Au lendemain de la mort d’Elie Wiesel, les juifs se retrouvent orphelins et se demandent : y-a-t-il encore quelqu’un pour transmettre et quelqu’un pour écouter ?

Le rescapé d’Auschwitz est parti pour son dernier voyage le 2 juillet. Son décès a été annoncé par Yad Vashem.

C’est le temps des hommages, plus ou moins sincères, plus ou moins réussis. En tout cas rapides, pour coller à l’actualité.

Chez les politiques français d’abord, qui redécouvrent en même temps tant de vertus à Michel Rocard, décédé lui aussi le 2 juillet, François Hollande a été l’un des premiers à réagir.

Le chef de l’Etat a salué Elie Wiesel, “ce grand humaniste, inlassable défenseur de la paix qui a aidé à ouvrir les yeux du monde sur l’indicible blessure des juifs d’Europe”.

Sur les réseaux sociaux, on se bouscule pour poster un souvenir personnel (“ je l’ai rencontré en..”) ou des photos avec le prix Nobel de la paix 1986, donnant l’impression qu’on est soi-même très important.

Mais au delà du temps des hommages à Elie Wiesel, hommages qui vont s’estomper très rapidement, les vacances, France-Islande et le tour de France obligent, se pose le temps d’une réflexion.

Pour dépasser la légitime émotion.

Elie Wiesel a toujours porté en lui la transmission, celles du judaïsme et de la Shoah, et les combats pour la paix – et pas seulement celle pour Israël – et la défense des droits de l’homme.

L’enfant de Sighetu Marmatiei était l’un des derniers passeurs de la mémoire de la Shoah, qui avait une renommée internationale. Les voix de Primo Levi, Samuel Pisar et Imré Kertesz se sont tues. Celle de Simone Veil ne se fait plus entendre.

Chacun espère que l’écrivain israélien Aharon Appelfeld pourra continuer pendant longtemps encore à aligner les mots.

La disparition d’Elie Wiesel nous renvoie violemment à cette évidence. Autour de nous, nos proches, parents et amis, disparaissent ou sont partis.

Terrible mais inévitable!

Il est quelque fois trop tard pour poser les questions : “Ont-ils parlé?Avons-nous voulu les écouter?”

ILS SONT PARTOUT OU NOUS SOMMES SEULS?

Orphelins d’Elie Wiesel, nous portons en nous l’angoisse des juifs, en particulier de ceux qui ne vivent pas en Israël : Qu’allons-nous devenir ?Qu’allons-nous transmettre ? A qui ? Et qui va nous écouter ?

D’abord aux nouvelles générations pour comme le chantait Jean Ferrat, leur “dire qui vous étiez”, et les prévenir de la réalité telle qu’elle est dans l’Europe de 2016 : incertaine. Et qu’il faut savoir décider, au delà du constat.

Les politiques, eux, fonction oblige, vont de commémoration en commémoration.

Leur prochain rendez-vous est fixé au dimanche 17 juillet pour ce que l’on appelle improprement la cérémonie de la rafle du Vél’ d’Hiv’, à laquelle ne viennent presque jamais les enfants ou les petits-enfants des contemporains de la Shoah.

Nos concitoyens oscillent entre indifférence et agacement, voire hostilité. Pour certains, on a trop parlé de la Shoah et tout se mélange. Derrière le soutien aux Palestiniens, voici revenu depuis 16 ans l’antisémitisme verbal et violent.

Yvan Attal avait titré son dernier film : “Ils sont partout”. Mais en réalité, nous sommes seuls.

Une habitude, mais qui ne doit pas nous empêcher de faire face à notre inévitable mission.

Reprendre la parole d’Elie Wiesel et la transmettre, coûte que coûte.