Comme la paracha de la semaine dernière, la sidra de la semaine est une des plus connues. Qui n’a pas entendu parler du passage de la mer Rouge si bien mis en scène par Cecil B. Demille

Il existe de nombreux commentaires sur la signification de ce passage mais je souhaite réfléchir avec vous sur seulement trois versets qui vont nous amener à nous poser des questions sur le problème de certains religieux qui refusent de faire l’armée en Israël, sur le refus de certains rabbins de permettre aux femmes de chanter en public et sur la signification économique de la manne.

Pourquoi les Haredim doivent servir dans l’armée

Peut-on refuser de faire l’armée en Israël pour des motifs religieux ?

Pour répondre à cette question qui fait polémique en Israël, lisons ce qui est écrit dans la sidra de la semaine :

Chap. 13 V. 18 : “Dieu détourna le peuple par le chemin du désert, en direction de la mer des Joncs, et les enfants d’Israël montèrent armés du pays d’Egypte.”

Donc, nous voyons bien que les enfants d’Israël étaient armés.  Rabbi Be’hayé nous enseigne que  : “Bien qu’un peuple placé sous la protection directe de Dieu n’ait pas besoin d’armes pour se défendre, la Thora demande a priori d’agir selon les voies naturelles. Si cela s’avère nécessaire, Dieu interviendra ensuite et opérera des miracles.”

Que doit-on comprendre de ce commentaire ? Il me fait penser au proverbe “aide-toi et le ciel t’aidera.” Ainsi, si nous souhaitons que Dieu protège l’Etat d’Israël, nous devons d’abord prendre les armes pour le défendre.

Qui n’a pas entendu parler ces derniers mois de la fameuse loi Tal votée en Israël qui obligera les Haredim à servir dans Tsahal comme le reste des citoyens israéliens.

La loi a été votée en seconde et troisième lecture par 65 voix contre 1, celle du député Yoni Chetboun, membre du parti nationaliste Foyer juif, qui a voté contre les directives de son parti, à l’origine du projet de loi. On peut se demander pourquoi ce député est contre. Après 65 ans d’exception, les Haredim  sont quasiment persuadés d’avoir reçu ce privilège des mains de Dieu.

Un autre argument pour inciter les Haredim à faire l’armée serait qu’ils respectent cet adage talmudique exprimé en araméen “dina demalkhouta dina”  : la loi du pays est la loi. Comme ces personnes vivent en Israël, ils doivent donc en respecter les lois.

Je souhaite maintenant vous entraîner vers ma deuxième interrogation.

Les femmes peuvent-elles danser et chanter en public ?

Myriam, la prophétesse a chanté et dansé en public

Que lisons-nous cette semaine ?  Chap. 15 V. 20 et 21 : “Myriam, la prophétesse, soeur d’Aaron, prit le tambourin dans sa main et toutes les femmes sortirent à sa suite avec des tambourins et des danses. Myriam leur proclama : “Chantez à Hachem, car il est souverainement grand,  le coursier et son cavalier, il les a lancés dans la mer.””

Je lis et relis ces deux versets et je n’en crois pas mes yeux. Ainsi Myriam, qui n’était pas n’importe qui car prophétesse,  joue de la musique et chante devant tout le monde. En plus, elle entraîne les autres femmes.

Chères lectrices et chers lecteurs, je dois vous faire une confidence : je sèche. Je ne comprends pas pourquoi, aujourd’hui, les femmes sont interdites de chant et de danse devant les hommes. Je n’ai pas trouvé de réponse à cet interdit et si vous en avez une, faîtes-moi signe.

Ma troisième interrogation concerne  la manne.

La manne est l’antithèse de la surconsommation

La manne : un produit écologique et anti-surconsommation

Chap. 16 V. 4 et 5  : “Hachem dit à Moïse : “ Voici je vais faire pleuvoir pour vous un aliment des cieux ; que le peuple sorte et ramasse la ration du jour en son jour, afin que Je l’éprouve : suivra-t-il Mon enseignement ou non ? Et ce sera, le sixième jour, lorsqu’ils apprêteront ce qu’ils auront apporté, il se trouvera le double de ce qu’ils auront ramassé chaque jour.””

Les différents commentaires nous expliquent que la manne était la nourriture céleste que Dieu avait envoyée miraculeusement aux enfants d’Israël pendant leur séjour dans le désert. Cette nourriture est décrite comme une substance fine et cotonneuse ou comme une substance semblable à la graine de coriandre.

La première fois que la manne est tombée, Moïse ordonne d’en recueillir un Omer par tête dans chaque famille (un omer correspond à un peu plus de deux litres)

Ainsi, comme nous l’avons lu dans ces deux versets, la manne tombait chaque jour mais seulement pour le jour même. Il était impossible de faire des réserves et ceux qui en faisaient constatèrent, comme il est écrit dans le verset 20 du même chapitre, que la manne “grouilla de vers”.

Le vendredi, chacun recevait une double ration pour chabbat et c’est en souvenir de cette “double ration” que nous mettons chaque vendredi deux halot sur la table.

A la question posée par ses disciples de savoir pourquoi Dieu ne fit pas tomber la manne une fois par an, Rabbi Simon Ben Yohaï répondit : “Cela ressemble à un roi qui fixait une fois par an ses subsides à son fils. Aussi, celui-ci ne venait-il le voir qu’une seule fois chaque année. Le roi résolut alors de lui donner sa part jour par jour, si bien qu’il se présenta quotidiennement à son père. Il en fut de même d’Israël. L’Eternel lui dispensa sa ration jour après jour, en sorte qu’il se tournait chaque jour vers Lui, dans la pensée et dans la prière. “

Essayons maintenant de réfléchir ensemble en terme économique sur la manne.

Nous remarquons que l’apparition de la manne va de pair avec l’apparition de certaines règles à respecter.

Il ne peut y avoir de profit avec la manne. Cette distribution nous laisse entrevoir certaines lois commerciales qui seront edictées dans la Bible. Ainsi, ce produit est transparent, sans aucune possibilité de tromperie sur la qualité et les mesures.

Lorsque Dieu donne à chacun une part égale de la manne, cela nous enseigne que nous ne devons pas surconsommer. Ainsi comme l’écrit Manfred Gerstenfeld, la manne est “l’antithèse d’une consommation abusive”.

De nos jours, la surconsommation est un fléau qui rend les gens malheureux. Si une personne fait l’acquisition d’un produit, on peut parier qu’elle ne sera satisfaite qu’un temps car un même produit un peu plus sophistiqué viendra sur le marché et elle voudra l’acquérir.

L’épisode de la manne doit nous faire réfléchir sur notre société. Nous constatons que la course aux nouveaux produits va  en s’accélérant. Que faisons-nous des anciens appareils ? les jeter ? oui mais où ? Les textes nous apprennent que la manne laissée dans le désert ne polluait pas. Ce qui n’avait pas été ramassé par le peuple fondait au soleil. La manne était donc écologique.

Vous voyez, chers amis, ce passage de la sidra est non seulement une leçon d’économie sur la surconsommation mais aussi une leçon d’écologie.

Chabbat chalom

Eric Gozlan