Budapest est une belle, vivante et surprenante capitale.

Composée de Buda, Pest, Obuda (ancienne Buda) et Ujpest (nouvelle Pest), la capitale hongroise constitue un faisceau d’enchantements cosmopolite, culturel, cultuel, gastronomique, architectural, thermal et historique.
La place Szabadsag (liberté) se situe dans le quartier Lipotvaros du Ve arrondissement de la capitale de la Hongrie. Elle comprend certains éléments d’architecture à examiner de près.
A- Description
1- Le monument à la gloire des libérateurs soviétiques (1944-45) Ce monument constitue un reliquat architectural et politique de l’ancienne Hongrie communiste.
2- Le temple calviniste  La façade ouverte de ce temple édifié en 1938 permet aux passants de pénétrer de plein pieds dans un antre comportant bustes, cadres-photos, plaques, tous en panégyrie du régime hongrois allié de l’Allemagne nazie durant la seconde guerre mondiale. Y figurent, entre autres, les éléments suivants.
*Buste du régent Horthy.
  Le régent Horthy a pratiqué en Hongrie la première législation antisémite de l’Europe du XXe siècle (1920). Allié d’Hitler pendant la seconde guerre mondiale, il organise à la demande du nazi allemand Eichmann la déportation des Juifs hongrois convoyés à l’extermination (1944). La même année, dans un contexte régional et militaire qui lui est défavorable et s’annonce fatal, la Hongrie est attaquée par la Roumanie et l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS). Horthy circonstancie alors et dans l’urgence sa politique intérieure et extérieure. A l’intérieur, il tente vainement un veto à la poursuite des déportations des Juifs hongrois exigée par l’Allemagne. A l’extérieur, il demande l’armistice à l’URSS.
*Sur le socle du buste du régent est fixé le rappel du traité de Trianon. A l’issue de la première guerre mondiale (1918), ce traité consacrait la victoire alliée sur l’Autriche-Hongrie. Déjà vaincue une première fois, la Hongrie perdait alors 38% de son territoire, l’accès maritime et était réduite à la portion territoriale congrue. Les conditions de ce traité allaient constituer entre les deux conflits mondiaux l’excuse morale et l’argument offensif suprême de la Hongrie horthyste.
*Diverses plaques à la mémoire du régime du régent Horthy.  
L’une d’entre elles rend un hommage aux « justes de l’Eglise ayant sauvé leurs frères Juifs » et comporte l’inscription en hébreu : « Soit bénie la mémoire des justes ».
*Cadres-photos.
  L’un d’entre eux illustre l’hommage rendu au prêtre hongrois antisémite Lorant Hegedüs.

3- Monument dédié à la « libération »  Un peu plus loin sur la place, un monument commandé en 2014 par le Premier ministre toujours en exercice Viktor Orban commémore la libération de la Hongrie de « l’occupation allemande ». La chaîne de protection du monument est constellée de feuilles plastifiées. Manuscrites ou numérisées, elles illustrent la réprobation du monument en relatant les persécutions personnelles ou familiales vécues par les communautés juives et les opposants au régent Horthy en son alliance avec les nazis allemands.
4- Peinture de soldat hongrois de 1942.  En un autre lieu de la capitale, sur les splendides hauteurs de la ville, près de la galerie nationale, se tient un panneau-cache travaux publics.
Sur fond blanc ont été peints des soldats hongrois représentant les divers costumes de l’Histoire militaire du pays.

Le dernier d’entre eux est un hussard hongrois sur son cheval datant de 1942. Il porte le costume militaire hongrois de l’époque de l’alliance avec Berlin. Ce costume est calqué sur celui de la wehrmacht allemande. Une légende en magyar et en anglais explicite le rôle et l’identité de la soldatesque hongroise à l’époque de l’alliance avec l’Allemagne nazie.

La présence à Budapest, de ces trois éléments pose problème.

B- Problématique
*Le monument à la gloire de l’armée des libérateurs soviétiques consacre  la victoire de l’URSS sur la Hongrie et sa satellisation aux intérêts vitaux du géant communiste. Le maintien, la présence de tel monument en une place comportant des signes historiques contradictoires constitue une anomalie urbanistique et sociale.
*Le temple calviniste glorifie une Hongrie ayant exercé à l’intérieur un régime caractérisé par le totalitarisme et l’antisémitisme et s’étant allié à l’extérieur avec le Reich nazi.
*Le monument maquillant l’alliance libre et volontaire de la Hongrie avec l’Allemagne nazie en une occupation ayant entraîné le martyre du peuple hongrois est une falsification des faits historiques relatifs à la nation magyare pendant le second conflit mondial.
*L’effigie peinte du soldat de l’armée hongroise de 1942 représente une armée coupable au moins à deux titres de violation de la réglementation internationale rendue par la Société des Nations (organisme antécédent de l’ONU)

D’une part, les annexions territoriales militaires agressives d’Etats voisins de la Hongrie horthyste.
D’autre part, les violations des règles des conventions militaires internationales en vigueur à l’époque considérée.

C- Incidences.  Il convient in fine de rappeler aux pouvoirs exécutifs, législatifs et judiciaires hongrois les règles internationales et européennes auxquelles la Hongrie a souscrit et qu’elle ne respecte pas.

Ni la glorification d’acteurs politiques alliés d’Hitler, ni la minoration de l’alliance entre la Hongrie et l’Allemagne nazie, ni l’honneur rendu aux soldats hongrois marchant aux côtés des soldats du IIIe reich ne sauraient faire oublier la réalité de l’Histoire de la Nation et de l’Etat hongrois. Celle-ci consiste à rappeler que la Hongrie a participé aux forces de l’Axe réunissant les alliés de l’Allemagne nazie pendant la seconde guerre mondiale, qu’elle a organisé en dépit des tergiversations réfléchies et conjoncturelles du régent Horthy en 1944 la déportation vers l’extermination des Juifs hongrois, qu’elle a perdu la guerre en 1945, qu’elle a fait l’objet de l’occupation soviétique, qu’elle a fait partie de la cohorte des Etats alliés du régime nazi qui ont défilé, vaincus, à Paris entre 1945 et 1946 afin de régler leurs dettes de guerre et de signer à leurs désavantages les accords de paix, dits « accords de Paris »

C’est vaincue en 1945 que la Hongrie a signé l’armistice avec l’URSS. C’est vaincue qu’elle a signé la même année à Paris les accords de paix. C’est vaincue qu’elle a payé un lourd tribut aux alliés et précisément à l’URSS. Toutes les contorsions historiques et autres manipulations politiques n’y changeront rien.

Pierre SABA


19 septembre 2016