Les pays arabes avaient un rendez-vous avec l’Histoire car ils pouvaient obtenir la direction générale de l’Unesco mais ils l’ont raté.

Les différents votes anti-israéliens étaient pourtant le signe que le monde arabe pouvait prétendre, grâce à des voix automatiques, à un poste important dans l’une des grandes institutions internationales.

Après le double mandat de la bulgare Irina Bokova, il était presque évident qu’aucun européen ne pouvait prétendre à ce poste.

Depuis le sénégalais Amadou-Mahtar M’Bow, qui avait siégé de 1974 à 1987, un représentant du «tiers-monde» était à nouveau en pôle position. Mais c’était sans compter sur le clivage entre les pays arabes qui a permis l’élection d’Audrey Azoulay.

Les rivalités claniques ont pris le dessus sur l’intérêt général et le renouveau de la diplomatie arabe stagne. Si, certes, il existe une unanimité pour fustiger et condamner Israël, les pays arabes n’arrivent pas à se regrouper quand Israël n’est plus au centre du vote.

On se souvient que l’Unesco avait décrété, en juillet, la vieille ville d’Hébron «zone protégée» du patrimoine mondial en tant que site «d’une valeur universelle exceptionnelle en danger. Mais ils n’ont pas été capables de rechercher l’efficacité au point de laisser l’Unesco trustée par des diplomates européens.

Alors que le résultat du vote coulait de source au vu des scrutins précédents, la bataille fut acharnée pour la direction «d’un machin dans le machin», situé à Paris derrière l’École militaire, place de Fontenoy, dans le 7e arrondissement.

De nombreux hauts fonctionnaires y émargent, souvent des anciens ambassadeurs en fin de carrière ou bien beaucoup d’espions qui trouvent là une bonne couverture.

De très bons candidats étaient en lice. L’ancien ministre de la Culture du Qatar, Hamad ben Abdelaziz al Kaouari, est parvenu en phase finale face à une femme chargée par Al-Sissi de défendre les droits de la femme. L’Égyptienne, Mouchira Khattab, diplomate, avait été ministre de la Famille et de la population.

Une Libanaise, Vera El Khoury Lacoeuilhe, représentait le multiculturalisme et une certaine tolérance chez les Arabes, avec en sus une connaissance de l’institution.

Le Qatari avait de bonnes chances de l’emporter car la tradition veut que le pays où siège une antenne de l’ONU ne présente jamais de candidat pour éviter les accusations de favoritisme ou même de corruption.

D’ailleurs, aucun Américain n’a été élu à la tête de l’ONU, aucun Autrichien n’a dirigé l’OSCE à Vienne tandis que le FMI est piloté par des Européens. Mais pour Audrey Azoulay, l’exception a été acceptée puisque les pays arabes n’étaient pas en mesure de présenter un front uni.

Certains diplomates n’hésitent pas à affirmer que cette élection ne rehaussera pas le prestige de l’Unesco, déjà mal en point depuis la décision des Etats-Unis et d’Israël de la quitter.

D’ailleurs la candidate française se faisait peu d’illusions sur son élection à un poste que lui avait offert François Hollande, en cadeau d’adieu.

Bien qu’aucun pouvoir de décision n’est attribué à la fonction de directeur général, les pays d’Afrique et du monde arabe ont trouvé la pilule amère alors qu’ils avaient l’occasion de placer à ce poste prestigieux l’un des leurs, à la fois arabe et musulman, dont la qualité du profil était unanimement reconnue.

De là à ce que l’Unesco soit accusée de «néo-colonialisme», il n’y avait qu’un pas qui a été franchi. Les pays arabes pensaient avoir trouvé un moyen de contrecarrer l’antagonisme indissociable entre l’Occident et l’islam et de donner une chance à l’organisation d’être dirigée par un représentant des pays du Maghreb et du Machrek. Les pays arabes ont décidé autrement.

Mais l’Unesco n’est pas responsable de cet échec dû à une crise endémique au sein de l’Organisation. Au lieu d’agir pour obtenir une victoire historique, certains pays arabes ont saboté l’élection plutôt que de voir l’un de leurs élus.

Le docteur Hamad al-Kawari n’a pas démérité mais il doit s’en prendre à ses amis des pays arabes qui n’ont pas voulu faire front face à la candidature européenne.

L’extrémisme a prévalu alors que l’éducation, la science et la culture sont les priorités de l’Unesco qui s’est trop politisée pour être efficace. Elle en paie les conséquences au point de se saborder.

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