S’il est bien un intellectuel français qui cristallise toutes les passions, c’est Bernard-Henri Lévy.

Il est sur tous les fronts, de préférence sur des terrains de conflits, accompagné d’une équipe de télévision et toujours propre dans sa légendaire chemise blanche largement dégrafée.

Cet homme va vite dans tout ce qu’il fait ce qui apparaît en contradiction avec la distance qui sied à un philosophe.

Pensez-vous, à 19 ans déjà il intégrait la prestigieuse Ecole Normale Supérieure. On semble oublier que son livre fondateur « Le testament de Dieu » fut bien accueilli par ses pairs au premier rang desquels Emmanuel Levinas, et lui conféra son statut de penseur de la barbarie humaine.

Oui BHL est légitime pour parler de la barbarie, de la tyrannie, des extrémismes, où qu’ils se trouvent. Alors ce globe-trotter de l’indignation ne connaît pas de frontières.

C’est ainsi que ce week-end il s’est rendu à Tunis pour des raisons qui demeurent encore assez floues. Etait-ce pour se féliciter des dernières élections qui ont écartées les islamistes du pouvoir ?

Nul ne le sait vraiment et à vrai dire ce mystère est en parfait accord avec le personnage. Il n’en demeure pas moins qu’à l’heure des réseaux sociaux, alors que BHL se trouvait en France en salle d’embarquement pour Tunis, il fut devancé par de nombreux messages s’indignant que cet homme, disons-le que ce Juif, puisse venir fouler le sol de la terre tunisienne.

Ainsi à son arrivée à Tunis, Bernard-Henri Lévy a du être exfiltré après, rapporte t-on, un long moment passé dans l’aéroport, pour échapper aux dizaines de manifestants qui scandaient arborant des drapeaux palestiniens « Non aux intérêts sionistes en Tunisie », « BHL dégage ».

Pour ceux, et j’en suis, qui ont des origines tunisiennes cela tranche singulièrement avec la douceur que l’on prête aux Tunisiens et des temps désormais révolus de cette parfaite entente entre la population arabe et juive.

Que reproche t-on à l’intellectuel français au point de se mobiliser avec violence pour le désigner persona non grata ? Là non plus on ne le sait pas trop si ce n’est une déclaration d’un avocat, Me Abdelaziz Essid, qui entend saisir la justice tunisienne pour : « constituer un dossier vu le caractère suspect de cette visite et du danger qu’elle présente pour la sécurité du pays et l’ordre public ».

En réalité ce qui pose problème c’est l’affirmation de BHL de son soutien à Israël. Même Tariq Ramadan s’est fendu de son commentaire en désignant BHL comme un « agent intellectuel du gouvernement israélien comme du Mossad ». La menace semble sérieuse. Peut-être qu’un simple rappel ne serait pas inutile si l’on considère que BHL est l’instigateur de JCall afin de souhaiter une solution pacifiste entre Israéliens et Palestiniens reposant sur « deux peuples, deux Etats ».