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Said Musayev
Ancien diplômé de Science politique de l'Université Montesquieu Bordeaux IV

Azerbaïdjan-Israël, une relation à toute épreuve

Depuis sa création en 1948 l’État d’Israël a été la cible de violentes critiques partout dans le monde même en Europe où des manifestations pro-Gaza se sont parfois transformées en émeutes antisémites. L’Etat d’Israël fait face à des États voisins hostiles. Pour cela il n’a pas d’autre choix que d’assurer la sécurité de ses concitoyens contre les attaques de roquettes et, de défendre ses intérêts nationaux devant les attaques diplomatiques devant les tribunaux des organisations internationales.

Les relations solides de la coopération entre Israël (l’État hébreu) et l’Azerbaïdjan (l’État laïc de la majorité musulman chiite) représentent un modèle idéal pour la plupart des pays du Monde, et pas seulement pour le monde arabo-musulman.

Aujourd’hui aucun pays, ni en Asie, ni en Europe n’a des liens aussi étroits et aussi chaleureux avec Israël que l’Azerbaïdjan. Cette situation surprend beaucoup de gens parce que l’Azerbaïdjan est un pays ayant une majorité musulmane chiite et, parce que Bakou n’a pas encore établi de façon officielle une mission diplomatique en Israël.

Mais les raisons de cette relation étroite se trouvent à la fois dans l’amitié de longue date entre l’Azerbaïdjan et les Juifs vivant en Azerbaïdjan. Contrairement à de nombreux peuples des sociétés modernes, les Azerbaïdjanais n’ont jamais vu les Juifs comme des extérieurs. C’est ainsi que la coopération économique et même politique émergente entre les deux pays fonctionne, ce développement est favorisé par les Israéliens ayant des racines en Azerbaïdjan .

La genèse historique des relations bilatérales

L’Azerbaïdjan est le troisième pays musulman après la Turquie et l’Egypte à développer des relations stratégiques et économiques bilatérales avec Israël. Les liens diplomatiques entre Israël et l’Azerbaïdjan ont été établi dès les premiers jours de l’indépendance de l’Azerbaïdjan proclamée le 18 octobre 1991.

Le 25 décembre 1991, l’État d’Israël a officiellement reconnu l’indépendance de l’Azerbaïdjan, devenant l’un des premiers États à le faire, et a établi le 7 avril 1992 des relations diplomatiques avec la République d’Azerbaïdjan.

Eliezer Yotvat a été nommé comme premier ambassadeur de Tel-Aviv en Azerbaïdjan. Le gouvernement azerbaïdjanais n’avait qu’une relation économique avec AZAL (La compagnie aérienne nationale d’Azerbaïdjan), en Israël.

En plus d’AZAL, le nouveau bureau ouvert par la chaine de télévision privée Lider représente officieusement depuis cette époque le gouvernement azerbaïdjanais en Israël. C’était la première fois qu’un réseau de télévision azerbaïdjanaise envoyait un correspondant permanent afin d’entretenir des rapports avec Israël et d’autres pays du Moyen-Orient.

Les liens israélo-azerbaïdjanais ont été en expansion avec l’arrivé de Heydar Aliyev, fondateur de l’Azerbaïdjan indépendant. La relation stratégique inclut la coopération dans le commerce et les questions de sécurité, d’échanges culturels et éducatifs, etc.

En effet, la déréglementation du secteur industriel en Azerbaïdjan et les mesures de libéralisation de l’économie ont attirés les entreprises israéliennes. (Modcom System LTD, Elta systems, Bezeq, Maccabee beer, Soltam, Tadrian Communications etc.) De nombreuses entreprises ont investi dans le secteur des services, de l’agriculture, de la technologie et des télécommunications en Azerbaïdjan. Bakcell, qui a débuté avec une joint-venture entre le Ministère de la communication de l’Azerbaïdjan et GTIB (Israël) au début de l’année 1994, en tant que premier opérateur de téléphonie cellulaire dans le pays est un bon exemple.

Les relations bilatérales entre Israël et l’Azerbaïdjan entrent en août 1997 dans une nouvelle phase lors de la visite du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à Bakou. Soulignant le fait que les Azerbaïdjanais sont un peuple pacifique, le dirigeant azerbaïdjanais Heydar Aliyev a déclaré lors de cette rencontre:

« Les Juifs ont vécu pendant des siècles ici avec les Azerbaïdjanais. Ils vivaient en paix depuis des siècles en Azerbaïdjan. Et aujourd’hui les Juifs sont des citoyens égaux à part entière de la République d’Azerbaïdjan et l’Azerbaïdjan est leur patrie. Tout cela crée des conditions favorables pour notre coopération ».

Depuis lors, Israël a développé des liens plus étroits avec l’Azerbaïdjan qui ont contribué à la modernisation des forces armées de ce pays. L’armée israélienne a été un important fournisseur de l’Azerbaïdjan dans l’aviation, l’artillerie lourde et légère. (antichar et anti-infanterie,…)

L’Azerbaïdjan est un État culturellement unique dans la région. Il est considéré comme un État laïque qui offre la liberté dans le choix de la religion à ses citoyens et une séparation complète de la religion et de l’État.

