La vie politique israélienne, qui ne s’est pas interrompue pendant la période des fêtes, a pris un coup d’accélérateur avec l’annonce très médiatisée de la police israélienne concernant les enquêtes en cours contre le Premier ministre Binyamin Nétanyahou.

Cela fait certes des mois (des années?) que les médias israéliens annoncent régulièrement la chute prochaine du gouvernement en raison des enquêtes diligentées contre M. Nétanyahou…

Plus intéressante que ces annonces répétées – qui relèvent largement de l’auto-persuasion – est l’information publiée aujourd’hui, selon laquelle la Knesset devrait examiner la semaine prochaine le projet d’introduire en Israël la “loi française” concernant l’immunité du Premier ministre en exercice. J’aurais l’occasion d’y revenir le moment venu.

Dans ce contexte, le récent jugement de la Cour suprême autorisant les manifestations hebdomadaires à proximité du domicile du procureur de l’Etat Mandelblit prouve une fois de plus – si besoin était – que la plus haute juridiction israélienne est tout sauf neutre et impartiale.

Pendant des années, en effet, la Cour suprême avait jugé que la liberté d’expression n’autorisait pas de manifester devant le domicile d’un fonctionnaire de l’Etat.

De manière logique, elle estimait qu’on pouvait certes protester contre ses décisions en manifestant devant son bureau ou son ministère, mais que le domicile privé devait rester un sanctuaire hors d’atteinte.

Pour faire bonne figure, la juge Esther Hayot a prétendu que les manifestations kikar Goren à Petah-Tikva, où habite Avishai Mandelblit, étaient des “manifestations ordinaires”, car elles n’ont pas lieu exactement devant le domicile du procureur de l’Etat mais seulement à proximité…

Au-delà de ce pilpoul peu convaincant, on retiendra surtout que la Cour suprême, et celle qui en sera la prochaine présidente, appliquent des critères sélectifs pour juger du bien fondé des manifestations politiques.

Tous ceux qui ont vécu la période des accords d’Oslo se souviennent en effet qu’il était souvent risqué de manifester sur la voie publique, où la police usait d’une force non mesurée pour disperser les manifestants, au prétexte qu’ils n’avaient pas obtenu d’autorisation ou que leurs manifestations constituaient un trouble à l’ordre public.

A l’époque de la “Hitnatkout” (le retrait de Gaza), on a même vu la police arrêter préventivement (!) des autobus remplis de manifestants, au départ de Jérusalem et d’autres grandes villes, qui se rendaient à Sderot pour protester contre l’expulsion des Juifs du Goush Katif…

Un risque de surpopulation juive en Israël ?

Boaz Haetsni rend compte dans les colonnes de Makor Rishon du livre d’Alon Tal, “La terre est pleine”. L’auteur est professeur à l’université Ben Gourion du Néguev et spécialiste de l’environnement.

La thèse de son livre, iconoclaste, peut se résumer ainsi : si l’on ne prend pas conscience du danger de la surpopulation, Israël comptera d’ici 2050, 15 millions d’habitants (dans les frontières de 1967, celles qu’Abba Eban qualifiait de “frontières d’Auschwitz”).

Cette surpopulation entraînera de multiples conséquences négatives pour l’environnement, les infrastructures, l’économie, etc. Comme relève Haetsni, il est paradoxal de voir évoquer un danger démographique lié à la natalité juive, alors que pendant des décennies, la gauche israélienne a agité l’épouvantail de la démographie arabe, prétendant (à tort) que l’écart entre les taux de natalité juive et arabe obligeait à créer un Etat palestinien pour préserver la majorité juive de l’Etat d’Israël…

Le livre d’Alon Tal a au moins pour mérite d’enterrer une fois pour toutes l’argument démographique, dont des chercheurs comme Yoram Ettinger ont depuis longtemps montré le caractère fallacieux.

Mais le problème que soulève ce livre est ailleurs. Si la natalité juive est effectivement en hausse (alors que celle des Arabes israéliens diminue), pourquoi vouloir limiter la population juive israélienne, comme le fait Tal, qui propose un “plafonds” de 10 millions d’habitants ?

Ce malthusianisme juif est inquiétant et malvenu. En définitive, ce discours rejoint celui de tous ceux qui militent pour un Israël “Etat de tous ses citoyens” dans lequel les Juifs ne seront qu’un groupe ethnique parmi d’autres, et qui encouragent la dilution de l’identité juive.