Ah, ce mois de Tammuz ! Une chaleur qui se précise, il peut faire lourd, le vent du désert, orange en hébreu, jaune en arabe va coller à la gorge. Tel Aviv et Eilat visent le monokini coquin.

Pessah\פסח-Pâque c’est la sortie d’Egypte. Elle est pratiquement mentionnée à chaque prière juive. Shavûot\שבועות-Pentecôte incite à l’isolement, la structuration de la communauté, deux Paroles que l’on entend sans complètement les intégrer et qui, entre Loi Ecrite et Loi Orale, charpentent des temps de révélations, de fantasmagories, de rêves et de réalités, des errements idolâtres comme des pièges aux yeux de serpents futés.

Le mois de tammuz\תמוז renvoie aux fondamentaux du pèlerinage terrestre de tout être vivant, donc du peuple juif.

Certes, c’est un mois sumérien adapté, comme transmué par la réalité hébraïque. L’itinérance est pourtant celle de peuplades proche-orientales.

C’est là l’un des grands mystères exprimés par ce temps de tammuz. C’est l’hiver en Afrique du Sud, en Australie. Dieu a choisi ce lopin de terre pré-tropical pour parler, semble-t-il, à toute la nation humaine qui marche sur la terre asséchée quand elle est accessible, par-delà les flots.

Le Curé d’Ars avait une allure de bois sec et l’épaisseur d’un mattefaim secoué par des grappins diaboliques. Il émanait de son être « un coeur liquide » dans un village perdu de la France profonde où l’on se moqua d’abord de lui, puis l’accusa des pires turpitudes. Il mit du temps à extirper ces diableries.

Dur à exprimer en hébreu, sinon dans ce mot « ra’hem\רחם-ים-viscères » qui indique une miséricorde en forme de tord-boyaux qui abrite les embryons en gestation.

Abraham lui, faisait « divan hospitalier » sous une tente ouverte « b »hom hayom\בחום היום – au plus chaud de la journée » (Gen. 18,1).

Le mot « khom-kham\חום-חם » est fascinant. Il indique une chaleur, souvent torride mais le mot se déploie dans la tradition talmudique sous des aspects contrastés. « ‘homot\חומות = les murailles (Jérusalem) ». « ‘homot\חומות = belle-mères – ‘ham\חם = beau-père ou père de l’épouse »; à noter la guérison de la belle-mère de Pierre qui souffrait de fièvre (‘hom\חום, araméen: ‘hamatah\חמתה en Matthieu 8, 14). Quand le frère de Sem n’est pas maudit par cette chaleur condamnable.

La racine est tout autant liée aux eunuques et la fertilité (Niddah 43a). Nous sommes dans un contexte où tout est émoustillant ou effroyablement castrateur. « Enfin, « khema\חמא » = ‘radis’ (Avodah Zarah 28b)  et/ou « violente colère – ‘hamah\חמה ».

Ainsi, tout un petit monde où les porteurs de shtreimels décoiffent avec fébrilité, lancent, par vagues impulsives, légumes pourris et ordures sur les policiers et les soldats à cheval et, cette année, la libre gente gay, lesbienne et bisexuelle s’affirme en « trans ».

Le genre s’exprime sans certitude, accollant comme en kaléidoscope, des communautés et des tribus qui se déploient comme en arc-en-ciel.

Comme si l’orage n’arrêtait pas que de disparaître pour reparaître de manière plus vive ou par éclipses.

C’est ça, Israël : on lutte, on manifeste, on crie, on hurle pendant quelques mois, quelques années et puis… on se calme…

Au fond, il ne se passe rien… le monde entier est presque là, dans sa totalité. Oui, oui, c’est vrai, il y a des antisémites partout, et puis, en ce moment, on lance de nouvelles tendances : BDS pour le boycott, les cartes se brouillent : une carte en hébreu montre Eretz Israel, une carte en arabe (côté palestinien) couvrirait le même territoire du nom de Palestine en caractères sténographiques.

