Je pense que la France veut toujours en faire trop. Elle est en tête des combats pour la laïcité alors que les autres pays font moins parler d’eux dans ce domaine. Les Occidentaux ont peu légiféré sur ces questions de pratique religieuse. On soulève des problèmes qui auraient pu rester confidentiels sans l’intervention des médias et du coup, ils prennent une dimension inattendue. Ce débat vestimentaire qui tourne vers le débat religieux rend la France hystérique.

Hier c’était le problème du voile qui a poussé par réaction certains musulmanes à le porter pour marquer leur liberté, leur différence et leur solidarité avec leur communauté. Certaines ne le portaient pas avant le vote de la loi. Nul ne savait ce qu’était le burkini avant qu’il ne fasse les premiers titres des médias et il est devenu le symbole de la contestation des femmes musulmanes. Le port de la kippa est interdit dans les écoles de la République; une interdiction là où aux États-Unis il est devenu le signe politique de certains soutiens de Trump.

En Israël, nous n’avons pas du tout ce problème parce que le débat n’est pas ouvert et qu’il n’y a pas lieu de l’ouvrir. Il s’agit d’une tradition courante, acceptée depuis la création de l’Etat. Les juives orthodoxes s’entourent leur tête d’un foulard et portent des jupes qui leur arrivent à la cheville sur leur lieu de travail ; c’est leur droit et c’est leur choix.

Certains religieux se promènent avec leur talith sur les épaules tandis que les laïcs les observent avec curiosité. Avant que l’on ne connaisse le terme, le burkini était monnaie courante en Israël dans toutes les plages car cette tenue fait partie de la tradition arabe. C’est souvent juste un sujet de dérision.

Il s’agit de la liberté individuelle d’une communauté qui compose 20 % de la population d’Israël. Les étudiantes arabes portent le hidjab dans les amphithéâtres de l’Université sans que cela fasse débat. Les caissières des quartiers chics de Tel-Aviv et d’Herzliya sont en majorité des femmes arabes portant ostensiblement le voile et côtoyant des collègues russes athées.

Aucun client n’a jamais trouvé à redire, ni à boycotter un tel commerce. Au contraire les clients les préfèrent à cette place plutôt que dans les rangs des terroristes.

Nous sommes dans des positions extrêmes parce que les hommes politiques exploitent ces sujets à des fins électorales. Ou bien l’on est pour la liberté individuelle de culte, ou bien on légifère jusqu’à voter des lois pour chaque tenue, chaque chapeau, chaque kippa et chaque voile. Plus on attire l’attention sur une tradition spécifique, souvent méconnue d’ailleurs, et plus on crispe une population qui volontairement se transforme en fervente pratiquante. Plus on soulève une question privée et plus on exacerbe les tensions et les passions jusqu’à créer une rupture entre les citoyens.

C’est presque le seul point où il existe consensus en Israël tant la diversité est courante. Nul n’a jamais songé à prôner le vote d’une loi s’appliquant à une minorité. C’est la preuve qu’il n’existe pas d’apartheid comme certains étrangers tentent de le faire croire. C’est la preuve que le judaïsme israélien, dont certaines règles sont anachroniques, est très ouvert puisqu’il permet la liberté de pratique du culte à tous ses citoyens. Jamais les Israéliens n’ont accepté de politiser une pratique religieuse. Et si Israël qualifié de modèle pour ses techniques sécuritaires devenait un modèle pour une vraie laïcité ?