Nous arrivons au livre de Bamidbar qui va nous enseigner les lois concernant le Tabernacle, la disposition des tribus autour de cet axe central, ainsi que les tâches attribuées aux Cohanim et aux Lévites lors des opérations de démontage et de transport.

La section de cette semaine relate le dénombrement du peuple hébreu.

Chap. 1 V. 1 à 5 : « Hachem parla à Moïse dans le désert du Sinaï, dans la Tente d’Assignation, le premier jour du deuxième mois, la deuxième année suivant leur sortie de la terre d’Egypte, en disant : « Faites le relevé de toute l’assemblée des enfants d’Israël selon leurs familles, selon leurs maisons paternelles, par dénombrement des noms, tout mâle selon le décompte de leurs têtes. Depuis l’âge de vingt ans et au-delà – quiconque part pour l’armée en Israël – vous les compterez selon leurs légions, toi et Aaron. Et avec vous sera un homme de chaque tribu ; un qui soit le chef de sa maison paternelle. Voici les noms des hommes qui se tiendront avec vous… » »

Nos sages nous disent de servir dans l’armée

Avant de réfléchir sur le sens du dénombrement, arrêtons-nous sur la partie du verset trois qui dit : « quiconque part pour l’armée en Israël ».

Voici un résumé des commentaires de nos sages sur cette phrase. « L’âge minimum pour servir dans l’armée est de vingt ans. » (Rachi). « Avant cet âge, l’homme n’est pas suffisamment fort pour affronter l’ennemi. » (Ramban)

Ainsi, les hommes de plus de vingt ans doivent servir dans l’armée. La question que je pose est de savoir pourquoi certains orthodoxes en Israël refusent de servir dans l’armée. Certains, dont les idées sont relayées en France par des courants hassidiques, nous disent qu’ils sont l’armée de Dieu que certains doivent continuer de prier lorsque d’autres doivent combattre. Argument effarant qui sous-entend qu’une partie de la population devrait être de la chair à canon tandis qu’une autre partie resterait tranquillement à étudier. Messieurs les orthodoxes, que répondez-vous à Rachi et au Ramban ? Je suis impatient comme une majorité d’israéliens d’entendre votre version.

Comme je l’ai écrit plus haut, le livre de Bamidbar s’ouvre sur le dénombrement du peuple hébreu.

La puissance des chiffres est excessive

De nos jours, la puissance des chiffres est excessive. Souvent nous réduisons un phénomène à un chiffre qui nous donne l’illusion de connaître et de comprendre le phénomène.

Nous avons assisté ces derniers jours en France à un exemple du mauvais emploi des chiffres : l’affaire Ménard. Je vous résume le fait : Robert Ménard, maire de Béziers, affirme détenir dans sa ville un fichier contenant les noms et prénoms des enfants inscrits dans les écoles de la ville et l’avoir utilisé pour calculer la proportion d’élèves musulmans dans ces établissements, en partant du principe que « les prénoms disent les confessions »… Cela ne peut que rappeler de mauvais souvenirs.

La section de cette semaine nous rappelle certains principes sur le comptage des individus.

Nous allons d’abord revenir à la Genèse chap. 15 V. 5. Dieu s’adresse à Abraham en lui disant : « « Regarde donc vers les Cieux et compte les étoiles, si tu peux les compter ! » Et il lui dit : Ainsi sera ta postérité ! » »

Nous apprenons par ce verset que compter un peuple est une chose relative et non absolue. Dieu le dit lui-même : « si tu peux les compter », ce qui veut dire que l’on ne peut compter précisément la descendance d’un peuple.

La tradition juive nous met en garde contre la culture du chiffre. Lorsque ce dernier est trop visible, il y a danger car pour beaucoup de penseurs la bénédiction divine se trouve dans ce qui est caché. Lisons à ce sujet le Talmud de Babylone, traité Taanith 8 b : « Rabbi Isaac enseigne : la bénédiction ne se trouve que dans une chose cachée de l’œil, comme il est dit (Deut XXVII) : « L’Eternel ordonnera pour toi la bénédiction dans tes greniers (il y a un jeu de mots entre grenier et caché). On enseigne à l’école de Rabbi Ismaël : la bénédiction ne se trouve que dans une chose que l’œil ne peut dominer, comme il est dit : (Deut. XXVII) : « L’Eternel ordonnera pour toi la bénédiction dans tes greniers ». Nos maîtres ont enseigné : quiconque entre pour mesurer son grain dira : « Puisse Ta volonté, ô Eternel, notre Dieu, bénir l’œuvre de nos mains ». S’il a déjà commencé à mesurer, il dira : « Béni sois-Tu qui envoies la bénédiction dans cette quantité ». S’il a mesuré et qu’il prie, c’est là une bénédiction vaine, car la bénédiction ne se trouve pas dans ce qui est pesé, mesuré ou compté, mais dans une chose cachée de l’œil. »

 Nos dirigeants doivent avoir bien géré leur communauté avant de vouloir être à la tête du judaïsme

Nous observons qu’il est écrit que le dénombrement doit être fait d’une façon spécifique : «  Faites le relevé de toute l’assemblée des enfants d’Israël selon leurs familles, selon leurs maisons paternelles, par dénombrement des noms, tout mâle selon le décompte de leurs têtes ».

La traduction littérale de « faites le relevé » est « relevez la tête »ou « coupez la tête ». Le Rav Munk  nous explique qu’ « ici Moïse est donc prévenu que le recensement n’est pas exempt de danger. »

Selon leurs familles et leurs maisons paternelles. Pour le Rav Munk ces mots nous apprennent que  tout homme valide ne peut être investi de responsabilités nationales, que lorsqu’il a satisfait aux devoirs immédiats que la vie de famille et des communautés lui créent. Belle leçon dont devraient se souvenir nos dirigeants communautaires lorsqu’ils voudront se présenter aux élections consistoriales. Ainsi nous devrions d’abord vérifier comment ils ont gérer leur communauté avant de les élire comme nos représentants……

Par dénombrement des noms : nous devons compter les personnes par leurs noms car un nom est un individu et non un numéro.

Nous comprenons par la lecture de cette section l’importance que donne le judaïsme à la personne en tant qu’individu qui même s’il fait partie d’un peuple doit garder son singularisme.