Israël s’est trouvé dans l’obligation d’opter pour une méthode que l’on pourrait comparer à celle de la tortue : assurer sa sécurité en s’enfermant entièrement derrière une barrière théoriquement étanche tout au long de ses frontières. Certes, une partie de cette initiative est dores et déjà chose faite, puisque sur trois fronts – sud, nord et ouest – il existent des barrières dotées de contrôle électronique, censé découvrir tout mouvement suspect, voire tentatives d’infiltration. Ainsi, le long des frontières avec l’Egypte, le Liban et la Syrie puis la bande de Gaza, des barrières avaient été érigées antérieurement.

Mais la menace provenant de tunnels d’attaque perpétuellement creuses au départ de la bande de Gaza avait éveillé à nouveau le souci d’éviter cette éventualité. Aussi, un chantier énorme, coûteux et sophistiqué est en train d’être réalisé tout au long de la frontière avec la bande de Gaza. Il s’agit de véritables murs en béton plongés profondément dans le sol, et équipés de sondes capables de détecter tous travaux de creusement.

Ces tunnels du Hamas constituent de véritables édifices, moyennant de gros investissements financiers et humains. Pour avoir une idée : mille ouvriers en moyenne achèvent 50 mètres en une semaine, moyennant un paiement mensuel de 100 dollars par ouvrier.
Quelques détails : Chaque tunnel est haut de deux mètres, large de 1.5 mètre, profond de 25 mètres.

Pourtant, certains accidents mystérieux, ayant détruit ou saboté des tunnels et causé la mort de plusieurs ouvriers, éveillent des suppositions et devinettes sur leur origine. Essayant de savoir si Tsahal en est responsable en utilisant des moyens sophistiqués, j’ai reçu une réponse évasive et ambigüe : « Vous êtes en droit de tout supposer », donc ni confirmation ni démenti.

Il existe un précédent le long de la frontière est du pays, longeant le territoire jordanien. C’est une idée quelque peu controversée en raison de la paix existant entre les deux pays. Or, ce n’est guère la Jordanie qui préoccupe Tsahal mais plutôt l’éventualité d’un renversement de pouvoir à la Royauté par des éléments djihadistes fanatiques du genre Hamas. Autre possibilité que Tsahal veut éviter sont les tentatives d’infiltration de terroristes traversant le Jourdan ou la longue vallée au sud du pays, entre la Mer Morte et le golfe d’Eilat.

Ce projet a bien progressé, mais le tracé complet s’étale sur environ 300 kilomètres, nécessitant un gros budget. Le Premier ministre Nethanyahu estime que cet effort financier est justifié car, selon lui, « nous serons protégés de part et d’autre ».
« Pas évident » affirment certains experts militaires. Selon eux une offensive militaire exigerait de toute façon une intervention de Tsahal, tandis que des infiltrations seraient toujours envisageables.

D’autre part, il existe une autre préoccupation non pas d’ordre militaire mais plutôt humanitaire : le risque de voir des foules de civils tenter de traverser par tous les moyens les barrages, afin d’investir le territoire israélien en provenance surtout de la zone de Gaza. Or, ce scénario, en effet, a été réalisé pendant plusieurs semaines au cours des derniers mois, forcant les soldats israéliens à ouvrir le feu, faisant de nombreux victimes civiles.

Une tentative semblable s’est produite il y a quelques années sur le Golan, lorsque plusieurs centaines de civils ont atteint la barrière entre les deux pays…

Les rétracteurs soulignent qu’en tout état de cause, Israël connaît une vague d’attentats perpétrés par des terroristes de l’intérieur, et qu’aux attentats aux couteaux et voitures-bélier commencent s’ajouter l’utilisation d’armes à feu. A quoi bon donc de s’enfermer entre barrières extérieures ? Affirment-ils.

Mais la réticence est également par principe et d’ordre idéologique. « Israël est suffisamment fort pour se fier à la dissuasion et ne pas ressembler à la Corée du nord » prétendent-ils.

D’autant plus qu’aucune barrière n’est faite pour éviter les attaques par missiles, en provenance tant de Gaza que du Liban, bien que jusqu’à preuve du contraire la défense contre missiles a fait ses preuves. Ceci dit, on est conscient en Israël que le Hezbollah au Liban possède des dizaines de milliers de missiles, dont très perfectionnés. Ceci constitue la grande préoccupation au cas d’une nouvelle guerre sur le front Nord.