C’est en effet l’un des rares endroits où les Juifs n’ont jamais été persécutés pour leur foi, il y a d’ailleurs quelques communautés juives, (Mountain Jews, Ashkenazi Jews, Kurdish Jews et Bukharian Jews) toujours actives dans le nord du pays.

En dehors de la communauté juive il y avait d’autres raisons importantes pour le développement des relations entre Israël et l’Azerbaïdjan. Dès la première rencontre, le rapprochement entre l’Azerbaïdjan et Israël a eu lieu pour des raisons rationnelles, qui sont basées sur la diplomatie, le commerce et la sécurité.

Depuis l’établissement des relations bilatérales, l’Azerbaïdjan a collaboré avec Israël sur des questions stratégiques telles que : la sécurité, le commerce, les échanges culturels et éducatifs. Mais il faut évoquer que, depuis l’époque de l’indépendance restaurée, l’Azerbaïdjan est en conflit avec l’Arménie à propos de l’occupation par cette dernière du territoire du Haut Karabakh.

La Russie soutient l’Arménie politiquement, militairement et économiquement, ce qui permet à l’Arménie de poursuivre son occupation du territoire du Haut-Karabakh, lequel est internationalement reconnu comme un territoire azerbaïdjanais. Lorsque la guerre a éclaté, l’Iran est resté largement neutre en dépit du fait que la grande majorité des chiites habitaient en Azerbaïdjan et que 25 millions d’azerbaïdjanais vivent en Iran. (Contre 9,5 millions d’habitants en Azerbaïdjan aujourd’hui)

L’Iran a traditionnellement apporté son soutien au développement socio-économique de l’Arménie et blâme l’Azerbaïdjan pour ses liens étroits avec Israël et les États-Unis. L’Iran a pensé que soutenir l’attitude juste de l’Azerbaïdjan contre l’Arménie serait encouragé l’unification de l’Azerbaïdjan « divisé en deux ».

à propos de l'auteur
Said est né le 1er mars 1988 en Azerbaïdjan. Ancien diplômé de Science politique de l'Université Montesquieu Bordeaux IV (2011-2012), après avoir terminé ses études en Master Droit Public et Science Politique, spécialité de l'Intégration Communautaire et Politique Européenne de Voisinage à l'Université de Reims Champagne-Ardenne en France (2012 -2014) Il a commencé à consacrer ses recherches sur l'histoire des Juifs d'Azerbaïdjan et la coexistence des Juifs avec différentes cultures dans différentes sociétés. En 2014, il a effectué un stage rémunéré au sein du Parlement européen à Bruxelles. En septembre 2015, Said Musayev a été recruté par le Comité d'État pour les Travaux avec les Organisations religieuses de la République d'Azerbaïdjan pour le poste de "consultant" dans la section de la coopération internationale. En janvier 2016, il a été admis au programme de doctorat en science politique sur le thème "Combattre le racisme, l'antisémitisme et la radicalisation dans le contexte des droits humains en Europe et le cas azerbaïdjanais" au sein de l'Institut des Droits de l'Homme à Bakou . En 2016, Said a été le premier diplômé azerbaïdjanais de l'Université numérique européenne d'études juives-UNEEJ, un projet dirigé par l'Institut Elie Wiesel et l'Alliance Israélite Universelle (AIU) en France. En avril 2016, il a été désigné par la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LİCRA) comme représentant accrédité en Azerbaïdjan. En juillet 2017, grâce au grant d'excellence de l'Institut pour l'étude de l'antisémitisme mondial et des politiques (ISGAP), il a participé à un atelier international sur l'étude de l'aspect interdisciplinaire de l'antisémitisme contemporain au St John's College, à Oxford. En septembre 2017, il était chercheur invité de l'Université de Strasbourg avec la bourse de recherche de l'Académie nationale des Sciences d’Azerbaïdjan afin d'étudier les systèmes juridiques européens et les dispositifs institutionnels de lutte contre l'antisémitisme multiforme. En janvier 2018, Said Musayev était conférencier lors d'une table ronde organisée sur le thème "Caucase du Sud: Comprendre un voisin de l'Europe" à l'invitation du Centre d'analyse de politique étrangère (CAPE) à l'Assemblée nationale de France à Paris. Depuis 2014, il est journaliste indépendant dans les médias israélien, américain, français et azerbaïdjanais The Times of Israel, Jerusalem Post, Israel Science Info, Israel News Info, Azvision, l’Express. Actuellement, Said Musayev, comme chercheur associé au sein de l'Institut du Droit et des Droits de l'Homme à Bakou, travaille sur l'histoire des Juifs des Montagnes, la plus ancienne Communauté juive séfarade en Azerbaïdjan. Il est auteur de nombreux articles scientifiques et initiateur de nombreux projets visant le dialogue interculturel et interreligieux et la lutte contre l'antisémitisme dans les pays musulmans.
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