Dans le Caucase, les alliés d’Israël sont peu nombreux. Mais depuis 1992, les liens bilatéraux n’ont cessé de se renforcer, notamment face à la montée en puissance de Téhéran.

Pour Israël, jouer la carte azerbaïdjanaise présente plusieurs avantages. La position géographique de l’Azerbaïdjan présente un intérêt stratégique majeur à la frontière nord de l’Iran.

Elle lui permet d’avoir un point de chute dans le Caucase. Mais l’embrasement du conflit du Haut-Karabakh depuis l’année dernière menace l’équilibre de la région et, avec lui, risque d’entamer la relation entre Bakou et Jérusalem.

En effet, depuis plusieurs mois, l’attention de la communauté internationale est largement focalisée sur la Syrie et la Corée du Nord.

Et pour cause : la menace terroriste, couplée à un important déplacement de population vers l’Europe d’une part, et la crainte d’un embrasement de l’Asie, suite aux essais balistiques et nucléaires de Pyongyang, laissent peu de place dans le jeu médiatique pour d’autres dossiers, pourtant tout aussi préoccupants.

Parmi ceux-là, et clairement sous-estimés au vu des enjeux, se trouvent la question du Haut-Karabakh.

Ce territoire azerbaïdjanais, occupé par l’Arménie depuis plus de 20 ans, est l’épicentre d’un conflit qui ne cesse de s’envenimer et a fait plus des dizaines de milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés.

Depuis 1991, et malgré un cessez-le-feu en 1994, les combats se poursuivent de manière sporadique. En avril 2016, la guerre des Quatre-Jours a fait près de 200 morts.

Dernier épisode, le 4 juillet dernier, deux civils, une grand-mère et sa petite fille de 2 ans, ont été tués par un tir de mortier des forces rebelles, soutenues par l’Arménie.

Cette attaque a délibérément visé le village d’Alkhanli, situé à 5 km à l’intérieur du territoire azerbaïdjanais. Dans une lettre ouverte, Norica Nicolai, le rapporteur du Parlement Européen pour l’Azerbaïdjan, et Ryszard Czarnecki, vice-Président du Parlement européen, ont fermement condamné l’agression arménienne et déclaré que «  l’assassinat délibéré de civils, femmes et enfants, est inacceptable en toutes circonstance et doit être immédiatement arrêté. »

Pour Erkin Alikhanov, directeur du département des relations internationales au bureau du procureur général d’Azerbaïdjan « cette récente attaque vise à torpiller tout processus de négociations et à engager une guerre dans le Caucase qui dépasserait largement ce cadre ».

Les conséquences d’un tel conflit sur la région seraient en effet dramatiques, notamment au niveau environnemental. La centrale nucléaire de Metsamor, à une trentaine de km de Yerevan, la capitale arménienne, est vétuste et mal entretenue. L’AIEA a recommandé de la fermer mais les autorités refusent – la centrale alimente 40 % de la population arménienne. Cette décision pourrait être lourde de conséquences si le conflit dégénérait.

La situation pourrait s’envenimer selon de nombreux observateurs, si la diplomatie ne parvient pas à produire de résultats tangibles.

Or, ce scénario est loin d’être improbable, si l’on en juge par la faible implication de la communauté internationale sur cette question.

En effet, le dossier du Haut-Karabakh ne semble pas être une priorité. Malgré quatre résolutions internationales – la dernière en date, la résolution 884, adoptée au Conseil de Sécurité des Nations Unies, date de novembre 1993 et demande le retrait des troupes arméniennes-, l’occupation se poursuit.

Un accord de paix n’a jamais été conclu entre les deux parties, uniquement des cessez-le-feu, violés continuellement. La récente attaque de civils et la guerre d’avril 2016 en sont les preuves les plus flagrantes.

Sur le terrain, le statu quo est intenable sur le long terme. Le groupe de Minsk, sous l’égide de l’OSCE, qui réunit entre autre la Russie, la France et les Etats-Unis, échoue depuis de nombreuses années à faire accepter ses tentatives de médiation.

Mais en réalité, l’influence majeure de la Russie au sein du groupe de Minsk, bloque toute résolution et fait prévaloir un statu quo sur ce dossier. En effet, 5000 soldats russes sont déployés en Arménie, tandis que Moscou approvisionne en armes l’Azerbaïdjan.

En promouvant cette stratégie d’équilibre, Vladimir Poutine a trois objectifs : tout d’abord, il s’agit de garder le contrôle sur son « étranger proche » – l’Arménie et l’Azerbaïdjan sont d’anciennes provinces soviétiques-.

Moscou cherche aussi à contrarier tout projet énergétique ayant pour objectif de concurrencer le gaz russe envoyé vers l’Union Européenne.

Cette dernière s’est en effet engagée dans une politique de diversification de l’approvisionnement énergétique et a investi sur différents projets de gazoducs acheminant le gaz de la mer Caspienne vers le Sud de l’Europe.

Enfin, le Kremlin cherche à éviter tout rapprochement entre Bakou et l’Union européenne. L’Azerbaïdjan, pays musulman et laïc, a approfondi ces relations avec Bruxelles depuis de nombreuses années, à tel point que de nombreux évènements majeurs européens s’y sont récemment déroulés, comme les Jeux européens en 2015.

Aux confins de l’Europe, des mondes turc, perse, russe et arabe, le conflit du Haut-Karabakh mérite une bien plus grande attention que celle que la communauté internationale lui porte actuellement.

Susceptible d’exploser à tout moment et d’embraser toute la région, il est le symbole du retour de Moscou sur le devant de la scène et s’avère être un véritable test pour l’Union européenne et pour les Etats-Unis.

Ces derniers devraient apporter un soutien plus important et proactif à Bakou au niveau politique, diplomatique et militaire. Car la petite République du Caucase est le seul véritable allié stable et fiable de Washington et de Bruxelles dans la région.

Du côté de Jérusalem, on n’a absolument pas intérêt à une déstabilisation dans cette zone. Car les alliés sûrs dans une région géopolitiquement déséquilibrée et géostratégiquement instable se comptent sur les doigts d’une main.