La décision, semble-t-il concertée entre les Etats Unis et certains pays de l’Union Européenne de suspendre leurs vols en direction et en provenance d’Israël, est une décision politique[1] et non « technique ». En effet, aucun incident ne s’est jamais produit au décollage ou à l’attérissage des avions à l’aéroport Ben Gourion – et, en premier, pour le secrétaire d’Etat Kerry, venu avec son avion le jour même – tandis que les compagnies israéliennes et 27 autres compagnies[2] continuent d’y fonctionner, ce qui constitue la meilleure preuve du caractère abusif de la décision américaine.

La démarche du premier ministre israélien demandant justement à John Kerry[3]la levée du blocus est significative de son caractère politique. Bien d’autres opinions américaines viennent renforcer cette explication. Ainsi le sénateur républicain du Texas, Ted Cruz,  remarque que les vols sont toujours autorisés pour l’Afghanistan, le Pakistan et le Yémen et que le jour où le blocus a été annoncé, les Etats-Unis déclaraient qu’ils allaient faire un don de 47 millions de dollars « à Gaza ». C’est à dire au Hamas. Il pose, au nom du Congrès, la question de savoir « si le président Obama a utilisé une agence de régulation fédérale pour lancer un boycott économique sur Israël afin de forcer notre allié à se soumettre à ses exigences en matière de politique étrangère ». Khaled Mashal a aussitôt interprété ce bocus comme la victoire du Hamas.

La décision américaine est pour Israël très grave, quand on sait que son principal lien avec l’extérieur est aérien, tant par ses conséquences humaines, sociales, économiques, que par le signal symbolique qu’elle envoie à la planète. Elle a fait que des milliers d’Israéliens se sont retrouvés bloqués sur les aéroports occidentaux tandis que des milliers de personnes étaient réduites à l’impuissance à l’aéroport Ben Gourion.

J’insisterai sur la portée symbolique et imaginaire.

C’est de facto un blocus que des nations occidentales imposent à l’Etat juif, un enfermement, qui équivaut à une mise au ban sur le plan mondial. Il génère nécessairement pour les Israéliens un sentiment d’enfermement et d’étouffement et pour les Juifs du monde occidental la rupture du lien vivant avec Israël.

La question n’est pas seulement politique. On ne peut s’empécher de déceler ici un dispositif mental qu’on a vu à l’œuvre en France ces 14 dernières années, quand, face au communautarisme arabo-musulman, on a préféré condamner le « communautarisme » juif.  Est-ce que les Etats occidentaux se vengent sur Israël de leur démission devant Poutine pour le bombardement de l’avion de la Malaysia Airline en Ukraine?

Mais cet acte réveille surtout  les souvenirs de l’abandon des Juifs durant la deuxième guerre mondiale. L’ombre du ghetto, aux dimensions planétaires cette fois, se profile. Il réveille la mémoire de la fuite des Juifs des pays arabes, pour les uns empéchés de partir et attendant des jours et des jours l’ouverture des frontières, pour les autres pressés de fuir par tous les moyens pour éviter la mort que leur réservaient les nouveaux maîtres. L’acte américain, suivi de près par les pays européens (dont la France et là on ne s’explique pas pourquoi Air France atterrit toujours à Damas!) matérialise ce que nous pressentons depuis plusieurs années dans cette tendance à mettre Israël au ban des nations et dont la campagne mondiale « BDS » (Boycott Désinvestissement Sanction) de l’Autorité palestinienne est le bras armé. Hier sa démarche devant le conseil des droits de l’homme de citer Israël à comparaître pour « crimes de guerre » est de la même trempe. Le spectre de l’extermination des Juifs hante toujours les nations. La seule différence avec hier c’est que l’Etat juif est souverain.

 

[1] Ce que confirment d’autres commentateurs comme Eugene Kontorovich  (site de Commentary):

« Le « sous-texte » ici est qu’Israël a le couteau sur la gorge: choisir entre l’exclusion aérienne  ou accepter un cessez-le-feu qui permettra au Hamas de conserver ses missiles et ainsi fermer l’aéroport Ben Gourion. C’est une proposition perdant-perdant.

[2] British Airways, Czech Airlines, Aeroflot (Russie), Georgian Airways (Géorgie), Ukraine International Airlines (Ukraine), Iberia (Espagne), Yakutia Airlines (Russie), Ethiopian Airlines (Ethiopie), Air Europa (Espagne), Azerbaijan Airlines (Azerbaïdjan), Bluebird Airways (Grèce), Siberia Airlines (Russie).

[3] qui, lui même, en février et en avril, avait menacé Israël de boycott (devenir un Etat d’apartheid et donc mis au ban) s’il ne cédait pas devant les Palestiniens en acceptant ses directives.