Une maison divisée contre elle-même ne peut pas tenir debout.” Abraham Lincoln

Ankh-Morporkh est construite sur un sol de terre noire, mais elle est réellement construite sur elle-même…” Terry Pratchett.

Trois soeurs franco-israéliennes se donnent rendez-vous à Atlit pour vendre la maison de leurs parents, mais cette maison, ça n’est pas qu’une bâtisse, c’est une histoire, un lieu qui a été vécu, habité, aimé et haï.

Ce qui semble désuet, vide, et creux, contient son lot de souvenirs, et de fantômes, une identité d’avant, qui demeure dans la demeure d’aujourd’hui, et se répercute dans l’identité de ceux d’après.

SPOILER ALERT!

Paraphrase de la discussion entre les deux soeurs aînées, Cali et Darel, magnifiquement interprétées par Geraldine Nakache et Yael Abecassis:

“Notre grand mère a traversée l’Europe à pied en 1910. Elle est arrivée ici, et il n’y avait rien.”

“Il n’y avait rien vraiment? Tu veux dire bibliquement ? Au commencement il n’y avait rien, c’est ça? Il y avait des gens ici, avec leur village et leur identité.”

Israël est cette maison qu’ils reviennent habiter, peuplée des fantômes des gens qui l’ont précédée, tout comme leur maison est habitée des fantômes de leur parents, des enfants arabes qui vendent des olives; sans vouloir révéler la fin du film, qui doit être vu, les fantômes vous rappellent d’où vous venez.

Dans un film qui se déroule en 1995 sur fond d’assassinat de Rabin, mais qui sort quelques mois avant des élections israéliennes avec un relent de fatalité, je ne peux pas m’empêcher de mettre en parallèle cette « Bayit » peuplée de fantômes, dont certains de ses enfants essayent d’effacer l’histoire, avec le nom du parti Habayit Hayehudi, qui aimerait en faire de même, même si son nom signifie : la maison juive, Israël en somme, qui comme pays, essaye de forger une identité de deux peuples, et certains politiciens courageux qui encouragent la fraternité.

Quand d’autres veulent enterrer les fantômes, effacer une part d’histoire et d’identité, et blâmer l’autre, l’ennemi dans sa différence, il est bon de rappeler et de ne jamais oublier que la paix a été abattue par un Israélien, Juif, pas le fantôme d’un arabe colérique et revendicateur de ses propres fantômes face aux nouveaux venus.

Donnons-nous tous Rendez-vous à Atlit, une fois la paix signée et consommée.