70 ans se sont écoulés depuis la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau. Aujourd’hui encore, on tue des juifs parce qu’ils sont nés juifs. 70 ans après, la bête immonde a juste changé d’uniforme, passant du gris-vert au noir. Avons-nous retenu les leçons des souffrances de nos parents ? Et le Monde ?

10 Avril 2005, première visite à Auschwitz

En cette journée de souvenir, les miens remontent à la surface. Une journée mémorable et incroyable avec quelques heures passées en Pologne.

Des souvenirs par procuration, comme la plupart des enfants de la génération post-Shoah. Via mon père soldat de l’Armée Rouge Soviétique et de ma mère, ballotée entre le ghetto de sa ville natale et les caches dans les forêts et campagnes polonaises.

Ce 10 avril 2005, j’ai assisté à l’inauguration de stèles de la Maison Blanche, au camp d’Auschwitz-Birkenau.

Un guide exceptionnel, Serge Klarsfeld, et un survivant, Shlomo Venezia, dernier SonderKommando, hélas disparu qui racontait comment il sortait les corps des chambres à gaz. Dont son cousin, qu’il avait eu le droit exceptionnel d’accompagner à l’entrée de la chambre.

Moment très fort et très poignant avec le Cardinal Lustiger qui pleurait la mémoire de sa mère, assassinée à Auschwitz, et de sa famille.

Une minute de silence, l’une des plus émouvantes de ma vie avec un Lustiger en larmes, une assistance qui l’accompagnait dans la douleur. Et une minute de silence coupée après plusieurs minutes par le Grand Rabbin (de la Victoire à l’époque) Gilles Bernheim qui a chanté le El Malé Rahamim.

Juifs et Chrétiens unis dans la douleur et la souffrance de la Shoah à Auschwitz, un cardinal et un grand rabbin, des historiens, des personnalités, des anonymes. Un silence, des larmes, la transmission de la Shoah…

Auschwitz, l’industrialisation de la Mort

En arrivant à Auschwitz, j’ai demandé au GR Gilles Bernheim s’il fallait entrer avec une kippa dans le camp. Réponse simple que j’ai encore en tête aujourd’hui : sous chaque brin d’herbe, il peut y avoir une cendre d’un juif. Alors oui, il faut la kippa.

On commence la visite d’Auschwitz par la JudenRampe, le quai où les juifs survivants sortaient des wagons pour être triés. Vers la Mort immédiate, où la Mort reportée ultérieurement, après un travail forcé au service des Nazis. Fallait-il peut-être préférer la mort immédiate ? Qui sait ce que nous aurions fait en ces circonstances ?

On passe devant les maisons des paysans Polonais avec une impression de dégout et de stupeur. Des maisons mitoyennes au plus grand camp de la Mort ? Personne ne réagissait ? Complicité passive ou active ?

J’ai du mal avec ces Polonais qui commencent la visite en expliquant que des Polonais ont été emprisonnés et assassinés à Auschwitz. Réplique immédiate d’un membre de mon groupe : non, monsieur le guide, ils ne sont pas entrés ici comme Polonais mais comme Juifs, pour être tués comme Juifs. La tension monte. On a du mal à retenir ses larmes… ou ses poings.

J’ai été frappé et extrêmement choqué par la disposition du camp. Les architectes et ingénieurs allemands ont fait un travail extraordinaire pour optimiser la chaîne de la Mort. Des baraquements alignés dans une même ligne droite, les chambres à gaz et les fours crématoires à proximité.

Ne pas perdre de temps, tuer, gazer, brûler le maximum de juifs. La Mort coute cher en temps de guerre. Il faut rationaliser et optimiser la production industrielle de cadavres.

70 ans après, leur devoir est le notre

Aujourd’hui, il reste encore quelques survivants Que Dieu leur donne jusqu’à 120 ans pour profiter de la vie que les Nazis leur ont volée. Qu’ils puissent voir grandir leurs enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants.

Que Dieu leur donne surtout la force de nous transmettre ce qu’ils ont vécu. Car ils ont maintenant le droit et le devoir de parler, de nous raconter, de nous transmettre et, à notre tour de transmettre leur Histoire.

Ceux qui ont vécu la Shoah sont maintenant des octogénaires, ils ont eu la force de résister aux privations, aux coups, aux assassins, et c’est le pied de nez à Hitler et aux Nazis.

A nous de perpétuer la mémoire des 6 millions de nos frères et sœurs disparus dans la Shoah.

A nous de veiller aujourd’hui à ce que cela ne puisse se reproduire.

Notre obligation de mémoire et de transmission

Ironie du calendrier, au jour du 70eme anniversaire de la libération d’Auschwitz, le SPCJ publie des chiffres indiquant un doublement des actes antisémites en France.

Le rapprochement entre Hitler et le Mufti de Jérusalem a engendré d’autres bêtes immondes : des extrêmes de droite antisémites plus ou moins ouvertement d’Aube Dorée au FN, aux extrêmes de gauche antisionistes ou les islamistes de Daesh, HyperCasher , Montrouge, Paris, Bruxelles, Toulouse.

Le chemin de l’Horreur est court. Mais le Juif de France ou d’Israël est la Cible permanente.

Même si le Président de la République réagit enfin énergiquement contre l’antisémitisme et le racisme, nous savons que l’émotion passée, nous ne pourrons compter que sur nous-mêmes d’ici quelques semaines.

L’Antisémitisme ne va pas disparaitre dans les oubliettes de l’Histoire. Il n’est pas mort à Auschwitz, il renait sans cesse à Gaza, à Bruxelles, à Toulouse ou à Paris. Vider la France de ses juifs ne taira pas l’antisémitisme en France, on l’a vu dans des pays où les Juifs ne sont plus qu’en petit nombre.

Hélas, 70 ans déjà, 70 ans à peine. … Mais nous serons là en France, en Israël, encore 70 ans, à multiplier par des dizaines et des dizaines d’années.

Amalek, Aman, Hitler, nous serons là, malgré eux et contre eux, ceux qui s’appellent antisémites ou antisionistes.