Les habitants du Kibboutz Kerem Shalom en bordure sud de la bande de Gaza ne sont pas prêts d’oublier la venue d’Avigdor Liberman le Vendredi 26 Octobre 2018, et surtout sa science prédictive. A 14h ce même jour il a en effet tenu là-bas une conférence de presse qui restera dans les annales de la défaillance d’un ministre de la Défense.

Car quelques heures avant de très violentes manifestations à la frontière et une pluie de roquettes sur Sdérot et tous les environs de la bande de Gaza durant toute la nuit et jusqu’aux premières heures de la matinée, le ministre a osé déclarer et je le cite : « J’ai bon espoir et je prévois que ce vendredi se déroulera plus calmement ».

Soyons clairs et de deux choses l’une. Ou bien il ne sait et ne comprend pas grand chose, ou bien ses renseignements sont mauvais voir défaillants. Mais le pire serait que ces deux hypothèses soient peut-être exactes. Et cela pour plusieurs raisons.

La première est que le passé personnel militaire du ministre ne plaide guère en sa faveur car il finit son service au grade de caporal. Ce qui explique sans doute la valeur de sa science militaire qui lui permettait avant sa nomination d’affirmer qu’en 2 jours il liquiderait le Hamas et ses dirigeants, et après sa nomination qu’il appliquerait le principe de tolérance 0 à l’égard de toute violence.

Les dirigeants du Hamas du Hezbollah d’Iran du Liban ou de Syrie doivent bien rigoler. Faut-il rappeler au ministre que le principe de la dissuasion repose sur la crainte de l’ennemi du prix qu’il payerait en cas d’attaque. Et les menaces vides de conséquences sont désastreuses en ce sens. Le ministre de la Défense actuel est donc en soi une catastrophe pour notre pays

La seconde raison est que Tsahal n’est peut-être plus capable de collecter des renseignements fiables, ou de les décrypter correctement comme à la veille de la guerre du Kippour.

Ou enfin, peut-être tout simplement que l’Etat-Major a décidé qu’une opération militaire visant à réduire au silence la bande de Gaza ne peut réussir du fait de son coût humain, financier ou de politique étrangère.

Quant à l’échelon politique, pour déclencher une telle opération, il attend cyniquement que des roquettes tuent, à D… ne plaise, dans un grand centre urbain avec un nombre de victimes inversement proportionnel à sa distance du centre du pays. En clair, quelques victimes de Sdérot ne pesant pas grand chose face à une roquette s’abattant sur un terrain vague du Goush Dan.

En attendant, dans le sud, des mois de violences, d’incendies et de pollutions, d’alertes aux roquettes et de nuits blanches aux abris passent dans l’indifférence des pouvoirs politiques et militaires, qui ne brandissent plus que des menaces vides de sens et de conséquences ou ne bombardent plus que des immeubles, des ateliers et des terrains vagues déserts, tous qualifiés de cibles terroristes mais qui ne tuent aucun d’entre eux ou de leurs patrons

Il est plus que temps que les politiques et les militaires prennent leurs responsabilités ou démissionnent. D’autres seront capables de prendre leurs places et de réagir

La peur doit revenir dans le camp adverse et les souris arrêter de danser en toute impunité.