La section de la semaine « Berechit » est la plus commentée de toutes les sections de la Torah.

C’est peut-être aussi la plus difficile à comprendre puisqu’elle nous parle de la création du monde et nous donne deux versions de la création.

Ainsi les chapitres 1 et 2 diffèrent dans la chronologie de la création. On remarquera que dans le premier chapitre l’homme est le dernier à être créé tandis que dans le deuxième chapitre, il est créé avant les plantes et les animaux.

Dans le premier chapitre, l’homme est créé en couple, mâle et femelle mais dans le second chapitre la femme l’est après lui et après les animaux. Dans le premier chapitre, l’homme est créé par une parole divine tandis que dans le deuxième, il est façonné par Dieu.

Nous allons nous intéresser aux versets du chapitre 3 qui évoquent les conséquences de la faute d’Eve lorsque cette dernière mange le fruit défendu.

Chap. 3 V. 16 à 20 : « A la femme il dit : ‘J’accroîtrai grandement ta souffrance et ta grossesse ; tu enfanteras des fils dans la douleur. Et ton désir te portera vers ton époux et lui te dominera.' »

Et à Adam, il dit : « Parce que tu as écouté la voix de ta femme et mangé de l’arbre au sujet duquel je t’avais enjoint en disant ‘Tu n’en mangeras pas’, maudite est la terre à cause de toi ; et c’est avec peine que tu t’en nourriras tous les jours de ta vie. Et elle fera pousser pour toi des ronces et des épines, et tu mangeras l’herbe du champ. C’est à la sueur de ton front que tu mangeras du pain jusqu’à ce que tu retournes à la terre dont tu as été pris ; car poussière tu es, et à la poussière tu retourneras. »

En lisant ces versets, je ne peux que constater que la punition est injuste socialement. L’ensemble des femmes sont punies : elles devront accoucher dans la douleur quel que soit leur niveau social.

Princesse ou servante, c’est le même châtiment. La malédiction qui a frappé Adam s’applique seulement aux paysans et aux « gens ordinaires » qui sont obligés de suer pour gagner leur pain. La malédiction ne concerne pas les princes et les rois.

J’ai regardé ce que disent nos sages sur le sujet de l’accouchement dans la douleur et j’ai été surpris d’un commentaire du Talmud qui nous apprend dans le Traité Sota 12, a, que « les femmes pieuses ne sont pas comprises dans l’arrêt qui frappa Eve. » Il serait intéressant de demander aux femmes pieuses si les douleurs d’accouchement ont été moindres que celles des autres femmes.

Le Rav Munk vient au secours des femmes en écrivant que « leur accouchement n’est pas nécessairement accompagné de douleurs. Le fait que les douleurs d’enfantement soient reconnues comme étant un châtiment divin n’interdit pas, par ailleurs, de rechercher les moyens d’adoucir la peine, tout comme l’homme n’a jamais considéré comme défendue la recherche des moyens techniques et autres en vue de soulager les peines que le verdict « c’est à la sueur de ton front que tu mangeras ton pain » lui a infligées. »

Comme nous le savons tous, nous devons d’abord procréer pour que la femme accouche. Nous pouvons lire deux fois dans le livre Bérechit l’ordre de procréer : chap. 1 V. 28 : « Dieu les bénit et Dieu leur
dit : « Fructifiez et multipliez-vous, emplissez la terre et assujettissez-là. ».
Chap. 35, V. 11 : « Dieu lui dit (à Jacob) : « Je suis El Chaddaï. Fructifie et multiplie toi ; un peuple et une communauté de peuples seront issus de toi et des rois sortiront de tes hanches. »

La première mitsva (commandement) de la Torah est la procréation. Nos sages se sont posés la question de savoir si ce commandement s’adressait autant à l’homme qu’à la femme. Discussion qui est d’une très grande modernité suite aux progrès de la procréation assistée. Lisons le traité Yebanot 65, b :

« Michna : L’homme est soumis au commandement de la reproduction mais pas la femme. Rabbi Yo’hanan fils de Bérouka dit : pourtant il est écrit à propos des deux (l’homme et la femme) « dieu les bénit et Dieu leur dit fructifiez et multipliez-vous » (Genèse 1.28) »

Guémara : D’où apprend-on cela (que seul l’homme est tenu à la mitzva de la reproduction ?) Rabbi Ilaa dit au nom de rabbi Elazar fils de Rabbi Shimon : le verset dit « et remplissez la terre et conquérez-la » (Genèse 1.28). L’homme a tendance à conquérir et la femme n’a pas tendance à conquérir. Au contraire ! L’emploi du pluriel dans le terme « conquérez » sous-entend les deux (l’homme et la femme). Rabbi Na’hman fils de Yits’hak dit : le verbe est écrit au singulier (même s’il est voyellisé au pluriel). Rabbi Yossef dit : il est écrit « Je suis ton Dieu tout puissant, fructifie et multiplie (Genèse 35.11) et il n’est pas écrit fructifiez et multipliez. »

Comme vous pouvez vous en douter, la hala’ha (la loi juive) retient le premier avis de la michna, à savoir que le commandement de la procréation ne s’applique pas à la femme.

Le Rav Meir Sim’ha de Dvinsk nous explique « Qu’étant donné les douleurs et la peine liées à la grossesse et à l’accouchement, la Thora n’a pas obligé la femme à faire des enfants, en vertu du verset « Ses voies (de la Tora) sont agréables et ses chemins sont pacifiques » (Proverbes 3.17) »

Cette explication démontre, n’en déplaise à beaucoup, que la hala’ha doit comme son nom l’indique en hébreu aller de l’avant et se moderniser.

Revenons au texte de la section qui nous dit : « Et ton désir te portera vers ton époux et lui te dominera. » 

En lisant les commentaires sur ce verset, je dois vous faire la confidence que j’ai eu très peur. En parcourant « Le commentaire sur la Torah » de Jacob Ben Isaac Achkenazi de Janow, (livre écrit entre le 16è et 17è siècle et destiné aux femmes) je tombe sur l’explication suivante : « La femme est subordonnée à son mari et doit lui obéir comme un serviteur obéit à son maître ; normalement, elle ne devrait pas éprouver de désir pour son mari. Toutefois, le Saint béni soit-il a fait en sorte que la femme éprouve de la passion pour son mari et souhaite qu’il la domine comme un maître règne sur son serviteur » Mesdames, vous voilà prévenues et Messieurs ne soyez pas trop dures car en tant que serviteur, les femmes pourraient se syndiquer !!!!!!

Heureusement, certains rabbins sont un peu moins extrémistes. Ainsi pour le Rav Feinstein « les nouvelles conditions de vie faisant dépendre la subsistance d’un labeur physique rendent naturellement les femmes tributaires des hommes dotés de plus de force. Mais l’obéissance de la Torah réhabilite la femme et lui permet de retrouver son statut privilégié de « couronne de son mari » Ce même rabbin rajoute que « les sages ont décrété qu’un homme doit honorer son épouse « plus que lui-même », et l’aimer « autant que lui-même » S’il a de l’argent, il doit se montrer à son égard d’une générosité à la mesure de ses moyens. Il ne doit pas lui inspirer une peur indue et il doit lui parler avec affabilité ; il ne doit montrer ni mélancolie ni colère. »

Pour conclure cette première section de la Thora je vous conseille de méditer sur la phrase de Margaret Fuller, romancière et conférencière américaine née en 1810 qui écrivit dans « La femme au XIXe siècle » : « Seul un homme pourrait lancer l’idée que le bonheur d’une femme consiste à servir et plaire à un homme. »

Eric Gozlan