Israël est en train d’opter pour une méthode que l’on pourrait comparer à celle de la tortue: assurer sa sécurité en s’enfermant entièrement derrière une barrière théoriquement étanche tout le long de ses frontières.

Certes, une partie de cette initiative est d’ores et déjà chose faite, puisque sur trois fronts – sud, nord et ouest – il existe des barrières dotées de contrôle électronique, censé découvrir tout mouvement suspect, voire tentatives d’infiltration. Ainsi, le long des frontières avec l’Egypte, le Liban et la Syrie puis la bande de Gaza, des barrières avaient été érigées antérieurement.

La nouvelle initiative concerne la frontière Est du pays, longeant le territoire jordanien. C’est une idée quelque peu controversée en raison de la paix existant entre les deux pays. Or, ce n’est guère la Jordanie qui préoccupe Tsahal mais plutôt l’éventualité d’un renversement de pouvoir de la Royauté par des éléments djihadistes fanatiques du genre Daesh.

Autre possibilité que Tsahal veut éviter sont les tentatives d’infiltration de terroristes traversant le Jourdan ou la longue vallée au sud du pays, entre la Mer Morte et le golfe d’Eilat.

Ce nouveau projet est mis déjà en chantier puisque la première tranche au départ d’Eilat, longue d’une trentaine de kilomètres, est achevée au coût de plusieurs millions de shekels. Or le tracé complet s’étale sur environs 300 kilomètres, nécessitant un gros budget. Le Premier ministre Netanyahu estime que cet effort financier est justifié car, selon lui, “nous serons protégés de part et d’autre“.

“Pas évident“ affirment certains experts militaires. Selon eux une offensive militaire exigerait de toute façon une intervention de Tsahal, tandis que des infiltrations seraient toujours envisageables.

D’autre part, il existe une autre préoccupation non pas d’ordre militaire mais plutôt humanitaire: le risque de voir des foules de civils tenter de traverser par tous les moyens les barrages, afin d’investir le territoire israélien. En provenance surtout de la zone de Gaza mais aussi de la Syrie et du Liban. Une pareille tentative s’est produite il y a quelques années sur le Golan, lorsque plusieurs centaines de civils ont atteint la barrière entre les deux pays. Or, il est difficilement envisageable d’ouvrir le feu sur une masse humaine.

Les rétracteurs soulignent qu’en tout état de cause Israël connaît une vague d’attentats perpétrée par des terroristes de l’intérieur, et qu’aux attentats aux couteaux et voitures-bélier commencent à s’ajouter l’utilisation d’armes à feu. C’est en effet ce qui s’est produit cette semaine non seulement à Jérusalem ou Hebron mais aussi à Tel Aviv et la région. La menace provenant de l’intérieur semble monter d’un cran, à quoi bon donc s’enfermer entre des barrières extérieures?

Mais la réticence est également par principe et d’ordre idéologique. “Israël est suffisamment fort pour se fier à la dissuasion et ne pas ressembler à la Corée du nord,“ prétendent-ils.

D’autant plus qu’aucune barrière n’est faite pour éviter les attaques de missiles, ni l’infiltration par les tunnels en provenance de la bande de Gaza. Alors que la défense contre missiles a fait ses preuves, la protection contre les tunnels en revanche n’est guère assurée.

Or, depuis la dernière guerre le Hamas renforce ses efforts pour construire un nouveau réseau de tunnels, et ne s’en cache pas. Ses dirigeants le reconnaissent ouvertement. Tsahal aussi admet – du moins officiellement – ne pas posséder encore les moyens pour découvrir l’emplacement des tunnels. Aussi, les habitants du sud se considèrent en danger permanent, craignant de voir des combattants déboucher des profondeurs.

Ces tunnels constituent de véritables édifices, moyennant de gros investissements financiers et humains. Pour avoir une idée: mille ouvriers en moyenne achèvent 50 mètres en une semaine, moyennant un paiement mensuel de100 dollars par ouvrier.

Quelques détails: chaque tunnel est haut de deux mètres, large de 1.5 mètre, profond de 25 mètres. Tsahal en est conscient, et a expédié sur place une centaine de machines y compris une trentaine de faureuses, mais admet ignorer l’emplacement exact des tunnels. Ce sont surtout les témoignages des habitants, affirmant entendre les bruits des travaux, qui guident l’envoi du matériel lourd. Mais jusqu’à présent aucun tunnel sur le point de déboucher en Israël n’a été découvert.

Pourtant, certains accidents mystérieux, ayant détruit ou saboté des tunnels et causé la mort de plusieurs ouvriers, éveillent des suppositions et devinettes sur leur origine. Essayant de savoir si Tsahal en est responsable en utilisant des moyens sophistiqués, j’ai reçu une réponse ambigue: “Vous êtes en droit de tout supposer“, donc ni confirmation ni démenti. Quoi qu’il en soit, il s’avère que les ouvriers de Gaza hésitent avant d’accepter de s’engouffrer dans les tunnels.

Ceci dit, la menace des tunnels existe toujours.