La section que nous allons lire cette semaine mérite à elle seule un livre entier de commentaires tant elle est riche d’enseignements.

Nous allons réfléchir sur trois éléments importants de cette sidra : les trois dernières plaies infligées aux Égyptiens, l’importance de connaître son passé pour se construire et enfin la création du calendrier lunaire.

Les trois dernières plaies

Souvenons-nous des sept premières plaies traitées dans la section de la semaine dernière. Nous avions comparé ces dernières à des étapes d’une guerre économique. Cette  guerre qui détruit peu à peu l’Egypte continue avec les trois prochaines plaies.

Huitième plaie : les sauterelles

Chap. 10 V. 5 : “ Elles (les sauterelles) couvriront la vue de la terre et l’on ne pourra pas apercevoir la terre, et elles mangeront le reste épargné qui vous est resté de la grêle et dévoreront tout arbre qui pousse pour vous dans les champs.”

Selon le Midrash, “cette plaie est une juste mesure de retour : les Égyptiens contraignaient leurs esclaves hébreux à cultiver leurs champs : les sauterelles vont donc dévorer leurs récoltes.”

Un proverbe nous enseigne que “bien mal acquis ne profite jamais” et nous en avons un parfait exemple.

La catastrophe économique continue de s’abattre sur l’Egypte. Voilà que le peu d’agriculture qu’il leur reste disparaît sous ce nuage de sauterelles.

Les versets 13 et 14 de ce même  chapitre décrivent un spectacle apocalyptique.

Chap. 10 V. 13 et 14 : “Moïse étendit son bâton sur le pays d’Egypte et Hachem dirigea un vent d’est sur le pays tout ce jour-là et toute la nuit. Le matin arriva et le vent d’est apporta les sauterelles. Les sauterelles montèrent dans tout le pays d’Egypte et se posèrent sur tout le territoire d’Egypte, très lourdement ; avant elles, il n’y avait pas eu de telles sauterelles et après il n’y en aurait jamais comme elles.”

Ces deux versets nous montrent l’ampleur de la catastrophe. Jamais il n’ y a eu une telle invasion et jamais le peuple égyptien n’en verra de la sorte. On peut comprendre par là que toute la puissance agricole égyptienne est détruite.

Neuvième plaie : les ténèbres

Chap. 10 V. 22 et 23 : “Moïse étendit sa main vers le ciel et il y eut d’épaisses ténèbres dans tout le pays d’Egypte pendant une période de trois jours. Aucun homme ne put voir son frère et personne ne put se lever de sa place pendant une période de trois jours : et pour tous les enfants d’Israël, il y avait de la lumière dans leurs demeures.”

D’après les commentaires d’Ibn Ezra, “le verset signifie qu’ils sont restés sur place parce qu’ils ne pouvaient se mouvoir dans une obscurité aussi dense.” Pour Rachi, l’obscurité était telle  que “celui qui était assis ne pouvait se lever, ni celui qui était debout s’asseoir”.

Ainsi, nous assistons à une paralysie totale du pays. Personne ne peut aller travailler, l’armée ne peut défendre le pays.

Dernière plaie : la mort des nouveaux-nés

Chap. 12 V. 12 : “Je traverserai le pays d’Egypte cette nuit-là et Je frapperai tout premier-né dans le pays d’Egypte, depuis l’homme jusqu’à la bête ; et à tous les dieux d’Egypte, j’infligerai un châtiment, je suis Hachem.”

Pour cette dernière plaie qui est la plus terrible, Dieu ne passe pas par un intermédiaire, Il frappe lui-même. Le Maharal nous donne l’explication suivante : “Depuis le moment où Israël devient une nation, son rapport avec Dieu se fait directement, sans intermédiaire. C’est pourquoi, quand sonne l’heure de sceller l’alliance avec Son peuple et de le libérer de sa terre d’esclavage, Dieu ne confie sa tâche à nul autre.

Cette plaie peut aussi nous faire réfléchir sur la peine de mort. Seul Dieu peut tuer. Qui sommes-nous pour décider de la mort d’un être humain ? Certains pensent que les terroristes qui sèment la mort méritent le châtiment suprême mais l’Egypte qui, comme nous l’avons vu la semaine dernière, a commis un crime contre l’humanité, n’a été condamnée à la mort de ses premiers-nés que par Dieu.

