Alors que je venais de terminer mon service militaire, il y a sept ans de ça, je fus envahi par une sensation de liberté et de légère qui s’empara de tout mon être. 

Aujourd’hui, dix ans après m’être engagé dans les rangs de Tsahal, je suis toujours soldat.

Ce jour où je venais de terminer mon service obligatoire, je pensais avoir fait le plus dur, je m’étais enfin acquitté de la dette envers mon nouveau pays. J’avais sacrifié mes plus belles années, me donnant corps et âme pour la défense de cette terre, j’ai participé à la seconde guerre du Liban, vingt mois après mon arrivée en Israël, je me retrouvais armé sur le front à me battre contre le Hezbollah. Je n’étais alors qu’un gamin, insouciant

J’ai servi mon pays avec amour et ferveur, sans compter ni calculer. Quand ces années sont arrivées à leur terme, j’ai poussé un profond cri de soulagement, j’étais enfin devenu civil, un simple citoyenLoin de moi à cet instant là l’idée que Tsahal allait continuer à m’accompagner dans ma vie adulte.

Aujourd’hui, je suis réserviste, je suis ce qu’on appelle un « milouimnik » comme des dizaines de milliers d’autres le sont. 

L’armée est devenue plus qu’un épisode lié à mon alyah et à mes années « sans-soucis » , elle fait partie de moi. Etre réserviste en Israëlcela veut dire rester frais et dispo et être à toute heure mobilisable. Car tout scénario peut arriver à n’importe quel moment.  

En Israël, la réalité du terrain nous amène une fois de temps à autre à revêtir l’uniforme, à rechausser les bottes et à se reprendre à « jouer au soldat », sauf qu’ici comme vous le savez, ce n’est jamais un jeu.

Je reviens donc de deux semaines de réserves, ou j’ai eu la chance de pouvoir remplacer une unité d’infanterie qui tenait une base à l’entrée des territoires disputés, à 15 km à l’est de Netanya.

Et oui, 15 km, c’est la distance qui sépare la mer de Tulkarem, première ville palestinienne à la droite de notre frontière imaginaire, cette fameuse région appelée la « taille de guêpe » d’Israël.

Si d’aventure notre gouvernement décidait de se retirer des territoires, seul 15 000 mètres nous sépareraient de la frontière.

Israël dans le pire des cauchemars pourrait rapidement être sectionné en deux parties distinctes, scripte catastrophe pour lequel on ne trouvera pas un auteur assez fou pour l’écrire.

« Jamais nous n’allons pouvoir nous retirer de ces territoires » ! m’enverra à la figure un des partisans de Bibi persuadé qu’aucun retrait de territoires n’a jamais apporté aucune sécurité ni garantie ni quoi que ce soit au peuple israélien.

« Israël doit être fort, il nous faut être ferme et intransigeant et seulement ainsi nous gagnerons le respect de nos voisins et le droit de vivre ici ». Je connais ces palabres des plus nationaux d’entre nous.

Je ne peux plus écouter ce discours de la droite, qui sanctifie tellement la terre à tel point de ne plus voir ceux qui l’habitent, la cultivent et l’entretiennent depuis des centaines d’années. Nous ne sommes pas seuls ici.

Chez ces peuples arabes, la notion de respect est fondamentale, elle est ancrée dans les mœurs et la tradition, « si tu me respectes, je te respecterai ». Nous sommes devenus incapables de faire preuve de respect et d’humanité envers la majorité de cette population qui ne réclame que le calme.

Nous ne pouvons pas prétendre respecter nos voisins si nous les suspectons constamment de tous vouloir nous anéantir, nous ne pouvons pas les laisser vivre décemment tant que nous les obstruons à la sortir de leurs villages, que nous les empêchons systématiquement d’accéder à leur terres et que nous continuons à les provoquer en construisant dans nos colonies.

Je viens de vivre cette réalité pendant deux semaines, laissez moi vous dire honnêtement, je pense que la présence de Tsahal dans les territoires devient le principal obstacle à toute chance de voir les Palestiniens vivre dignement et dans le respect. La paix n’arrivera que lorsque dans le cœur des gens un sentiment d’estime mutuel et de compréhension réciproque résonnera.

Cela n’arrivera jamais par la force de nos bras, nous avons tout essayé depuis bientôt cinquante ans, et nous en sommes toujours là. Pire, cette force se retourne contre nous, elle nous monte au nez, s’empare de nos consciences et nous rend ivre de notre propre puissance.

Je reste soldat, je remplirai ma mission qu’elle me révolte ou qu’elle m’effraye, qu’elle me plaise ou me dérange, peu importe sa nature.

Je reste un soldat israelien, un amoureux de mon pays, je reste prêt à sa défense. Par contre  je suis plus conscient, plus posé et plus réfléchi  qu’un enfant de 19 ans, le goût du risque a disparu, la raison a pris le dessus, ce que je vois sur le terrain m’attriste.

J’espère que nos prochains dirigeants redonneront une chance à l’espoir et au changement. Cela doit changer.

Je terminerai sur une phrase de Menahem Begin « le pays d’Israël ne nous reviendra pas par le droit à la force, mais par la force de notre droit ».

Notre droit sur cette terre est irréfutable mais sachons le faire valoir à travers le droit de notre voisin, celui de vivre et prospérer dans le calme et la dignité.