Les éditions L’Antilope ont entrepris depuis quelques mois de faire découvrir au lecteur francophone des auteurs juifs méconnus écrivant en hébreu et en yiddish. Parmi leurs récentes parutions, signalons le livre passionnant d’Eran Rolnik, Freud à Jérusalem, qui relate avec érudition et talent l’histoire de l’introduction de la psychanalyse au sein du Yishouv dans la période mandataire.

Dans un genre très différent, le roman de Hanan Ayalti, Attendez-moi métro République, traduit du yiddish par Monique Charbonnel-Grinhaus, est un grand roman d’amour sur fond d’occupation de Paris et de résistance.

Le héros, Jacques Sokolovski, juif polonais dont les parents ont immigré en France entre les deux guerres, se trouve pris dans l’effervescence politique du Paris des années 1930, avant d’être happé par la guerre et ses tragédies.

L’auteur, né en Pologne en 1910 sous le nom de Khonen Klenbort, a milité dans les rangs de l’Hashomer Hatzair à Bialystok, comme le relate Gilles Rozier, son éditeur, dans une préface intéressante.

Il rejoint son frère en Eretz-Israël en 1934, et adopte comme lui le nom d’Ayalti, en référence au kibboutz Ayelet Hashahar (“l’étoile de l’aube”) en Galilée, dont son frère était un des membres fondateurs. Le jeune Hanan, partisan d’un sionisme d’obédience marxiste, rejoint ensuite le kibboutz Binyamina, plus conforme à son idéologie, puis gagne Tel Aviv et se rapproche du parti communiste, ce qui lui vaut d’être arrêté par la police britannique et expulsé du pays.

Attendez-moi-metro-Republique

A Paris, il écrit dans le journal yiddish Naye Presse, qui l’envoie comme correspondant couvrir la guerre d’Espagne, où il perdra ses dernières illusions sur le communisme.

Il réussit à quitter la France en pleine guerre avec sa femme, Lotte, allemande rencontrée par l’intermédiaire d’Hannah Arendt, qui travaille alors à Paris pour l’alyah des jeunes. Ils parviennent à gagner ensemble Montevideo. Son roman Tate und Zun (Père et fils), écrit en pleine guerre, paraît sous forme de feuilleton dans le quotidien yiddish de Buenos Aires, avant d’être édité en livre (ce qui vaudra à son auteur un prix littéraire).

Comme l’auteur l’a confié dans une interview, il s’agit avant tout d’un roman d’amour, qui se déroule sur fond de guerre et dont une partie est autobiographique.

Le souffle épique, la description très évocatrice des lieux et événements et l’empathie de l’auteur pour ses personnages confèrent à Hanan Ayalti les qualités d’un très grand romancier. Il faut rendre hommage aux éditions L’Antilope pour leur travail et leur engagement au service des lettres juives.

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