Le verset 9 du chapitre 10 est sans doute un des plus importants de la Bible car il nous explique ce qu’est un peuple.

Chap. 10 V. 9 : “Moïse dit: “C’est avec nos jeunes et nos vieillards que nous irons ; nous irons avec nos fils et avec nos filles, avec notre menu bétail, car c’est pour nous une fête de Hachem.””

Moïse demande que le peuple juif sorte tout entier d’Égypte. Pharaon répond que le peuple pourra sortir mais sans enfants et sans anciens. Moïse refuse car sans enfants, le peuple devient orphelin et sans anciens le peuple n’a pas de souvenirs donc pas d’histoire. Un commentaire compare un peuple sans anciens à un arbre sans racines et nous savons qu’un arbre sans racines ne peut tenir debout.

L’histoire nous a montré qu’à chaque fois qu’un peuple oubliait son histoire, ne commémorait pas ses fêtes, ce peuple disparaissait.

Se remémorer son passé, c’est aussi respecter ses aînés. On ne peut construire le futur des nouvelles générations sans regarder ce qui a été fait par nos anciens.

Pour terminer cette explication, je voudrais citer deux hommes d’Etat :

David Ben Gourion disait que  “si un américain sait comment ses ancêtres sont venus avec le Mayflower, nous, peuple juif savons comment nos ancêtres étaient habillés”

Nous pouvons aussi mentionner cette déclaration prêtée à Napoléon s’enquérant, en traversant une bourgade de Pologne, de la raison d’une palpable tristesse de deuil un jour du 9 av. Après avoir reçu l’explication de ce deuil, l’empereur a déclaré que, pour un peuple capable de pleurer pendant deux millénaires la destruction de son temple, l’avenir est assuré. Le jour viendra où il pourra le reconstruire.

Maintenant finissons ce commentaire de la semaine par la création du calendrier juif.

Chap. 12 V. 2 : « Ce mois-ci sera pour vous le commencement des mois, il sera pour vous le commencement de l’année.”

Sforno nous explique pourquoi il est écrit deux fois “pour vous”. “Ce mot, qui revient deux fois dans le verset, souligne le nouveau rapport des enfants d’Israël avec le temps. Tant qu’ils ont été esclaves, leur temps ne leur appartenait pas à eux-mêmes, mais à leurs maîtres ; ils n’ont jamais eu le loisir d’agir à leur guise et quand bon leur semblait. Dorénavant, ils seront maîtres de leur temps et ne seront soumis qu’à Dieu, leur seul et unique Maître. »

Ainsi le peuple juif devient libre avec la sortie d’Egypte, mais comment apprend-on à être libre ?

D’abord faisons un constat : chaque individu dans une société doit respecter les lois. Nous savons tous que sans règle une société n’est pas viable.

La paracha nous enseigne que la première loi que le peuple juif, nouvellement libre, doit respecter est le calendrier. À nos yeux, nous, qui vivons au XXIe siècle, nous pouvons nous poser la question : pourquoi la Torah nous enseigne-t’elle que la première loi en tant que peuple libre est de respecter ce calendrier ?

Le calendrier nous sert de repère. Il nous donne la liberté de temps. Grâce à lui le peuple juif pourra se situer dans le temps et l’organiser. Ainsi il est écrit dans le verset 11 du chapitre 12 que le peuple hébreu devait manger l’agneau pascal à un instant bien déterminé. « Et c’est ainsi que vous le mangerez : vos reins ceints, vos chaussures à vos pieds et votre bâton dans votre main ; vous le mangerez à la hâte, c’est un sacrifice de Pessah pour Hachem »

Nous devons manger de la matsa durant pessah pour nous rappeler que le peuple hébreu n’avait  pas eu le temps de faire cuire son pain mais cela est aussi le temps du départ vers la liberté.

La sortie d’Égypte n’est pas encore la liberté totale pour le peuple hébreu car comme nous le lirons plus tard il ne connaîtra le vrai sens du mot liberté, c’est-à-dire avoir des droits et devoirs, que lorsqu’il recevra la Torah.

Chabbat chalom à toutes et à tous