Vingt ans après l’assassinat d’’Yitzhak Rabin. La foule des grands jours et Bill Clinton.  L’émotion sincère et les discours grandiloquents. Les « comment ont-ils osé » et « l’Ange de la Paix ». En résumé, la douleur encore vive d’une famille au sein d’un peuple affecté, face au cirque médiatique, au grand déballage des pseudo-amis et des spécialistes auto-proclamés.

La télévision israélienne pulvérise souvent des records de mauvais goût et d’outrance, avec des images d’attentats ou de guerres, diffusées en boucle sans fin, pour ajouter la dramatisation à l’horreur, et des commentateurs dont la logorrhée fleure bon la propagande soviétique, chinoise, ou arabe des années 70, quand ce ne sont pas les invités qui s’invectivent dans un brouhaha inaudible.

Mais dans les commémorations, les témoignages historiques, les reconstitutions d’évènements, cette trash-TV se surpasse !

Dans les derniers mois, nous avons eu droit à Bibi qui nous raconte, le sourire en coin, comment l’assaut contre les terroristes de l’avion de la Sabena, aurait pu échouer à cause d’un soldat pris d’un « besoin » urgent avant de passer à l’action .

Aux ex-patrons du renseignement qui nous expliquent à quel point leurs successeurs et les hommes politiques d’aujourd’hui sont nuls.

Au premier enquêteur interrogeant Ygal Amir, avec une arme dans sa sacoche pour le tuer mais finit par lui apporter le café.

Au journaliste de Aroutz 2 qui, parce qu’il parle arabe, peut suivre de nuit, sur fond de rafales de fusils-mitrailleurs, micro au poing et caméra en zoom permanent sur lui, des « miliciens » palestiniens paradant à quelques dizaines de mètres d’un quartier juif de Jérusalem, le visage caché et promettant l’enfer à Tsahal si elle s’aventure à pénétrer un village arabe. Si ce n’était le tragique des événements actuels, on pourrait en rigoler.

Et bientôt…. roulement de tambours…. Shula Zaquen, ex-collaboratrice/bras droit d’Olmert et superstar des prétoires de justice, qui va nous déballer toute la vérité sur son ex-patron/futur taulard: la marque de ses caleçons, la couleur de son costume préféré, le nombre de cafés qu’il buvait par jour, la taille des enveloppes contenant l’argent, et enfin l’adresse de son dentiste.

Bref, du lourd ! A ne manquer sous aucun prétexte !

Et les journaux ne sont pas en reste. Pour les intellos du Nord, celui de Tel Aviv bien sûr car le reste s’appelle « périphérie », la bible a changé de nom et s’appelle La Terre (Haaretz).

Un mélange de dépêches de l’AFP et de Télérama, dont la lecture vous laisse à penser que la majorité d’entre nous aurait été apte à remplacer les geôliers de Mandela ou les Kapos des camps de concentration et ne saurait se satisfaire que de musique orientale au fond de leur casbah.

Pour les « incultes de la périphérie », la référence, depuis la quasi-disparition du Maariv, est le Yediot Aharonot dont l’épaisseur est inversement proportionnelle aux nombres d’articles, l’essentiel du journal étant consacré à la publicité, au sport, aux recettes de cuisine et au quotidien des célébrités, Bar Rafaeli, Eyal Golan et Nicole Reitman en tête. Du très lourd Coco ! Sans oublier les éditoriaux: ceux de Ron Ben-Yshai et Nahum Barnea, qui savent tout bien mieux que le Premier ministre et le Chef d’Etat Major réunis, prédisant l’Apocalypse depuis trente ans, ou ceux de Yair Lapid, avant sa carrière politique, qui nous expliquait comment tout réussir, grâce à ses nombreux diplômes, pour que demain on puisse raser gratis, ou encore ceux de Shlomo Artzi qui nous raconte inlassablement ses bleus à l’âme.

Et pour les autres, car gratuit, il reste le Israel Hayom, le journal des amis du Premier ministre. J’imagine que, quand son épouse, la gentille Sarah, ses ministres, en particulier l’ami Aryé, économiste de renom, son meilleur ennemi, Mahmoud, et les dirigeants du monde l’embêtent, Bibi plonge dans la lecture de ces quelques feuilles écrites toutes à sa gloire pour retrouver le sourire.

Mais si les médias israéliens sont doués pour le pire, ils peuvent aussi proposer le meilleur. Ainsi le programme de « l’Ecole de Musique » (Bet Sefer Lamusica). Un animateur adorable, (originaire de la « périphérie » !), quatre profs sympas et des enfants qui chantent et vous arrachent les larmes des yeux. Un programme sans prétention alors qu’il pourrait en avoir. Car  les acteurs, les enfants, notre avenir sur cette terre, chantent presque exclusivement des chansons du répertoire israélien, tous ensemble, sans distinction entre religieux et laïcs, juifs et arabes, séfarades et ashkénazes.

Une école de tolérance, un refuge d’espoir, pendant que, à moins de cent kilomètres de là, à Hébron, d’autres caméras filment les palestiniens enterrant d’autres enfants, les armes à la main, la rage au ventre, la vengeance aux lèvres et la promesse de faire de leurs descendants notre prochain cauchemar.

Je ne suis pas naïf, et ne vis pas au pays des contes de fées. Et je sais, comme nous tous, que nos médias, accros aux recettes publicitaires, préfèreront presque toujours les conflits aux réconciliations, l’exagération à la stricte mesure des faits, les drames à l’espoir.

Comment nous étonner alors de l’image véhiculé par les médias étrangers sur Israël ?

Notre état permet tous les abus, au nom de la liberté de presse qui se transforme en dictature de la pensée. La démocratie ne consiste pas à permettre à des journalistes israéliens ou étrangers, dont l’intégrité s’amincit extraordinairement à l’idée d’une exclusivité, de s’affranchir des lois.

Tous les journalistes doivent être contraints, bien avant leurs règles déontologiques, aux règles de droits mais aussi de devoirs de tout citoyen. Et pour celui qui y contrevient par la falsification de la réalité, la diffusion de faux témoignages, voire l’absence de dénonciation de faits délictueux ou susceptibles de mettre en danger la vie d’autrui, la justice doit pouvoir sanctionner et punir à mesure de la gravité des faits reprochés.

Le retrait d’accréditation d’un journaliste étranger est une mesure simple à mettre en oeuvre et les sanctions de diffusion à l’encontre des chaines israéliennes toutes autant.

A ceux qui imagineraient que de telles décisions, nuiraient à la liberté d’expression ou à l’image  d’Israël dans le monde, je répondrais simplement que  les trois quarts des programmes des chaines israéliennes sont en fait des émissions de télé-réalité dont les protagonistes se foutent de tout à condition d’avoir leur heure de gloire, et que notre couverture médiatique internationale ne pouvant plus empirer, elle ne pourrait que s’améliorer. Et je fais le pari qu’elle le serait…très vite.