Un groupe d’universitaires belges vient de lancer une campagne de boycott intellectuel et culturel d’Israël. Intitulée Belgian Campaign for an Academic and Cultural Boycott of Israel (BACBI), elle s’inscrit dans le cadre de Boycott-Désinvestissements-Sanctions, mouvement international initié voici 10 ans par un consortium d’associations palestiniennes.

BACBI invite les scientifiques, chercheurs, artistes, etc. à s’abstenir « de collaboration et de communauté de projet avec les institutions et entités de recherche israéliennes. » Elle prône « un boycott complet des institutions israéliennes (…) aux niveau national et international, y compris (par) la suspension de toutes formes de financement et de subventionnement. » BACBI promeut « la scission d’actif et le désinvestissement de la part des institutions académiques internationales à l’égard d’Israël[1]. »

Ainsi, quoi que pensent et font les artistes, chercheurs, scientifiques israéliens, qu’ils soient juifs ou arabes, BACBI vise à mettre Israël au ban des nations sur les plans académique et culturel. Il s’agit d’ostraciser toute une population, dans sa diversité, en ce qui constitue son identité même.

Sans doute pour prévenir les accusations de racisme et d’antisémitisme, BACBI prétend épargner les « universitaires israéliens à titre individuel. » et « favoriser le dialogue constructif avec les collègues israéliens afin d’amener conjointement l’Etat d’Israël à respecter les lois internationales[2]. » Comme si on pouvait boycotter des institutions sans les professionnels qui les incarnent et qu’elles rémunèrent. Mais peut-être BACBI possède-t-elle en Israël ses bons Juifs et ses bons Arabes. On a déjà entendu cela quelque part.

A l’ignominie et à l’hypocrisie, BACBI ajoute la médiocrité des analyses. Dans une tribune libre, ses promoteurs se justifient de la manière suivante : « Avec les dernières élections israéliennes et la formation d’un gouvernement d’extrême droite, les chances d’une paix juste avec les Palestiniens venant de mouvements internes à Israël sont réduites pratiquement à zéro[3]. »

Comment des intellectuels, parmi lesquels nombre de spécialistes en sciences humaines, peuvent-ils souscrire à une telle ineptie à propos d’un pays de 8 millions d’habitants, un melting pot ethnique et culturel, une « société start up », la seule de la région à garantir les libertés de culte, de réunion et de presse, la seule stable et développée, la seule enfin qui, depuis plus de six décennies, renouvelle ses gouvernements au terme de processus électoraux réguliers malgré un état de guerre quasi permanent ?

Les signataires de BACBI semblent ignorer que les milieux universitaires et culturels israéliens comptent parmi les plus lucides et les plus attachés à la quête d’une solution négociée au conflit israélo-palestinien. Quant au bilan des dernières élections, il leur aura échappé que la nouvelle Knesset, avec les partis sionistes favorables aux négociations et la coalition des partis arabes, totalise près d’une moitié de membres susceptibles de soutenir une relance du processus de paix[4]. Et que la majorité actuelle ne tient qu’à un fil.

Mais la haine d’Israël les aveugle. Du reste, ils montrent le bout de l’oreille quand ils fustigent la « politique israélienne qui s’est développée impunément aux dépens des Palestiniens depuis déjà 67 ans[5]. » 67 ans et non 1967 ! Ce qu’ils contestent, ce n’est pas la politique d’Israël en Cisjordanie / Judée-Samarie et à Gaza consécutive à la Guerre des Six jours. C’est, de manière sournoise, la légitimité de l’Etat juif fondé en 1948.

BACBI enrôle les signatures de brillants politologues, sociologues, historiens, philosophes, etc. Les médias les invitent régulièrement à s’exprimer sur le monde comme il va. Ils commentent et décryptent l’actualité. Ils nous disent l’éthique et parfois même le Bien et le Mal. Ils contribuent à faire sens sur le chaos ambiant. On peut qualifier certains de leaders d’opinion. A ce titre ils endossent une responsabilité civique.

Or, on observe chez eux une forte propension à la géométrie variable. Sur la politique palestinienne d’Israël – certes très contestable – on les voit tirer à vue en rafales. Sur les politiques sahraouie de Rabat ou kurde d’Ankara, sans parler des multiples calamités qui accablent la région, règne le silence de leurs pantoufles. Que vaut encore une éthique dès lors qu’elle devient élastique ?

Pour ces professionnels de l’esprit, Israël fonctionne comme un impensé. Sinon ils refuseraient de souscrire à la déclaration de principe de BACBI. Au-delà de son indignité, ce texte étale une indigence insigne. Ses cosignataires s’en rendent-ils compte ? Réalisent-ils que, ce faisant, ils entament leur crédibilité intellectuelle, leur bien le plus précieux ?

Parfois l’idéologie abolit tout sens critique, même chez les meilleurs. Comme l’écrivait Goya en légende du 43ème de ses « Caprichos » : « Le sommeil de la raison engendre des monstres. »

 

 

[1] BACBI : Déclaration de principe http://www.bacbi.be/bacbi-declaration.htm – 15.05.2015

[2] Idem.

[3] Le Soir – 19.05.2015.

[4] A.ELDAR – New Knesset supports two-states solution – Al Monitor – 06.05.2015

R.AHREN – Quel espoir pour la paix avec la nouvelle coalition de droite ? – The Times of Israel – 09.05.2015.

[5] Ibid.