En tant qu’étudiant à l’Université Concordia, à Montréal, je suis appelé à prendre position dans les trois prochains jours sur plusieurs questions telles que l’austérité, l’établissement d’un service de garderie sur le campus, ou d’autres enjeux reliés à notre communauté étudiante.

Le mois dernier, une 8ème question au référendum à été rajoutée à la dernière minute, et se lit comme suit : « Approuvez-vous que l’Association des Étudiants de Concordia (Concordia Student Union, CSU) s’associe au mouvement de Boycott, Désinvestissements et Sanctions (BDS) contre l’occupation israélienne de la Palestine jusqu’à ce que l’État d’Israël se conforme au droit international et aux principes universels des droits de l’Homme? ».

Je suis conscient que pour beaucoup d’étudiants, le conflit israélo-palestinien semble être une histoire sans fin, d’un ennui pour certain, tandis que pour l’autre le sujet ravive les tensions.

J’ai vécu deux années dans un quartier du Sud de Tel-Aviv, près de Jaffa, où Juifs et Arabes vivent côte à côte. Que ça soit à Jérusalem ou à Ramallah, j’ai rencontré chez la plupart des Israéliens et des Palestiniens des gens pragmatiques, qui se soucient plus des problèmes d’austérité ou de la hausse du coût de la vie que de politique. J’ai aussi rencontré des touristes français ou américains qui étaient capables de gâcher une soirée avec leurs argumentations sans fin sur chaque nouvelle dans les manchettes.

C’est avec deux convictions que je suis revenu au Canada : absolument tout au Moyen-Orient est « amplifié », et la plupart des gens veulent y vivre en paix.

Palestiniens comme Israéliens méritent le même droit de vivre dans la dignité. Je comprends que certains, qui désirent la justice et un état viable pour les Palestiniens, soient tentés de s’associer au mouvement BDS, cependant, je vais voter NON. Pourquoi ?

– Parce que le mouvement BDS a été conçu pour servir les intérêts de groupuscules qui ont rejeté la paix. BDS refuse tout compromis et exige qu’Israël se plie à toutes ses conditions, tandis qu’il est très peu probable qu’un accord définitif se produise à moins qu’il y ait justement des compromis de la part des deux côtés.

Contrairement à ce que certains militants pro-BDS prétendent, ce mouvement appelle à un boycott de toutes les institutions académiques, culturelles et économiques israéliennes qu’elles soient localisées en Cisjordanie ou à l’intérieur des frontières d’Israël. C’est pourquoi des dirigeants tel que le président de L’Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas, ont publiquement condamné ce mouvement, qui ne propose aucune solution, trompe le public, mais pire encore, qui profite injustement du temps, de l’argent et des ressources de ses bénévoles, activistes et donateurs.

– Ce conflit renferme des faits complexes. Quiconque prétend
« détenir LA vérité sur le conflit israélo-palestinien » ne devrait pas être trop pris au sérieux.
Les arguments du mouvement BDS sont souvent présentés partiellement avec des informations incomplètes. Cette tentative d’exploitation du conflit et d’imposer l’avis d’un petit groupe sur l’ensemble du corps étudiant est contraire à l’éthique, porte préjudice à plusieurs communautés sur notre campus et va à l’encontre des valeurs d’ouverture, de débat honnête et de dialogue qui ont pourtant leur place dans une université.

– La question elle même est ambiguë*: qu’est-ce que « occupation de la Palestine » signifie exactement ? Parle-t-on des frontières de 1967 ? D’avant 1948 ? S’agit-il d’une solution à deux États ou de remplacer totalement Israël? Ce manque de clarté n’est pas « involontaire ». Omar Barghouti, figure prépondérante et fondateur du mouvement BDS, est controversé pour son refus de reconnaître le droit de l’État d’Israël d’exister. Même Norman Finkelstein (conférencier célèbre pour ses propos hostiles envers Israël et ses dirigeants) condamne l’hypocrisie du mouvement BDS, qu’il qualifie de « secte ». Quelle crédibilité peut-on accorder à un mouvement qui ne respecte pas le droit international ?
(* La question utilisée jusqu’au 25 novembre, avant que le conseil judiciaire du CSU décide de la faire modifier vers une version plus neutre, malgré les torts causés pendant deux semaines de campagne).

Le mouvement BDS boycotte les membres des institutions académiques et culturelles israéliennes qui sont pourtant les plus critiques envers le gouvernement israélien et parmi les premiers défenseurs des droits des Palestiniens. Les exclure du dialogue ne fait aucun sens. De plus, Israël a tellement contribué dans les domaines de la santé, des technologies et des sciences que vivre dans une société sans « Made in Israel » serait presque impossible et un recul en arrière.

Le mouvement BDS est sectaire, déshumanise les Israéliens, et ne propose pas d’ouverture envers les autres. Cela rajoute des dommages à des relations israélo-palestiniennes déjà fragiles. Certes, le problème du conflit doit être adressé, mais de façon responsable, juste et équilibrée. Le silence relatif de ce mouvement sur des conflits bien plus meurtriers tel qu’actuellement en Syrie ou en Irak ne fait qu’aggraver cette situation.

Cette instrumentalisation du conflit pousse les uns et les autres vers le repli communautaire, tandis que nous assistons à une montée des extrémismes, de droite comme de gauche, dans les sociétés israélienne et palestinienne. Alors qu’un risque de troisième Intifada, lourde de conséquences, est réel, ça n’est pas de plus de préjugés que nous avons besoin, mais davantage d’ouverture et de dialogue.

À l’Université Concordia, nous avons le potentiel d’un impact positif. Parce que finalement, Israël et la Palestine doivent faire partie de la solution, nous nous devons de dire NON au boycott BDS et OUI à la diversité et l’inclusion; non seulement de nos communautés palestinienne et les israéliennes, mais pour tous ceux de notre campus qui partagent des origines ou des intérêts avec le Moyen-Orient.

Nous avons tellement à apprendre des uns et des autres. Au-delà de la politique, nous pouvons inclure aussi les arts et la culture. Je fais donc appel à tous ceux qui partagent ces valeurs que sont l’acceptation d’autrui, le dialogue et l’ouverture vers un multiculturalisme qui n’exclut personne, de se joindre à moi pour ce projet unique.

Ensemble, innovons et soyons de vrais ambassadeurs de la paix. Et comme Amin Maalouf le dit si bien, « c’est notre regard qui enferme souvent les autres dans leurs plus étroites appartenances, et c’est notre regard aussi qui peut les libérer. »