Cette semaine, grâce à la section Behar, nous allons étudier deux lois économiques que nous enseigne la Bible. Comme nous le verrons, ces lois ont un caractère très social. Si elles sont appliquées en Israël, elles ont été à la base de certaines lois françaises comme la loi Neiertz sur le surendettement.

Le judaïsme a toujours encouragé le travail physique

En guise d’introduction, il est important de rappeler que le judaïsme a toujours encouragé le travail physique. Ainsi dès la Genèse Chap. 3 V. 18 il est écrit : « C’est à la sueur de ton front que tu ne mangeras du pain. »

Rabbi Yaacov ben Acher  écrivait « Et puis, après la prière, il ira à ses occupations, parce que la prière non accompagnée de travail, s’annule et conduit à l’iniquité »

En lisant ce verset de la Genèse et ce commentaire, il est difficile de comprendre une frange de la population juive orthodoxe qui refuse de travailler pour s’adonner à temps complet à ses études. Ces personnes vivent au crochet de la société et de leur femme.

Commençons par la première loi économique : la chemita ou l’année chabbatique.

 l’homme idéal économique ne serait en aucune façon celui qui cherche seulement le gain et le profit individuels

Chap. 25 V. 1 à 7 : « Hachem parla à Moïse sur le Mont Sinaï, en disant : parle aux enfants d’Israël et dis-leur : lorsque vous arriverez sur la terre que Je vous donne, la terre observera un repos de Chabbat pour Hachem. Durant six ans tu ensemenceras ton champ et durant six ans tu tailleras ta vigne ; et tu rassembleras sa récolte. Et la septième année, ce sera un repos absolu pour la terre, un Chabbat pour Hachem ; tu n’ensemenceras pas ton champ et ne tailleras pas ta vigne. Les pousses spontanées de ta moisson tu ne moissonneras pas et les raisins que tu as gardés pour toi tu ne vendangeras pas ; ce sera une année de repos pour la terre. Le produit du Chabbat de la terre sera à vous pour le manger, pour toi, pour ton esclave et pour ta servante ; pour ton salarié et pour ton résident, qui habitent avec toi. Et pour ton bétail et pour la bête sauvage qui est sur ta terre, toute sa récolte sera pour consommer. »

S’articulant sur le principe du chabbat, la chemita impose à l’économie une année de repos.

Dans cette orientation proposée par la Bible, la réalité de la poursuite illimitée du gain est démasquée pour nous proposer une économie où une pause dans la croissance contribuerait à la renaissance des esprits et des cœurs.

Il ne s’agit pas de cesser toute activité économique mais de stopper la course au profit, l’agriculteur comme l’entrepreneur se contentant uniquement de gérer son entreprise pour se consacrer à des valeurs spirituelles et rehausser le niveau culturel de la nation. Cette année est chargée de corriger les imperfections du marché des six années passées.

La réforme de la loi Neiertz relative au surendettement des particuliers votée le 8 février 1995 souligne le problème social de la dette.

Pour Elie Munk : « l’homme idéal économique ne serait en aucune façon celui qui cherche seulement le gain et le profit individuels mais celui qui associerait dans son activité économique les principes de justice et de charité sociale. »

Pour Joseph Stiglitz, nous sommes face à une crise morale de l’économie, qui se doit de répondre à des questions de collectivité et de confiance, d’éthique et d’économie durable, de sécurité et de droit ou enfin de valeur.

L’auteur de Sefer Hahinouch nous enseigne à propos de la Chemita que « Si, d’autre part, l’Eternel nous a prescrit non seulement de laisser reposer la terre pendant cette année, mais d’abolir tout droit de propriété sur ses produits, c’est pour que l’homme se souvienne que la nature du sol et ses propriétés ne sont pas la raison suffisante des produits qu’il nous donne, que la terre a un Maître supérieur à ses possesseurs et que, lorsqu’il le désire, Il commandera à ces derniers d’abandonner les fruits. »

Au point de vue agricole, Maïmonide, dans le Guide des égarés chap. 3, 39 avance que « l’année chabbatique s’explique aussi par l’idée qu’en restant en friche, la terre se bonifiera et deviendra plus fertile. »

Lorsque nous nous interrogeons sur la relation entre la torah et l’économie, c’est la notion d’éthique qui apparaît en premier.

La deuxième loi que nous allons étudier est le yovel ou jubilé

 Pour la Thora, l’ordre social est important et ce dernier ne peut exister sans liberté.

Chap. 25 V. 8   : « Tu compteras pour toi sept années chabbatiques, sept fois sept ans ; les jours des sept années chabbatiques seront pour toi quarante-neuf années. »

Chap. 25 V.10 : «  Vous sanctifierez la cinquantième année et vous proclamerez la liberté sur la terre pour tous ses habitants ; ce sera pour vous l’année du yovel, vous retournerez chacun vers son héritage ancestral et chacun vers sa famille, vous retournerez. »

Le yovel est un moratoire que se fixe la société tous les cinquante ans et qui ramène le rythme de l’activité économique à l’échelle humaine.

Si, pendant quarante-neuf ans ans, la société est perçue comme un marché à conquérir où certaines personnes ont été gagnantes, d’autres perdantes, pendant la cinquantième année, elle redevient une communauté de personnes, dans laquelle les déséquilibres qui se sont créés se réparent.

Comme nous l’avons vu avec la chemita, l’économie juive est consciente des conséquences de la pauvreté. Pour Raphaël Aouate, le mot « evion », le « pauvre » est composé des lettres aleph, vav, youd, beth et noun. Les cinq premières lettres dans un ordre différent, donnent le mot « oyev », « ennemi ». De la même manière, le terme de « miséreux » « missken » peut être lu : « messaken », « mettre en danger »

Nous comprenons donc que pour la Thora, l’ordre social est important et ce dernier ne peut exister sans liberté. Ainsi le texte demande que les esclaves soient libérés. D’après le Pnei Yehochoua, « Pour qu’un homme apprécie la liberté, il doit accorder autant de valeur à la liberté des autres qu’à la sienne. Lorsque le peuple juif libère ses esclaves parce qu’il se soucie du bien-être de l’autre, ce n’est pas seulement les esclaves, mais le peuple entier qui en bénéficie. »

Pour conclure citons Elie Munk pour qui : « La loi sur la chemita et le yovel est à considérer comme n’étant adaptée qu’à des circonstances idéales régnant en Israël. En effet, quand l’Eternel proclame qu’il y aura assez de récoltes pour trois années à venir, cela implique une circonstance spectaculaire au milieu de la nation d’Israël. La terre n’est d’ailleurs pas la propriété absolue de l’homme ; elle appartient à Dieu, qui la donne en métayage aux hommes. » Et il ajoute : « ce n’est qu’au moment où la majeure partie d’Israël sera réunie dans son pays que cette loi sera de nouveau d’actualité. »