Si l’on se borne au décorum, alors la visite de Netanyahu à Washington a été un franc succès ; si l’on analyse les résultats concrets d’une telle rencontre, alors elle a été vide de sens. Certes, il s’agissait d’une première rencontre pour se connaître, un round d’observation selon les poncifs de la boxe.

Netanyahu voulait être symboliquement le premier responsable étranger à se rendre à Washington, mais il a été coiffé au poteau par la britannique Theresa May qui s’est précipitée à la Maison Blanche le 27 janvier 2017 pour saluer le nouveau président des États-Unis.

Trump et Netanyahu se sont bornés à des généralités sans chercher à donner des coups ou à marquer des points. L’apparat a été soigné et c’était le but poursuivi par le Premier ministre israélien, qui voulait démontrer que la page d’Obama avait été tournée et que les relations israélo-américaines étaient entrées dans une nouvelle ère après huit années de tension.

Netanyahu était arrivé dans une Maison Blanche en pleine installation qui n’avait pas encore mis au point tous ses dossiers internationaux. La ligne directrice en ce qui concerne le conflit palestinien n’avait pas été tracée alors que Trump était empêtré dans ses problèmes internes avec la démission de Michael Flynn, son conseiller à la sécurité intérieure, impliqué dans une sorte de Watergate.

Le fait qu’il ne se soit pas prononcé précisément sur les questions qui touchent Israël équivaut pour certains à un consentement des thèses israéliennes. Mais la réalité du personnage laisse pour le moins des doutes sans présager des surprises au final.

La conférence de presse a mis en évidence les incohérences de Trump

La conférence de presse commune a mis en évidence les incohérences et la méconnaissance par Trump de la question palestinienne, mais aussi les différences de conception politique entre Israéliens et Américains, pour ne pas utiliser le gros mot de divergences.

Il suffit d’analyser les promesses de campagne de Trump et la réalité sur le terrain pour voir que le pragmatisme s’est installé dans l’administration américaine, qui a opéré un rétropédalage sur plusieurs questions importantes, en particulier sur la Chine, sur l’annexion de la Crimée par la Russie et sur les implantations en Cisjordanie, qui ont été qualifiées d’inopportunes par le président Trump.

La question du transfert de l’Ambassade des États-Unis vers Jérusalem a aussi été laissée de côté.

Un autre rétropédalage de taille, certainement souhaité par Trump, vient du futur ambassadeur américain en Israël Friedman qui avait pris des positions tranchées en faveur des implantations.

Devant la commission chargée de l’auditionner au Sénat, il s’est repris : « Je suis opposé à l’annexion partielle de la Jude-Samarie. Le meilleur moyen de parvenir à une entente entre Israéliens et Palestiniens reste la solution à deux États ».

Les observateurs ont surtout souligné la vacuité des échanges entre les deux responsables et l’approximation dans l’expression de leurs propos. Une seule ouverture a été interprétée comme positive lorsque Trump a botté en touche : « un État ou n’importe quoi d’autre, du moment que les parties sont d’accord ».

C’était un moyen de laisser dos à dos les deux parties. Certes, Naftali Bennett a pris cette phrase pour argent comptant et ses partisans ont dansé dans les rues, mais ils risquent de se réjouir trop tôt, car c’est sans compter sur les lacunes politiques d’une administration Trump qui se cherche encore et qui ne s’est pas fait sa propre religion sur les réalités du Proche-Orient.

Israël n’est pas à l’abri de surprises lorsque Trump prendra le sujet à bras le corps et lorsqu’il se rendra compte qu’il devra ménager les intérêts américains dans la région.

Le seul point de convergence réel est la question du nucléaire iranien, bien qu’aucune mesure n’ait été explicitée pour contrecarrer les projets des Iraniens.

Mais Trump ne pourra pas uniquement suivre la thèse israélienne. Il a besoin d’élargir le consensus à l’Arabie saoudite, à l’Égypte et aux États du Golfe, qui ont des revendications qui ne cadrent pas forcément avec celles de Netanyahu.

Trump ne peut pas ignorer les Palestiniens qui font profil bas en attendant la réalité de la politique américaine à leur égard.

Seul le quotidien Al-Qods de Jérusalem s’inquiète de l’avenir : « les Palestiniens ont perdu tant d’années dans les négociations et ont cédé et accepté le projet de créer leur État sur 22 % de la Palestine historique, pour se retrouver aujourd’hui dans une solution d’un seul État digne de l’apartheid. »

Netanyahu devra faire avec la surprise du revirement de Trump sur les implantions. La Maison Blanche a annoncé, le 2 février, son opposition à la construction de nouvelles habitations israéliennes en Cisjordanie, ce qui a été un coup de massue pour les nationalistes israéliens, frappés de stupeur après avoir pavoisé à l’annonce de la victoire de Trump.

Leur déception risque d’être dramatique face à un dirigeant américain imprévisible. Ils s’étaient empressés d’ailleurs d’annoncer la construction de 6 000 nouveaux logements pour tester Trump et ils n’ont pas été déçus.

Si Barack Obama avait marqué son opposition ferme à ces constructions, Donald Trump a préféré se taire sur le sujet en laissant son porte-parole exprimer la position de son administration : « Si nous ne pensons pas que l’existence de colonies est un obstacle à la paix, la construction de nouvelles colonies ou l’expansion de celles existantes au-delà de leurs frontières actuelles pourrait ne pas aider à atteindre cet objectif. »

La rencontre entre Trump et Netanyahu a permis de connaître la position américaine sur les moyens d’aboutir à un accord de paix.

Donald Trump n’insisterait plus pour que la création d’un État palestinien soit un préalable à la signature d’un accord de paix entre Israéliens et Palestiniens : « Je regarde la solution à deux États et celle à un État. J’aime la solution qui plaît aux deux parties. Je peux me satisfaire des deux solutions. J’ai longtemps cru que la solution à deux États était la plus simple. Mais si Bibi et les Palestiniens – si Israël et les Palestiniens sont contents avec la solution qu’ils estiment meilleure, je serai content ». Plus vague, on ne peut pas mieux.

Reste à se poser la question sur la viabilité de cette position car les Palestiniens ne resteront pas inertes indéfiniment.

Quelques jours avant la rencontre entre Netanyahu et Trump, le chef de la CIA Mike Pompeo s’était entretenu avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à Ramallah après une visite en Arabie saoudite et en Turquie.

Il voulait rassurer les Palestiniens qui redoutent le changement radical de politique impulsée par Trump au Moyen-Orient, en particulier ses positions pro-israéliennes affichées.

La dirigeante palestinienne Hanane Achraoui a estimé que la position de l’administration Trump sur la solution à deux États, en apparente rupture avec celle des administrations précédentes, n’avait « aucun sens ».

Mike Pompeo a tenu à combler le vide dû à l’indécision totale de l’administration américaine.

En fait, Netanyahu est allé trop vite en besogne en se rendant à Washington alors que Trump n’est pas encore au fait des dossiers internationaux, ce qui l’a conduit à des propos vagues.

S’il s’agissait de recevoir quelques tapes sur le dos de la part du président américain alors la visite fut un succès.

En revanche, la pilule sera amère pour les nationalistes juifs puisque Donald Trump a exigé de revoir la décision de créer une nouvelle implantation pour les évacués d’Amona.

Naftali Bennett et ses amis semblent s’être réjouis trop tôt.

Il est à présent certain que le principe de « deux États pour deux peuples » est encore d’actualité.

https://benillouche.blogspot.co.il/2017/02/bilan-contraste-de-la-visite-de.html