Les diplomates réécrivent le tout en latin ou en sabir international. Il faut aussi tenir compte de l’histoire, de nos géographies. Jérusalem n’est pas la Galilée qui n’est pas le Merkaz\מרכז ou le Centre, encore moins un Sud du Néguev, Darom\דרום qui tarde à prendre son véritable essor.

David Ben Gourion rêvait d’établir la capitale d’Israël à Mamshit, l’un des sites les plus anciens du Croissant Fertile, là où, à plus de deux millénaires de distance, sinon bien plus, le désert était frais, verdoyant.

D’accord, mais à quel prix ?

C’est le problème de tammuz au thermomètre implosant. Une très profonde expérience des âmes et des êtres. D’où venons-nous ? Pourquoi exister ? Et la fidélité ? Une vieille fête sumérienne de mort et de résurrection. Une société de droit et de justice rythmée par des temps brefs et des saisons pour vivre ? Ou pour disparaître ?

La tradition sémitique est profondément imprégnée par ce mois. Cela prend encore plus de sens en cette année sabbatique du repos de la terre.

Partout, les écolo-climatologues cogitent cette année sur les dérèglements de la planète, dûs à l’indigence humaine, incapable de contrôler les ébullitions de la surconsommation.

Il faudrait aussi réfléchir aux conséquences mentales, inter-relationnelles. Ce n’est pas tout de vivre dans le grand vent, encore faut-il savoir se contrôler. « Shmitah\שמיטה = année de rémission » vient du verbe « se relaxer, se détendre », bref rester namasté et zen en ces jours où le yoga triomphe dans des gestuelles de serpents à sonnettes.

Tammuz est aussi ce dieu grec Adonis. Une divinité pour jeunes filles, un être narcissique, centré sur lui-même dont le nom vacille entre « adon = seigneur » et un dieu que les athéniennes comblaient de graines de laitue. A partir du 17 tammuz (le 4 juillet 2015) commencent les Trois Semaines qui conduisent à la destruction de Jérusalem.

La tradition juive rappelle que Moïse vit Aaron cuire le veau d’or à base des bijoux et accessoires bouillis dans un chaudron culte. Une autre année, le païen grec Apostomos ou peut-être Manassé, fils du grand roi Hézékias, plaça une idole dans le Temple (Taanit 5).

Il y a des constantes : à Constantinople, à Jérusalem, les Occidentaux très chrétiens placèrent des prostituées sur les trônes patriarcaux pour asseoir leurs privilèges et rectitude dans la foi. Quel que soit leur genre, ne nous précèdent-elles pas dans le Royaume ? (Matthieu 31, 21).

Comme si ceux et celles qui assument la « malédiction » la trans-formeraient en nourriture et bénédiction de pureté : en sémitique « prostitué-é » vient de « zani’a\זניא » (araméen) ou « zona\זונה (hébreu) de « zan\זן – nourrir », comme dans la bénédiction après le repas ou « birkat haMazon\ברכת המזון »…

Combien de fois l’adhésion la plus pure à la foi fut-elle violentée parce que l’être humain supporte si difficilement de respecter ce qui est vivant.

Les mois d’été, en Terre Sainte, interpellent sur le sens des destructions, des meurtres ou des fébrilités irrationnelles comme sur le mémorial si judaïque des anéantissements de Jérusalem… donc, de ses consolations.

Est-ce un hasard ou une contingence historique et climatique si Tammuz, qui désigne le mois de « juillet », en arabe sert de référence aux conflits d’Israël et des pays voisins, comme le Liban. En arabe, la guerre du Liban de 2006 s’appelle « la Guerre de Juillet\’harb Tammûz »…

C’est en juillet 1981 qu’Israël détruisit le réacteur nucléaire Osirak surnommé « Tammuz » d’après le mois de son extinction. Comme si Sumer, la Mésopotamie, l’akkadien, et le nabatéen n’arrêtaient pas de raviver des temps qui se poursuivent inexorablement. Au fond, notre véritable problème du moment provient encore de ces Jeunes Turcs qui façonnèrent la Turquie nouvelle, laïque et républicaine, le Coran en caractères latins…

Comme si l’on pouvait indéfiniment retarder l’échéance, se refuser à affronter la sauvagerie de la Sublime Porte ottomane, qui agonit en râles de réminiscence  dans la plaine de Ninive, à la confluence fractionnée d’un monothéiste polymorphe.

