A quelques jours du second tour des primaires socialistes, les finalistes s’affrontent à coups de petites phrases assassines.

Valls a ainsi attiré l’attention de tous les militants de gauche, et au-delà, sur la « position ambigüe » de M. Hamon sur la question de la laïcité.

Probablement motivées, aussi, par la possibilité d’une investiture socialiste aux présidentielles, ces attaques ne sont pourtant pas dénuées d’intérêt.

Interrogé sur le port du voile pendant le dernier débat des primaires, Benoit Hamon affirme lutter contre le fait d’imposer le port du voile aux femmes mais accepte en revanche le port choisi par celles qui le souhaitent. La servitude volontaire en quelque sorte, le droit de choisir librement de ne pas être libre. Tout un programme.

Mais cette prise de position pose une question à laquelle il ne répond pas. Qui placera le curseur de la liberté ? La femme à qui l’on a imposé le voile depuis qu’elle est enfant et que l’on a conditionnée à le porter ? Celle qui subit le regard des autres, la pression familiale, culturelle ou religieuse ? Celle qui porte le voile pour qu’on cesse enfin de la harceler et de l’insulter dans le « quartier » ?

Les femmes qui sont prisonnières de ce voile ne sont pas près de s’en libérer avec Benoit Hamon à la présidence.

Sur le même terrain mouvant, ce dernier s’est récemment distingué au sujet d’un reportage sur le travail de la « Brigade des mères » en banlieue.

Alors que ces femmes étaient déclarées « persona non grata » dans des cafés de Sevran ou de Rilleux-la-Pape au motif « qu’ici, c’est comme au bled », M. Hamon a simplement rappelé que « historiquement, dans les cafés ouvriers, il n’y avait pas de femmes ». Comprenez : le refus d’accueillir des femmes dans les cafés de certaines banlieues n’est pas une question culturelle/religieuse mais la simple manifestation d’un sexisme historique et finalement assez banal. La référence au « bled » ? N’y voyez qu’une précision géographique sans autre intérêt. Le client aurait tout aussi bien pu dire « Ici, c’est comme en Corrèze ». Mais le fait est qu’il ne l’a pas dit.

Soyons réalistes. En ces temps de campagne électorale, fut-ce pour les primaires d’une gauche moribonde après un quinquennat que rien ne sauve, ce genre de déclarations s’apparente plus à du clientélisme tendance « accommodements raisonnables » qu’à autre chose.

Rappelons-nous qu’en novembre 2014, M. Hamon alors député socialiste des Yvelines, ex-ministre éphémère de l’éducation nationale et déjà frondeur dans l’âme, aurait déclaré selon le Canard Enchaîné que la reconnaissance de la Palestine était « le meilleur moyen pour récupérer notre électorat des banlieues et des quartiers ».

Précisons à sa décharge (ou pas) que le département des Yvelines ne se résume pas à Versailles et Saint Germain-en-Laye. Il y a aussi Mantes-la-Jolie, Trappes ou encore les Mureaux. Et quand on est député socialiste, c’est dans ces dernières que l’on vient faire le plein des voix plutôt que dans des villes réputées solidement ancrées à droite. Rien de bien extraordinaire donc à venir faire de la retape électorale auprès de ses soutiens naturels.

Mais tout de même. Lorsqu’en avril 2016, l’université Paris-8 accepte de recevoir entre ses murs un colloque « antiraciste » intitulé « Paroles non blanches » et interdit aux personnes blanches de peau (!) et que Pascal Cherki, député de Paris et porte-parole de M. Hamon, soutient cette initiative contre « l’idéologie dominante », on ne peut s’empêcher d’y voir un appel du pied supplémentaire à un certain électorat avec en prime quelques relents nauséabonds.

L’autre porte-parole de M. Hamon, Alexis Bachelay, député des Hauts-de-Seine, a participé quant à lui au dîner de soutien annuel du CCIF de 2014 (sous l’égide de Tariq Ramadan, proche des Frères Musulmans) et organise des colloques avec ce même CCIF et Sihame Assbague laquelle, à l’instar des « Paroles non blanches », a co-organisé en août 2016 un « camp d’été décolonial » près de Reims « réservé uniquement aux personnes subissant à titre personnel le racisme d’État en contexte français ». Décryptage : interdit aux blancs.

Voilà comment les deux porte-paroles de Benoît Hamon s’associent à des manifestations qui prônent la non-mixité, l’exclusion de l’autre (le blanc) – ce qui n’est pas sans rappeler le livre de Houria Bouteldja « les Blancs, les Juifs et nous » dont le titre lui-même est un appel à la discrimination -, et qui confortent les dérives identitaires qui ne sont pas, elles, réservées à l’extrême-droite.

Bien sûr, Benoît Hamon n’est pas comptable de l’emploi du temps de ses porte-paroles mais il est responsable de ses alliances, de l’équipe qui l’entoure et des promesses subliminales qu’il fait à une certaine frange de son électorat.

L’article 1er de la constitution française dispose : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale ». Les « accommodements raisonnables » portent en eux le risque que le curseur du « raisonnable » varie en fonction des décideurs politiques du moment et des compromissions qui les ont portés au pouvoir.

Qui s’opposera alors aux dérives ?

Il faut le réaffirmer. La laïcité n’est pas un plat. Elle ne s’accommode pas.