Le 1er octobre dernier, on pouvait lire une interview de l’ancien juge antiterroriste Marc Trévidic dans Paris-Match. Il y affirmait que la menace était « à un niveau maximal, jamais atteint jusqu’alors », que la France en était la « cible principale » et que nous n’étions « plus en mesure de prévenir les attentats », les moyens affectés à la lutte antiterroriste étant « clairement devenus très insuffisants ».

Aujourd’hui, une nouvelle fois, la France est meurtrie.

Une nouvelle fois…

La nouvelle n’est donc pas une surprise. La menace était connue, des attentats avaient déjà eu lieu, et tout indiquait que ce ne serait pas les derniers.

L’Etat islamique avait fait part de son intention d’attaquer la France. La seule inconnue était l’efficacité des services de sécurité à empêcher l’exécution des menaces, dans un domaine où l’erreur n’est pas permise.

Les services ont certainement empêché d’autres carnages, mais nous savons désormais que la dernière tentative est passée entre les mailles du filet.

Les attentats ont eu un effet collatéral : le président iranien Hassan Rouhani, qui devait être reçu officiellement par François Hollande, a reporté sa visite.

Il n’a pas manqué de faire une déclaration « au nom du peuple iranien, qui a été lui-même victime du terrorisme », son ministre des affaires étrangères Mohammad Javad Zarif renchérissant : « Les événements de Paris montrent une nouvelle fois que le terrorisme et l’extrémisme sont une menace internationale et une coopération internationale est nécessaire pour lutter contre ce phénomène. La République islamique d’Iran participera activement à cette lutte ».

Ceci venant des représentants d’un régime qui fit son entrée sur la scène internationale en 1979 en gardant des civils américains otages pendant 444 jours, qui tua 84 personnes dans l’attentat de l’AMIA à Buenos Aires en 1994 et qui soutient aujourd’hui des organisations terroristes islamistes comme le Hezbollah.

Est-il moralement défendable de traiter avec une « république islamique d’Iran » peu républicaine mais organisée en théocratie islamique, qui utilise elle-même activement des méthodes terroristes et qui menace ouvertement un état démocratique, Israël, de destruction ? Peut-on dénoncer le terrorisme lorsqu’on en est victime et développer en même temps des relations avec de tels interlocuteurs ?

La semaine dernière également, la Commission européenne approuvait l’étiquetage des produits des implantations israéliennes en Judée Samarie. Une mesure que l’Europe n’applique à aucun des nombreux autres territoires contestés de par le monde. Qui songerait à étiqueter les produits chinois fabriqués au Tibet, territoire annexé par la Chine en 1951 ?

La mesure, prévue depuis longtemps, frappe Israël au moment même ou ce pays se trouve lui-même en proie à une intense vague de terreur, avec des assassinats quotidiens à travers le territoire commis sous une inspiration islamiste évidente, comme à Paris.

Mahmoud Abbas a eu, au début de cette vague de terreur, des propos incendiaires que ne renieraient pas les auteurs des attentats de Paris : « Nous saluons chaque goutte de sang versé pour la cause de Jérusalem. Ce sang est du sang propre et pur, versé au nom d’Allah, avec l’aide d’Allah. Chaque martyr aura sa place au Paradis, et tous les blessés seront récompensés par Allah ».

Pourtant, Anne Hidalgo a décerné à cet homme coutumier de ce genre de propos la médaille Grand Vermeil de la ville de Paris en saluant un « homme de paix ».

En janvier, après les attentats de Charlie Hebdo et Hyper Cacher, la France a laissé Mahmoud Abbas et d’autres représentants de régimes autoritaires où la presse n’est pas libre – Turquie, Qatar, Russie – marcher en tête de cortège pour défendre la « liberté d’expression » (qui n’était d’ailleurs que l’une des libertés attaquées par les islamistes). Qu’une démocratie laisse sans broncher des représentants de régimes répressifs se faire passer pour des amis de la liberté est le signe que quelque chose ne tourne pas rond dans notre approche du monde.

La France et l’Europe commencent à réaliser qu’elles sont en guerre.

De plus en plus de responsables politiques le disent, jusqu’au sommet de l’état maintenant où le président François Hollande a parlé d’ « acte de guerre » à propos des attentats.

Une guerre ne se gagne que si l’on reconnaît ses adversaires.

L’adversaire, celui qui a déclaré la guerre, est l’islam radical. Pour le vaincre, il paraîtrait opportun que la France identifie ceux qui partagent ses valeurs et ceux qui s’y opposent et ajuste ses relations en conséquence.

François Hollande se trouvait vendredi sur les lieux d’une des attaques et a dû être ex-filtré du Stade de France. Ce n’est certainement pas un hasard et c’est quand même une dure épreuve pour un président et son pays que de voir passer si près le vent du boulet.

Et si cela provoquait un sursaut ? Il faut parfois une épreuve pour révéler un grand leader, et il n’est pas encore trop tard pour que notre président prenne une nouvelle dimension. L’occasion lui est donnée. Souhaitons le lui, souhaitons le nous.