs.
Plus grave encore, cette baisse de prix « financée » par l’image de l’État est profondément inégalitaire. Carrefour n’est pas présent partout. Des régions entières, à commencer par la périphérie et la Judée-Samarie, sont totalement exclues de ce dispositif. L’État est donc en train de trier les citoyens, créant de fait des consommateurs de seconde zone qui n’ont pas la chance d’avoir l’un de ces magasins à leur porte. L’argent public et l’énergie gouvernementale devraient servir l’intérêt général, pas créer des privilèges géographiques.
Ce plan est un immense somnifère économique. On tente de nous faire croire que le problème se règle à la caisse du supermarché, alors qu’il prend racine bien plus haut. Si le gouvernement voulait réellement faire baisser les prix de manière globale et durable, il ne s’associerait pas à un coup de communication éphémère. Il s’attaquerait aux taxes structurelles qu’il contrôle directement.
Pourquoi l’Arnona locale qui pèse sur les entrepôts et les commerces reste-t-elle aussi prohibitive ? Pourquoi les tarifs de l’électricité et de l’eau pour l’industrie continuent-ils de flamber, répercutant des millions de shekels sur chaque maillon de la chaîne logistique ? Pourquoi les taxes sur le carburant, qui surchargent le transport de chaque marchandise, ne sont-elles pas sabrées ? Si l’État réduisait ces charges étouffantes, ce ne sont pas 100 produits chez Carrefour qui baisseraient, mais la totalité des rayons chez Rami Levy, Shufersal et jusqu’à l’épicerie de quartier. Tous les distributeurs verraient leurs coûts fondre et l’ensemble des Israéliens en profiterait, sans exception.
Ne nous laissons pas endormir par cette mise en scène. Le « Panier de l’État » n’est pas une politique économique, c’est un écran de fumée destiné à masquer l’impuissance – ou le manque de volonté – des autorités face aux monopoles et aux taxes publiques. Le consommateur israélien mérite de vraies réformes structurelles, pas des opérations de relations publiques. Il est temps d’ouvrir les yeux et d’exiger que l’État assume enfin ses responsabilités plutôt que de sous-traiter notre pouvoir d’achat à une campagne de marketing.
