Les derniers attentats islamistes commis sur le sol de France ont suscité une vague d’émotion dont sous sommes solidaires. Nous sommes solidaires également du combat mené, selon les termes de François Hollande, contre “l’armée des fanatiques qui ont commis ces crimes”.

En de telles circonstances, l’unité républicaine est la règle et l’on doit s’abstenir d’interpréter l’événement selon des préférences partisanes. Cependant, quelques jusqu’auboutistes anti-israéliens et quelques jusqu’auboutistes pro-israéliens ont voulu tirer argument de la tragédie des attentats.

Certains se sont hâtés d’affirmer que la “question palestinienne” est une “matrice du délire rationnel des tueurs djihadistes” opérant en France. Ils entendaient susciter par là un revirement de la politique française, selon eux trop favorable à Israël.

Au même moment, des défenseurs inconditionnels de la politique israélienne déclaraient que “c’est le même terrorisme djihadiste qui frappe” ici et là. Et d’en conclure que le gouvernement français doit se rapprocher davantage du gouvernement israélien.

Surenchères pro-palestinienne ou pro-israélienne: les intentions sont opposées mais les démarches sont semblables. Les uns et les autres veulent tirer argument du terrorisme qui a frappé la France afin de propager leur vision sélective des réalités proche-orientales.

Certes, les auteurs des attentats de Paris et de Jérusalem ont en commun une religiosité musulmane dévoyée et teintée de préjugés anti-juifs. Mais les circonstances de l’engagement et du passage à l’acte diffèrent du tout au tout, et les services de renseignement des deux pays s’accordent pour nier l’existence d’un rapport direct ou d’une influence réciproque entre ceux-ci et ceux-là.

Des discours visant à exploiter le drame du 13 novembre, au service d’un argumentaire proche-oriental, sont indécents. Ils induisent des raisonnements biaisés sur la nature du conflit israélo-palestinien. Et ils risquent de relancer “l’importation en France” de ce conflit, avec les conséquences néfastes que nous avons connues dans le passé.

Mettre fin aux attentats en Israël et dans les territoires …

Il n’est pas sûr que l’arrestation cette semaine, quatre mois après les faits, des suspects juifs responsables de l’attentat de Douma qui a causé la mort d’un bébé et de ses parents réussira à mettre fin à la vague d’attentats actuelle en Israël et dans les territoires palestiniens.

Selon les responsables de la sécurité israélienne, cette situation risque de durer encore tout en ne se transformant pas, sauf évolution dramatique, en une nouvelle Intifada.

Le maintien de la coopération militaire entre la police palestinienne et l’armée israélienne est la preuve de la volonté palestinienne de ne pas voir la solution se dégrader. Seule une reprise sérieuse des négociations, où le gouvernement israélien donnerait une réelle perspective politique aux Palestiniens de voir un jour proche la fin de l’occupation, permettrait de répondre aux attentes de la population palestinienne, notamment de sa jeunesse, désespérée devant la poursuite de cette situation.

Yossi Sarid, l’ancien dirigeant du Meretz et ancien ministre de l’éducation sous le gouvernement Rabin, qui vient de décéder, disait qu’il était arrivé à la conclusion que « ce ne sont pas les politiciens qui prennent des décisions, mais que c’est la réalité qui les pousse à le faire ». C’est pourquoi, disait-il « L’occupation finira tôt ou tard parce que les réalités de la vie le décideront ainsi. Le seul problème est que ces réalités sont ici quelquefois plutôt des réalités de mort qui sont plus fortes que les réalités de vie ».

C’est pourquoi nous devons continuer à nous mobiliser, ici, aux côtés des dizaines d’ONG israéliennes qui refusent cette fatalité et appellent à un changement de cap de la politique israélienne pour sauver Israël et lui permettre de rester un Etat démocratique avec une majorité juive.