La section Behaalothekha comporte de nombreuses idées que nous ne pouvons développer dans un seul commentaire. Nous étudierons donc pourquoi l’homme se plaint pour se plaindre, le rôle des parents et nous conclurons sur le partage du pouvoir tel qui devrait être.

L’homme se plaint pour se plaindre

Chap. 11 V 1 à 6 : « Le peuple chercha des sujets de récrimination ; c’était mal aux oreilles de Hachem, et Hachem entendit et Sa colère s’enflamma, et un feu de Hachem s’attisa contre eux, et il brûla à l’extrémité du camp. Le peuple implora Moïse ; Moïse pria vers Hachem, et le feu s’éteignit. La populace qui était parmi eux suscita une envie et les enfants d’Israël aussi pleurèrent à nouveau et dirent : « Qui nous donnera de la viande à manger ? Nous nous souvenons du poisson que nous mangions gratuitement en Égypte, des concombres, des pastèques, des poireaux, des oignons et de l’ail. Mais maintenant, notre vie est desséchée, il n’y a rien ; nous n’avons nulle autre perspective que la manne ! » »

Pour comprendre ces versets, nous devons les situer dans l’histoire du peuple hébreu à cette époque : parti du Sinaï, région encore proche de la civilisation, le peuple s’enfonce dans le désert immense, sauvage et inconnu. Le peuple s’interroge sur sa survie.

Nous observons que le texte ne spécifie pas de quoi le peuple se plaignait. D’après le Rav Munk, « il s’agissait ici d’une plainte interne de l’âme et qui ne s’exprimait pas par de grands discours ou par des actes ; elle comportait comme un regret des temps de l’adoration des idoles. »

Le questionnement sur le manque de nourriture nous interroge. Ainsi, Rachi surprend les Hébreux en flagrant délit de mauvaise foi : ils réclament de la viande alors même qu’ils en ont à foison ! Lisons Rachi à ce sujet : « Qui  nous donnera de la viande à manger ? Se peut-il qu’ils n’avaient pas de viande ? Il est pourtant écrit : « un ramassis de personnes monta avec eux, et du menu bétail et du gros bétail » (Exode 12, 38). Se peut-il qu’ils les avaient déjà mangés ? Il est écrit, au moment de leur entrée en terre d’Israël, que « les fils de Reuven et les fils de Gad avaient de nombreux troupeaux » (Nombres 32, 1). En fait, ils cherchaient seulement un prétexte pour se plaindre. »

Nous remarquons que l’homme n’a pas changé. Souvent, ce dernier se plaint pour se plaindre. À la lecture de la presse nationale et communautaire, nous observons que pour la majorité des gens, rien ne va. Il serait bon que ceux qui se plaignent à longueur de journée se renseignent sur la situation des autres continents. Je ne donnerai qu’un exemple : environ cinq milliards d’êtres humains n’ont pas accès à la chirurgie.

Une alyah pour fuir son pays ne peut réussir

Ce sujet m’amène à réfléchir sur la vague d’alyah que la France connaît depuis plus un an. Nombre de nouveaux immigrants ne montent pas en Israël car ils aiment ce pays mais pour la simple raison qu’ils veulent fuir la France. Partir vivre en Israël pour un tel motif ne peut satisfaire ni Israël ni ces olim. Nous observons déjà que 20 % de ces personnes sont revenues en France.

Lorsqu’une personne émigre par amour du pays, elle acceptera les défauts, les embûches, la difficulté à s’intégrer, mais lorsque cette même personne émigre car elle a fui, il sera très difficile pour elle d’accepter les difficultés.

Nous avons lu que les Hébreux se souvenaient qu’ils recevaient de la viande gratuitement en Égypte. Nos sages nous expliquent que le mot gratuit signifie sans aucune obligation d’accomplir des mitzvoth. Le Rav Munk nous fait observer que les Hébreux « se plaignaient que Moïse faisait dépendre leur subsistance quotidienne dans leur observance des commandements de Dieu. Quel contraste avec l’Égypte, où ils avaient de la nourriture sans aucune obligation religieuse. Ici, aucun paiement en argent ne leur est demandé. Il s’agit d’un paiement d’une autre nature : l’observance d’innombrables prescriptions. »

Comme tout peuple, les Hébreux font l’apprentissage de la liberté. Cette dernière ne peut être complète que si des lois la régissent.

