Ayelet Shaked, sûre d’elle, vise très haut. Elle a beaucoup d’assurance et de prétention mais elle doit éviter cependant de se trouver dans la position de la grenouille de La Fontaine. «La grenouille s’enfla si bien qu’elle creva. Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages : Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs». Elle est convaincue d’être la seule politique capable de fédérer toute l’extrême-droite pour être la force d’appoint à une coalition Netanyahou.

Par la même occasion elle veut prendre une revanche sur ceux qui l’ont empêchée de rejoindre le parti où elle avait fait ses premières classes, le Likoud. Elle a un contentieux avec Benjamin Netanyahou qui l’a évincée de son poste de ministre de la Justice sans attendre le nouveau scrutin, sous prétexte qu’elle avait perdu les élections.

Pire, il a exigé d’elle, comme une simple débutante, une période de qualification obligatoire de trois ans avant de pouvoir se présenter à la Knesset sous les couleurs du Likoud. En fait le Premier ministre a sanctionné les deux leaders politiques, Shaked et Bennett, qui avaient présenté une liste concurrente de droite lors des législatives d’avril dernier ce qui ne lui a pas permis d’atteindre la majorité, à une voix près.

Trois choix s’offrent à elle : réintégrer son nouveau parti la Nouvelle droite avec Naftali Bennett, accepter la seconde place à l’Union des partis de droite ou former, seule, son propre nouveau parti. A priori elle semble vouloir renoncer à faire équipe avec Naftali Bennett qui semble avoir perdu son aura et sa crédibilité et qui a pris pour elle le statut de boulet.

Pendant un certain temps, elle avait envisagé un ticket avec Avigdor Lieberman mais elle s’est ravisée lorsqu’elle a compris que Lieberman était en fait «un tueur en série des gouvernements de droite» et qu’elle ne pouvait pas se compromettre avec lui. L’information avait fuité trop tôt. Elle pouvait difficilement soutenir le Brutus de Netanyahou qui avait programmé la mort politique du Premier ministre. Pourtant, la « belle et la bête »  auraient fait un beau couple politique capable de s’imposer comme leaders de la droite laïque mais, à la réflexion, elle craint que l’opportuniste Lieberman ne la double au poteau.

Ainsi, plus elle est sollicitée et plus Ayelet Shaked augmente ses exigences. Elle ne semble plus vouloir se contenter d’une place éligible sur la liste de la droite unie. Elle vise la première place car elle est persuadée que son nom draguera de nombreux électeurs ce mais pour cela elle doit s’engager dans une lutte de personnes et non idéologique.

L’extrême-droite a compris qu’elle doit se fédérer comme l’ont d’ailleurs fait les partis arabes mais pour cela elle doit renoncer à la lutte d’égos car il existe en fait un trop plein de petits chefs. Par ailleurs, Ayelet Shaked doit faire face à l’ambition du nouveau ministre des transports, Bezalel Smotrich, qui est déjà sur les rangs pour prendre le leadership de l’extrême-droite. Il est peu sensible aux concessions personnelles.

Mais l’union est presque impossible car les différences idéologiques entre les micros partis sont importantes et Shaked aura du mal à trouver le plus petit commun dénominateur. Il est difficile pour l’ancienne ministre de la Justice, d’accepter la volonté de Bezalel Smotrich de gérer l’État d’Israël conformément à la seule loi de la Torah. Elle ne peut rester inerte face à la destruction du libéralisme et de la tolérance indispensables dans une société moderne multiculturelle. Elle ne peut digérer les accusations des orthodoxes prétendant que les laïcs détruisent le judaïsme. Il lui est enfin difficile d’accepter la volonté des orthodoxes de séparer définitivement les hommes et les femmes dans la sphère publique.

Ayelet Shaked, qui reste une laïque avérée fourvoyée chez les orthodoxes, aura une mission impossible face à des machos qui sont longtemps restés en dehors du pouvoir et qui n’accepteront pas de le céder à une femme.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.