Lorsque le dernier Sultan Abd-al-Hamid a été déposé en 1908, le poète irakien Ma’arouf al-Rousafi écrivit une ode intitulée « Le Juillet de la Libération\Tammûz al-Hurriyya ». C’était faire l’impasse sur le temps des meurtres en masse, la négation farouche du christianisme et du judaïsme que certains croiraient unir dans une « communion du sang ».

Ce serait précisément faire fi de ce Tammuz (Tammuz en araméen, Temmuz en turc) enraciné dans le Dumuzid sumérien, cet enfant fidèle aussi considéré comme le fils authentique d’une vierge déifiée (Ishtar) où tout est question de nourriture et de végétation, de mort et de résurrection.

Ce lundi 5 Tammuz 5775 (22.06.15) est la date où, selon la tradition, le Prophète Ezechiel a eut la vision de la Merkavah de feu\מרכבה, manifestation grandiose du Char divin qui a inauguré son action.

Un visionnaire, dont la tâche continue de secouer nos torpeurs, dans l’attente d’un devenir historique cohérent, sensible où les Paroles divines deviennent vraies et « substantielles ».

Pourtant, le savoir comme l’étude repose sur une pudeur modeste, la « tsniès\צניעות » hassidique et talmudique qui avance sur les routes du temps en questionnant le Très-Haut, sans outrepasser les limites de ce qui, pour l’heure, reste  incompréhensible. Un petit garçon a lu dans le Livre d’Ezékiel et osa demander quel était le « ‘Hashmal\חשמל = Splendeur céleste ».

Un grand feu sortit du Livre et le dévora (Cf. Hagiga 13a, Shabbat 80a). Qui ne sait, en Israël ,que le mot désigne l’électricité qui, pourtant, peut s’enflammer et même détruire les instruments de shabbat comme ce fut le cas récemment dans une famille new-yorkaise.

Le judaïsme comme le christianisme et l’islam entrent dans ce temps estival où les jours raccourcissent, tandis que la chaleur augmente. Bientôt va poindre le temps d’une deuxième moisson parallèle à Pessah/Shavuot dont le jugement tombe à Lag baOmer (33ème jour de la computation des mesures de grains pascales).

Ce sont précisément les Trois Semaines de la Consolation qui s’achèveront au sortir du 9 du mois de Av – Tisha Be’Av, donc le 11 Av prochain (27.07) : le jeûne est déplacé cette année puisque Tisha BeAv\תשעה באב tombe au jour du Shabbat.

Les chrétiens de Jérusalem commémoreront alors le « temps du Prophète Elie » (Chrétiens de l’Est), ou le jeûne de la Dormition de la Vierge considéré comme la Pâque de l’été. Il fera froid à Johannesbourg et à Adélaïde, en Patagonie car le salut vient de Judée à ce que nous comprenons de notre ère.

Tammuz est un temps de fertilité décroissante, d’une vigueur qui attend l’avis favorable des astres, des cycles, de la Providence, des positionnements des planètes subtils et millimétrés. Elles se meuvent en dépit de toute volonté ou participation humaines.

En yiddish, le terme est puissant, évocateur… « In di ershte teg fun Tamuz\אין די ערשטע טעג פון תמוז », en ces premiers jours de Tammuz, c’est comme si le sort lié au destin (aussi temps de la moisson (« goral\גורל ») se plaît à provoquer le « mazal-maz’l\מזל », qui est une « destinée » plus aléatoire et astrologique. Un regard interrogateur de l’immensité des constellations qui demeure notre habitable ou hospice interstellaire en extension comme le suggère l’arabe « mamzil ».

Est-ce un hasard que, lors de la naissance de Jésus, les Mages ou Magushe\מגושי venus d’un Orient de culture mazdéenne ou zarathoustrienne, arrimés à la tradition orale juive reçue des diasporas académiques de la Mésopotamie, se soient rendus à Bethléem de Judée à la lumière de l’étoile ?

La basilique de la Nativité y a été construite sur le site d’un temple dédié à Tammuz…