Le rôle de l’éducation.

Chap. 11 V.11 à 15 : « Moïse dit à Hachem : « Pourquoi as-Tu fait du mal à Ton serviteur, pourquoi n’ai-je pas trouvé grâce à Tes yeux pour que tu aies mis le fardeau de tout ce peuple sur moi ? Ai-je conçu tout ce peuple où l’ai-je enfanté pour que Tu me dises porte le dans ton sein comme une nourrice porte le nourrisson, vers la terre que Tu as juré de donner à ses ancêtres ? D’où aurais-je de la viande a donner à tout ce peuple alors qu’ils pleurent auprès de moi, disant : donne-nous de la viande que nous puissions manger ? Je ne puis moi seul porter toute cette nation, car elle est trop pesante pour moi ! Et si c’est ainsi que Tu agis envers moi, alors tue-moi maintenant, si j’ai trouvé grâce à Tes yeux, et que je ne voie pas mon malheur ! » »

Nous voyons le désespoir de Moïse. Sforno note que « même lorsque les parents entrent en conflit avec leurs enfants contestataires, ces derniers restent convaincus de l’amour et des bonnes intentions de ceux qui les ont mis au monde ». En revanche, les enfants d’Israël n’ont jusqu’ici témoigné aucune confiance en Moïse, et n’ont cessé de le mettre à l’épreuve pour voir comment il réagirait. Le Hafets Haïm souligne : « que les parents n’ont pas le droit de se dégager de leurs responsabilités vis-à-vis de leurs enfants, si pénibles soient-elles. »

Pour comprendre le rôle de Moïse et des parents, Rabbi Simon propose l’image suivante : « Un père et son fils sortent ensemble du tribunal condamnés à mort ; le père dit au bourreau : « Tue-moi le premier, que je ne vois point mourir mon fils ». Ainsi dit Moïse : « je veux mourir d’abord, sans avoir à assister au châtiment qui va frapper mon peuple. »

Le partage du pouvoir

Le verset 29 de ce chapitre nous enseigne que tout dirigeant ne doit pas cultiver l’inégalité entre sa propre position et celle de ses frères, mais amener au contraire le peuple à accéder aux responsabilités.

Chap. 11 V. 29 : « Moïse lui dit : « Es-tu jaloux pour moi ? Puisse tout le peuple de Hachem être des prophètes, et que Hachem fasse reposer son esprit sur eux » »

Il m’est difficile de rajouter un quelconque commentaire après avoir lu celui du Rav Munk. Malheureusement, nous observons trop souvent que lorsqu’une personne prend la tête d’une communauté, elle ne souhaite en aucun cas partager son pouvoir avec les autres et veut en tirer un bénéfice personnel. Lisons le Rav Munk : « Toute la grandeur de Moïse se révèle dans la manière dont il répond à son serviteur (Josué en l’occurrence) qui lui fait remarquer combien il est nuisible à son autorité que deux hommes « d’entre le peuple », et non désignés pour un rôle de chef, se répandent en paroles prophétiques. La réponse de Moïse est significative : « Veuille Dieu que tout le peuple de l’Eternel puisse prophétiser… ! Il n’y a en lui aucune jalousie de ses prérogatives, nulle crainte de se voir dépasser ou égaler par autrui ; c’est là que nous voyons toute la simplicité, la majesté de cet homme, qui ne désirait jamais recueillir un bénéfice personnel pour lui-même ; qui ne souhaitait pas prolonger l’inégalité nécessaire entre sa propre position et celle de ses frères, mais voir au contraire le peuple accéder aux connaissances et à la sagesse dont il était lui-même doté, et Israël entier à un stade où chacun pût bénéficier de la suprême communication divine : la prophétie. Quel contraste avec l’attitude d’autres chefs ayant pour souci principal de conserver jalousement droits et privilèges, de ne jamais tolérer, même sous un régime prétendument démocratique, que le pouvoir soit un jour exercé véritablement et à titre égal par tous les membres de la collectivité. »

Pour conclure cette étude, je souhaite vous citer ce verset des proverbes qui nous fera réfléchir, chacun de notre côté, sur la frénésie médiatique de certains de nos dirigeants.

Prov. 10, 19 : « Qui parle beaucoup ne saurait éviter le péché ; mettre un frein à ses lèvres, c’est faire preuve d’intelligence. »

Chabbat Chalom à toutes et à tous.