L’annulation récente d’une visite de Tzipi Livni, à Bruxelles est le dernier épisode d’une longue série d’actes plus que douteux inspirés par l’anti-sionisme rabique régnant en Belgique.

L’ancienne ministre des Affaires étrangères israélienne risquait en effet d’être arrêtée pour interrogatoire dès son arrivée dans le pays, suite à une plainte pour « crimes de guerre », se référant à des « violations des droits de l’homme » durant la guerre de Gaza en 2008.

La presse belge, quasi unanime, journaux comme médias audiovisuels, ne cessent de stigmatiser Israël, sans que la parole ne soit donnée aux défenseurs de l’Etat hébreu, sinon, rarement, par le biais de l’une ou l’autre éventuelle réaction de l’ambassade. Pas l’ombre d’un débat donc.

Une belle continuité avec la tradition antisémite du pays, si bien illustrée par les grands noms de la littérature belge, de Georges Simenon à Jean Ray, en passant par Michel de Ghelderode ou le très adulé Hergé.

Et, cerise empoisonnée sur ce lamentable gâteau, le fameux « Je suis Charlie, je suis Juif, je suis Palestinien », d’Elio di Rupo, président du Parti socialiste et ancien Premier ministre, sous-entendant qu’il ne pourrait y avoir de Juifs totalement innocents, occupation de la Palestine oblige.

Tout se passe désormais comme si l’occupation des territoires palestiniens en 1967 était l’acte inaugural du conflit israélo-arabe, puis israélo-palestinien.

Oubliée la résolution de l’ONU sur le partage de la Palestine du 29 novembre 1947, acceptée par Israël – même si le territoire qu’on lui proposait alors était particulièrement exigu – et immédiatement rejetée sans appel par les pays de la Ligue arabe.

Oubliée la guerre lancée par ces pays dès le lendemain contre l’Etat juif.

Oublié le refus persistant desdits pays de reconnaitre Israël, jusqu’au jour du voyage d’Anouar el-Sadate à Jérusalem, en 1977, le Liban, la Syrie, l’Irak, entre autres, persistant toujours dans ce refus jusqu’à ce jour. Oubliés les attentats sanglants contre des civils israéliens.

On a beau adhérer au Camp de la Paix israélien et appuyer la restitution des territoires occupés, comme le fait le signataire de la présente, la politique des deux poids, deux mesures aux dépens d’Israël est toujours plus choquante.

Le mouvement de boycott des universités et associations culturelles d’Israël en constitue l’exemple le plus flagrant, et ce pour deux raisons principales.

Il y a d’abord le fait indéniable que c’est surtout dans les milieux précités que l’on trouve le plus grand nombre de partisans d’une paix négociée avec les Palestiniens. D’autre part, parce qu’on n’a plus vu un tel boycott depuis l’ère de l’Apartheid en Afrique du Sud.

La Russie est complice de massacres immondes en Syrie, avec des centaines de milliers de morts (alors que l’on compte un par un les morts palestiniens dans nos médias, parfois même en citant leurs noms).

Aux pires moments de la guerre du Vietnam, personne n’a proposé de boycotter Harvard, Yale et les autres universités américaines et quoi que fasse Donald Trump personne n’imaginerait un seul instant un tel boycott.

On ne peut qualifier que d’immonde ce boycott culturel dans un monde où des massacres sont commis en permanence aux quatre coins de la planète.

Le succès tout particulier du mouvement BDS en Belgique distingue aussi ce pays des autres nations européennes. On trouve sur la liste des signataires une belle brochette d’universitaires et de personnalités en vue du monde culturel.

Une autre manifestation significative de cette attitude de deux poids, deux mesures est le poids de la critique incessante de l’occupation des territoires palestiniens comme un scandale planétaire, au point que le terme même d’occupation semble rimer avec Israël et Palestine.

Faut-il rappeler qu’il y a des territoires occupés un peu partout dans le monde, à l’instar par exemple de la Crimée, envahie il n’y a guère par la Russie, du Kurdistan écrasé par la Turquie ou du Tibet, carrément annexé, lui, il y a des décennies déjà par la Chine ?

Plus frappant encore, n’existe-t-il pas des territoires occupés au sein même de l’Union européenne ? Chypre, occupé en grande partie par la Turquie ou l’Irlande du Nord par la Grande-Bretagne. Même l’appartenance britannique de Gibraltar relève, peu ou prou, d’une occupation.

Ils sont nombreux ces peuples opprimés qui envient les Palestiniens, les malheurs de ceux-ci faisant si souvent la une des médias européens et plus souvent encore des médias belges, alors que les leurs sont quasiment passés sous silence.

Où est l’indignation de nos populations chrétiennes face à l’oppression radicale des chrétiens d’Orient, ou à celle des Kurdes ?

Un important dirigeant des combattants syriens en révolte contre Assad, n’a-t-il pas reproché aux Palestiniens, il y a quelques jours encore de ne cesser de se plaindre, alors qu’ils vivent dans un paradis en comparaison des Syriens.

Tout récemment également, le licenciement d’un polémiste arabe anti-sioniste qui avait une rubrique hebdomadaire dans un prestigieux quotidien flamand, a remis le feu aux poudres. Abou Jajah avait en effet justifié un attentat récent en Israël, expliquant qu’on ne peut qualifier ses auteurs de terroristes, car il s’agit selon lui de résistants et que face à l’occupation israélienne tous les moyens sont licites.

Cette mise à pied a une fois de plus déchaîné les habituelles attaques dans la presse, non contre l’auteur de l’article, mais contre le journal qui l’a licencié.

Là encore la pratique du deux poids, deux mesures est flagrante. Il faudrait en effet qualifier de résistants ceux pour qui tous les moyens sont bons contre Israël, y compris les attentats aveugles, alors qu’aucune personne censée, en dehors des intéressés, n’aurait jamais osé qualifier de résistants les terroristes de l’IRA irlandaise ou de l’ETA basque.

La fonction de bouc émissaire est de toute évidence, depuis 2000 ans, celle qui sied le mieux aux Juifs.

Un autre argument qu’utilisent à loisir ceux qui cachent leur antisémitisme derrière le masque de l’antisionisme est le fait qu’un certain nombre de Juifs – et là encore on en trouve pas mal en Belgique – eux-mêmes condamnent systématiquement Israël.

Il n’est guère difficile de prouver que cet argument est fallacieux, la haine de soi étant assez fréquente dans certains milieux juifs, au point que Theodor Lessing y consacrait un livre publié il y a près de 90 ans sous le titre Der jüdische Selbsthaß.

Il y a sans doute peu de penseurs, avant la période nazie, qui publièrent des écrits plus violemment antisémites que le Viennois Otto Weininger, Juif d’origine, plus tard converti au christianisme et par ailleurs anti-féministe radical.

Avant lui, Sigmund Freud avait déjà théorisé ce concept de haine de soi, repris bien plus tard par Jacques Lacan.