J’avais pourtant choisi de parler de tout autre chose dans ce papier, mais il faut faire droit à l’actualité brûlante et ce matin, ou plutôt depuis hier soir, c’est la nouvelle d’une hypothétique mise en examen du Premier ministre israélien qui occupe toutes les rédactions.

Que je le dise d’emblée, sans la moindre hésitation : on cherche au Premier ministre une mauvaise querelle ; certains opposants, assoiffés de pouvoir, rongés par une ambition effrénée, cherchent, par une sorte de putsch judiciaire, à mettre fin aux fonctions d’un dirigeant au pouvoir depuis neuf ans. Un record dans cette tumultueuse démocratie israélienne, qui comme le disait la Bible, à propos de ce pays, dévore ses habitants.

Voyons les choses les unes après les autres : il y a d’abord le rôle de la presse, tant israélienne qu’internationale. La première, majoritairement défavorable au Premier ministre, tire sur lui à boulets rouges, joue un rôle d’amplificateur, joue aussi avec les mots et présente ce qui n’est qu’une recommandation, comme la fin d’une carrière, une crise de régime, un chant du cygne…

Alors que cet avis d’une police (un peu politisée) n’est que consultatif et ne vaut guère condamnation ni même aveu de culpabilité. Donc, les journalistes jouent sur les mots pour faire croire que le gouvernement va tomber en raison de la culpabilité reconnue, avérée de son chef.

Mais il n’en est rien. Le plus pathétique c’est la reprise par les organes de la presse étrangère de termes hébreux ou anglais mal traduits. En fait, vu la complexité du dossier, et vu les mis en cause, le procureur général du pays ne manquera pas de prendre tout son temps car il y a des dizaines de témoignages, d’éléments ou de déclarations qu’il faudra vérifier une à une, ce qui ne manquera pas de prendre une année, c’est-à-dire jusqu’aux élections prévues à la fin de l’année prochaine.

Sur quoi repose tout ce tintamarre ? A aucun moment il n’a été question d’enrichissement personnel, à aucun moment il n’a été question de malversations de fonds publics. En fait, il s’agit de cadeaux offerts par des magnats américains ou australiens, consistant en cigares de qualité et en grands crus…

Aucun voyage somptueux, aucun séjour dans des paradis de milliardaires, rien qui vaille vraiment une entorse à une quelconque législation pénale. C’est peut-être une imprudence, mais en aucun cas un délit ni surtout un crime.

Certains prétendent que ces donateurs n’étaient pas si désintéressés que cela et qu’ils durent obtenir des faveurs en échange de leur largesse… Il faut le prouver, ce qui ne semble pas être le cas.

Alors pourquoi toutes ces clameurs ? Tout simplement parce que le milieu politique israélien est aussi étrange, cruel et imprévisible que tous les autres milieux politiques du monde.

Dois-je citer le cas du président Donald Trump ? Il a dû endurer tant de choses désagréables durant la campagne et même après, puisque ce matin même, on sort une histoire sordide avec une actrice de films pornographiques et ses accusateurs font preuve d’une charitable attention en précisant qu’il était alors marié avec son épouse actuelle…

Dieu du ciel ! L’élection de cet homme à la tête des USA ne cessera donc jamais de mobiliser ses ennemis contre lui ?
En Israël, les naïfs comme moi se seraient attendus à ce que les valeurs juives, les valeurs de la Torah, inculquent aux milieux politiques des mœurs plus correctes ; or, on découvre à sa grande honte que les comportements dans l’Etat juif sont encore plus désagréables, plus nauséabonds qu’ailleurs. Alors que ce pays, plus que tout autre, aurait intérêt à demeurer uni et à attendre les échéances électorales normales.

Le pouvoir, toujours le pouvoir, encore le pouvoir… Et par tous les moyens.
Les milieux ou les partis politiques sont connus pour un adage qui ne leur fait vraiment pas honneur : en politique, pas d’amitié. Ce qui signifie que les loups se mordent entre eux.

Dès qu’apparaît la perspective d’une disponibilité, dès qu’une place se libère ou à défaut si l’on peut en chasser le titulaire, alors les plus déterminés montrent les crocs. Et c’est là la nature humaine, elle n’a rien à voir avec la probité. Et même la Torah n’y peut rien puisque ceux qui prétendent l’incarner, doivent encore et toujours balayer devant leur porte…

Cette situation ferait sourire si cet Etat n’état pas gravement menacé de l’extérieur. Que l’on me comprenne bien : je ne dis pas de fermer les yeux sur des délits ou des crimes, au motif que des menaces pèsent, non je dis qu’il ne faut pas en inventer de toutes pièces, ce qui dans les lieux où ils se terrent, doit réjouir le chef du Hezbollah et les chefs du Hamas.

Mais pourquoi donc les Israéliens, peuple éduqué, formé, civilisé, agissent-il de la sorte ? Est ce une variante de la haine de soi juive si chère à Théodore Lessing, assassiné en 1933 à Marienbad par les Nazis ?

Pourquoi cet acharnement contre un homme dont le père fut un grand professeur de philosophie, Benzion Netanyahou (Isaac Abrabanel, statesman and philoqpher), qui a lui-même fait partie des unités d’élite de Tsahal et dont le frère est mort lors de l’opération d’Entebbe…

Comme chacun d’entre nous, cet homme a des failles, des faiblesses et même une épouse qui pose parfois des problèmes, honteusement exploités par une opposition déloyale.

Georges Pompidou, lors de l’affaire Marcovitch avait dit que ceux qui s’en prennent à un homme politique au travers de son épouse, sont des goujats.. Aujourd’hui, on a dépassé ce stade, on a outrepassé cette limite.

Alors que faut-il faire ? Il faut tout d’abord retrouver le calme et la sérénité. Une simple enquête de police n’a aucune valeur juridique contraignante : la police judiciaire obéit au juge et non le juge à la police.

Le député du Likoud Amsellem n’avait pas tort de chercher à interdire la publication de ce genre d’avis. La population croit alors aussitôt que la personnalité visée est coupable et devrait quitter le pouvoir si elle l’exerce.

Les semaines qui viennent risquent de voir la situation aux frontières, tant au sud qu’au nord, se compliquer dangereusement. Je demande que l’on en soit conscient.

Contrairement à la vérité, certains ont prétendu que le Premier ministre avait surjoué l’incident aérien avec la Syrie pour faire oublier ses démêlés avec la justice. Or, nous savons aujourd’hui que c’est le chef d’Etat-Major qui a insisté pour cette démonstration de force face à l’Iran…

Les successeurs pressés et impatients devraient attendre tranquillement à leur place. La sécurité d’Israël passe nettement au-dessus des ambitions personnelles.