« Accord historique », selon le Président Obama, ou « erreur historique », selon le Premier Ministre Netanyahu? – autour de l’interprétation de l’accord-cadre de Lausanne se renforce la controverse entre Washington et Jérusalem.

Pour les 5+1 signataires de l’accord sur le nucléaire Iranien, c’est le début d’une nouvelle ère dans les relations avec Téhéran. Pour Israël ainsi que l’Arabie Saoudite et quelques autres pays arabes modérés, ce serait une nouvelle édition du fâcheux accord de Munich 1938.

Conscient de l’inquiétude à Jérusalem le Président Obama a tenu à affirmer qu’il ne signerait aucun accord définitif qui mettra en danger Israél. « À Munich aussi on a promis de ne pas sacrifier la Tchécoslovaquie » rétorque-t-on à Jérusalem, Riad, Le Caire, et les Emirats Arabes.

De quoi s’agit-il?

Les discussions des deux camps ne débouchent, dans l’immédiat, que sur un accord dont les modalités devront être précisées, mais les grandes lignes sont tracées. Le droit de l’Iran à mener des activités d’enrichissement dans le cadre du nucléaire civil est reconnu. C’est la principale victoire de la République islamique.

En contrepartie, le nombre des centrifugeuses doit passer de 19 000 à 6 104 puis à 5 060 dans les dix ans. L’uranium ne devra pas être enrichi à plus de 3,67 % pendant quinze ans (il faut du 20 % pour une bombe atomique). Et les 10 tonnes d’uranium faiblement enrichi que l’Iran possède actuellement devront être ramenées à 300 kilos. La Russie s’est proposée pour recevoir le combustible iranien retraité. Mais toutes les centrales nucléaires poursuivront leur activité.

Une grande inconnue: Dans quelle mesure l’Iran respectera ses engagements, et laissera l’AIEA faire librement son travail de contrôle et vérification?

De cela dépendrait l’annulation, graduée ou immédiate, des sanctions. Il est plus que probable que l’intérêt économique que représente l’Iran, troisième puissance pétrolière du monde, avec ses 78 millions d’habitants, poussera les entreprises occidentales à agir en sorte que les sanctions seront levées rapidement, sans trop de scrupules.

Ces données ont influencé le ton quelque peu tendu de la conversation Obama-Netanyahu au lendemain de la signature en Suisse. Obama ayant affirmé que c’est un pas substantiel pour empêcher l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire, Netanyahu a alors rétorqué:  » Bien au contraire, ce sera une légitimation à l’Iran à poursuivre son projet nucléaire, donc à renforcer les risques de conflit. Bien plus, cela encouragerait une course régionale pour se doter d’arme atomique ». Et de rappeler: « Il y’a à peine deux jours Téhéran a proclamé que la destruction d’Israël n’était guère négociable ».

Quelques jours à peine plus tard Obama lui-même a reconnu que dans 13 à 15 ans rien ne pourra empêcher l’Iran d’acquérir l’arme atomique dans un très court laps de temps. « Le futur Président américain devra donc affronter ce problème » a-t-il ajouté cyniquement. Attitude hypocrite du style « Après moi le déluge ».

En voulant juger de sa tentative de rassurer sur les intentions de Téhéran, revient à l’esprit la déclaration rassurante du Président Clinton quelques années auparavant, ayant promis qu’en échange d’une aide économique substantielle accordée à la Corée du nord, le régime communiste s’est engagé à renoncer à son projet nucléaire. Aujourd’hui, cela apparait comme une mauvaise plaisanterie.

Or, justement, au-delà du dossier nucléaire, l’Iran multiplie ses tentatives de menaces contre Israël. On vient d’apprendre que Téhéran verse au Hamas des millions de dollars pour financer la construction de nouveaux tunnels d’attaque de Gaza vers Israël, ainsi que la reprise de fabrication de missiles. En plus, on remarque un rapprochement avec le Hezbollah en dépit de la controverse au sujet de la guerre civile en Syrie. En effet, cette organisation terroriste multiplie ses efforts à s’implanter sur le Golan.

Logiquement, on ressent en Israël une certaine tension. Les milieux militaires estiment que Téhéran non seulement alimente, voire soutient et appuie les rebelles au Yémen, en Syrie et en Lybie, mais aspire à réchauffer la tension entre le Hezbollah et Israël.

Or, c’est une menace très sérieuse de ce côté. En effet, un Général de Tsahal vient d’avertir qu’une reprise éventuelle du conflit sur le front Nord ferait des centaines de victimes et des milliers de blessés du côté israélien, en raison de l’arsenal de missiles que possède le Hezbollah.

Il s’agit, selon lui, de 100 à 130 milles missiles, bien plus que les quelques milliers que possédait le Hamas avant la guerre de l’été dernier. Aussi, en cas de conflit tout le territoire israélien risquerait de subir quotidiennement mille missiles en moyenne, en comparaison avec cent roquettes en provenance de Gaza. Ce militaire a précisé que l’anti-missiles « Dôme de fer » si efficace, ne sera susceptible que partiellement de défendre l’ensemble du pays.

Cependant, probablement afin de calmer un peu les esprits, les milieux de l’industrie militaire israélienne vient de révéler le progrès accompli dans la recherche et la fabrication de moyens de défense.

Il s’agit de « Baguette Magique », missile anti-missiles de courte et moyenne portée, ainsi que de missiles de défense « Hetz (« Flèche »). L’un est contre les missiles de moyenne et longue portée lancée dans l’atmosphère. Tandis que « Hetz 3 », au stade d’essais réussis, est destiné à intercepter des missiles lancés en dehors de l’atmosphère.

Mais tout le monde espère ne pas avoir à connaître ces épreuves. Peut-être grâce à la dissuasion, à condition qu’elle reste effective.