Valls sifflé, Valls outragé, Valls martyrisé, mais Valls renforcé ? Pas sûr.

Les huées de Nice à l’encontre du Premier ministre sont indignes. Bien sûr il y a la colère, la tristesse, la rage. Il faut donc bien, comme toujours, désigner un bouc-émissaire. Un acte primaire, ce doigt pointé, un peu lâche, mais qui, comme le remarquait avec talent le regretté René Girard, permet de souder une communauté en difficulté. Un acte profondément humain donc.

Il n’empêche, cette vindicte populaire est profondément injuste.

D’abord, il ne faut pas se tromper d’ennemi : c’est bien Daech et ses supporteurs qu’il faut haïr, pas notre propre gouvernement, quand bien même il est loin d’être irréprochable.

Ensuite, il n’est pas loyal, et encore moins pertinent, de faire endosser à un seul homme la responsabilité d’éventuelles failles de sécurité quand c’est tout un système de défense, un état d’esprit et un corpus de lois qu’il faut revoir, à l’aune d’une menace d’un type et d’une ampleur inédits. Cela ne se fait pas en un jour, ni même en un an.

Enfin, rappelons que Valls, dans un gouvernement adepte de la langue de bois et des discours lénifiants, a été le premier et le seul à nommer l’ennemi. Nommer l’ennemi, cela paraît évident, mais la classe politique, surtout à gauche, l’a rarement fait. C’est pourtant fondamental pour définir une stratégie et souder une population.

Volontiers non-politiquement correct, le Premier ministre n’a jamais eu peur des mots forts, ni de briser les tabous. Il est aussi celui qui a tenu bon face à Dieudonné et ses nervis. A cet égard, on rappellera aux complotistes en tout genre qu’il n’est point besoin d’avoir une femme juive pour savoir que les citoyens juifs sont les premières victimes du racisme dans l’hexagone et comprendre que la France est dans le même camp qu’Israël, celui des démocraties libérales confrontées au terrorisme. Les raisons de son soutien à la communauté juive et à Israël sont évidemment là, dans ces éléments rationnels, et pas ailleurs.

Aujourd’hui, Valls est l’homme qui dit aux Français qu’il faudra vivre avec le terrorisme, à contretemps d’une époque où l’on incite à tout va à « positiver », quelles que soient les réalités.

Ce discours sincère, récemment critiqué dans ces colonnes car perçu comme un renoncement, comme l’acceptation regrettable d’une fatalité, est en fait un discours churchillien : du sang, des larmes, mais au bout, la victoire.

Reste que, comme le chantait Guy Béart, le premier qui dit la vérité doit être exécuté. Il semble, hélas, qu’il avait raison.