L’histoire  admirable de Lassana Bathily, Malien musulman âgé de 24 ans, ne peut laisser personne indifférent. Son courage et sa détermination, lors de la prise d’otages de l’HyperCacher à la Porte de Vincennes, restera gravé dans nos mémoires et nos consciences comme une rare et précieuse étincelle d’espoir inextinguible.

Lassana Bathily sauve, au péril de sa vie, des hommes et des femmes condamnés à mort parce que Juifs.  Dissimulés dans une chambre froide du supermarché, quinze hommes et femmes lui doivent la vie. Son acte de bravoure témoigne ô combien que, même au tréfonds de la barbarie humaine et du désespoir, un seul homme détient une force infinie: celle de  pouvoir sauver, à lui seul, l’humanité entière.

Lassana Bathily fut un homme, là ou il n’y avait plus d’hommes. En secourant la vie de Juifs innocents, ce héros, Juste parmi les Nations, a su relever le visage de l’homme créé à l’image de Dieu. «Celui qui sauve une âme  sauve le monde entier» (Sanhedrin 37, a).

Comment pouvons-nous comprendre cet adage tiré du Talmud et repris tel quel par la Sourate mentionnée dans le Coran (5, 32)? La valeur d’un seul homme équivaudrait-elle à celle de toute  l’humanité entière?

«Dieu dit: « Qu’as-tu fait! La voix des sangs de ton frère crient jusqu’à moi, de la terre» (Gen. 4, 10).

Ce n’est point la voix du mort- comment le pourrait-il- qui crie mais ses sangs qui réclament que justice soit faite. Ces sangs («Damim, דָּמִים») versés à terre témoignent de la cruauté et de la barbarie d’une humanité perdue (Proverbes 29, 10; Ezéchiel 7, 23).

Lassana Bathily, en sauvant l’honneur de l’homme, a sanctifié le principe de Vie et par là-même le Nom de Dieu à la face du monde.

Deux interprétations complémentaires l’une de l’autre viennent éclairer la portée considérable du noble geste de Lassana Bathily.

La première interprétation  enseigne que les sangs absorbés par la terre réclamant le droit à la justice constituent de fait toutes les générations futures qui ne verront jamais le jour. La seconde se fonde sur l’histoire de Joas (Yoash-  (יְהוֹאָשׁ qui, recherché par la cruelle Athalie, fut caché par  Josabeth (יְהוֹשֶבַע Yehosheva), fille du roi Joram (יוֹרָם-Yoram). Ce geste d’humanisme permettra au royaume de Juda  de survivre et de se maintenir.

«1 Athalie, mère d’Achazia, voyant son fils mort, se mit à exterminer toute la race royale. 2 Mais Josabeth, fille du roi Joram et sœur d’Achazia, se saisit de Joas, fils d’Achazia, l’arracha furtivement d’entre les fils du roi, qui avaient été mis à mort, l’installa, lui et sa nourrice, dans la chambre des lits. On le déroba aux regards d’Athalie, et ainsi il échappa à la mort. 3 Il resta avec elle dans le temple de l’Eternel, se tenant caché pendant six ans, tandis qu’Athalie régnait sur le pays» (II Rois 11: 1-3)

Alors que Pharaon tente d’éradiquer toute trace d’Israël, le nouveau-né Moïse est, ironie de l’Histoire, recueilli par sa propre fille (Ex. 2, 5-9). Celle-ci, reconnue comme la première Juste des Nations du TaNaKh pour avoir adopté cet enfant hébreu, permettra finalement la délivrance d’un peuple entier, Israël. Lassana Bathily, de confession musulmane comme le terroriste qui assassina quatre hommes parce que Juifs a, sur l’exemple de la fille de Pharaon, agi par pur humanisme et altruisme.

Pourquoi, donc, ne pas envisager sérieusement l’octroi de l’insigne honneur de Juste des Nations, la plus haute distinction d’Israël (‘Hasid Ummot Ha-‘Olam) à Lassana Bathily?