Mes enfants Michel et Olivier, âgés de 17 ans, reviennent de la Marche des Vivants (March of the Living). J’ai pensé partager avec vous leur texte, publié aujourd’hui dans les pages du quotidien Le Droit, journal francophone d’Ottawa (Canada).

Les leçons d’Auschwitz

À une autre époque, cela aurait été nous qui aurions été persécutés. Arrêtés. Déportés. Assassinés. Brûlés. Pour le seul ‘crime’ d’êtres juifs.

C’est la première pensée qui nous est venue à l’esprit lorsque nous sommes entrés dans le camp d’extermination nazi d’Auschwitz, en Pologne. En effet, environ 1,5 millions d’enfants juifs de moins de 18 ans furent tués par la Nazis et leurs collaborateurs. Pour le seul ‘crime’ d’avoir été juifs.

Tous les membres de la famille de notre mère restés en Europe – sauf un grand oncle et sa famille immédiate réfugiés en Sibérie – furent exterminés pendant la Deuxième Guerre Mondiale.

L’antisémitisme existe encore

Si seulement la haine des Juifs était disparue avec le règne d’Adolf Hitler. Or, soixante-dix à peine après l’effondrement des Nazis, l’antisémitisme existe encore. La détestation de l’Autre est toujours présente.

Il y a quelques mois, à Paris, Amedy Coulibaly est entré dans une épicerie cachère dans le simple but de tuer des Juifs. Pas pour ce qu’ils auraient fait ou ne pas fait. Mais parce qu’ils étaient juifs.

Peu de temps après, à Copenhague au Danemark, Omar Hamid El-Hussein a attaqué une synagogue dans laquelle se déroulait une bar mitzvah, qui marque le passage à l’âge adulte des garçons de 13 ans. Nous nous souvenons encore de notre propre bar mitzvah, il y a à peine quatre ans. El-Hussein visait une synagogue pour tuer. Pour tuer des innocents qui fêtaient un rite de passage. Parce qu’ils étaient juifs.

Dans le monde musulman, l’antisémitisme circule ouvertement. Des leaders de groupes islamistes – Hamas, Hezbollah, État islamique – de même que les dirigeants iraniens (sur le point de se doter de la bombe atomique), appellent ouvertement à la mort des Juifs de même qu’à la destruction du seul État juif de la planète, Israël. Il y a peu, le gouvernement iranien a mis sur pieds un concours pour se moquer de l’Holocauste.

Ici, à Gatineau, au Québec, au Canada, une telle haine violente n’est pas présente. Mais ce n’est pas pour dire que l’antisémitisme n’existe pas. Selon Statistiques Canada, les Juifs sont plus à risque proportionnellement d’être victimes de crimes haineux que toutes les autres minorités.

C’est tellement vrai que le 17 février dernier, l’Assemblée nationale du Québec a cru bon d’adopter à l’unanimité une motion condamnant l’antisémitisme. Le 24 février, la Chambre des communes a tenu un débat spécial sur le problème que constitue l’antisémitisme et a, elle aussi, adopté unanimement une motion le condamnant le 25 février.

Des leçons à tirer

Nous sommes allés à Auschwitz, accompagnés de rescapés de l’Holocauste dans le cadre de la Marche des Vivants, pour tenter de comprendre comment l’être humain a pu descendre si bas. Pour tenter de comprendre comment des gens ont pu tuer des enfants, des femmes et des hommes simplement parce qu’ils étaient différents. Pour tirer des leçons afin de, une fois de retour à la maison, mieux lutter contre les préjugés, le racisme et la haine.

Le monde avait promis après l’Holocauste: Plus jamais. C’est une promesse qui n’a pas été tenue.

Le génocide rwandais, les massacres commis aujourd’hui même par l’État islamique contre les chrétiens et les yazidis en Irak et en Syrie, sans parler de la recrudescence de l’antisémitisme, en sont des exemples terrifiants.

Nous retournons à la maison, avec une volonté affirmée d’être les témoins de ce que nous avons vu et appris en Pologne. Et de tout faire en notre pouvoir pour que notre école, notre ville, notre région et notre pays soient le plus libre possible d’intolérance, de racisme et d’antisémitisme.