Une petite manifestation d’adolescents et la terrible répression policière contre eux ont été à la source de l’instabilité et du cauchemar véritable qui sévit encore en Syrie. On a perdu le compte des victimes. Supportée par l’armée russe, l’armée syrienne bombarde systématiquement Alep pour détruire les hôpitaux; dix minutes plus tard pour liquider les secouristes; dix minutes plus tard pour donner le coup de grâce aux rescapés.

Et cela continue impunément.

Officiellement, ces bombardements sont destinés à combattre les terroristes de l’État islamique. À part une petite sortie vers Palmyre, tous les bombardements ont visé l’opposition au président syrien Assad et notamment la faction des rebelles dits modérés afin de maintenir coûte que coûte le régime dictatorial syrien.

25 000 radicaux islamistes se rattachant à Ahrar al-Sham, Jabhat al-Nusra, et l’État islamique ainsi que les rebelles syriens font face à l’armée syrienne et autant de membres de milices chiites qui sont armées et pilotées par l’Iran.

Au nom de la lutte contre le terrorisme et l’État islamique, la Turquie s’acharne à bombarder de façon quasi systématique les Kurdes de Syrie ; c’est là d’ailleurs la seule constante de l’incohérente et imprédictible politique étrangère turque. Pourtant, les Kurdes se sont avérés les plus aptes à combattre l’État islamique.

Entre-temps, l’armée russe s’ancre solidement en Syrie et envisage de créer une base navale en Libye. La Russie pratique les mêmes méthodes auxquelles elle a eu recours pour réprimer la rébellion tchétchène en ne faisant pas cas des victimes civiles.

Ainsi, on a compté jusqu’à 250 sorties aériennes en un jour contre les rebelles syriens dont des tirs de bombes thermobariques qui aspirent l’oxygène de l’air et déclenchent des explosions d’une intensité terrifiante, de bombes incendiaires et de bombes à retardement qui explosent après avoir pénétré dans les bâtiments. Les cessez-le-feu négociés avec les États-Unis ne tiennent pas. Les convois de vivres de l’ONU sont attaqués. Et le massacre continue. À ce rythme, il perdurera jusqu’à l’exode ou à l’éradication de la population d’Alep.

À Mossoul, plusieurs armées ont lancé l’assaut contre l’État islamique qui occupe cette cité de plus d’un million d’habitants. À l’armée irakienne conseillée par les États-Unis s’ajoutent les forces kurdes du Peshmerga ainsi que les milices chiites d’obédience iranienne qui ont brutalisé ou expulsé les résidents sunnites des cités conquises à l’État islamique.

Des forces turques non invitées par le gouvernement irakien veulent également participer à l’assaut de Mossoul, probablement pour s’assurer que les Kurdes d’Irak n’affirment pas trop leur autonomie. Toutes ces troupes n’ont qu’un seul dénominateur commun : le désir d’en finir avec l’État islamique.

Qu’en sera-t-il par la suite ? Le gouvernement irakien ne veut pas que les Kurdes deviennent trop forts. C’est aussi le cas de l’Iran qui cependant est prêt à renforcer les Kurdes d’Irak pour affaiblir la Turquie. Selon toute probabilité, une partie des milices chiites (Badr, Asa’ib Ahl Al-Haq, Hachd al-Chaabi, Kata’ib Hezbollah et l’armée du Moukhtar) s’apprête à envahir le territoire syrien afin de consolider l’emprise iranienne en Syrie.

Quant à l’État islamique, il a sûrement préparé des bombes pièges dans la ville qu’il tient en otage et une bonne partie de ses forces s’est repliée dans le désert irakien, prête à harceler les forces irakiennes, chiites, américaines ou kurdes en attendant de renaître sous d’autres formes.

La chute de Mossoul marquerait la fin du califat proclamé par l’État islamique, mais le chaos pourrait s’en suivre, car les forces en présence poursuivront alors des objectifs difficilement conciliables.

Depuis l’invasion mongole du XIIIe siècle, le Moyen-Orient n’a pas connu un tel état chaotique qui, par ailleurs, ne fait qu’empirer. Les habitants d’Alep et de Mossoul appréhendent les lendemains d’une victoire syrienne ou irakienne. L’expérience des exactions commises contre les populations civiles « libérées » par des armées conquérantes a été des plus amères, et ce, malgré les assurances données par des grandes nations.

Les Alliés occidentaux font des sorties contre l’État islamique, soutiennent les Kurdes et supervisent autant que faire se peut les agissements de l’armée irakienne et des milices chiites, guère convaincus de ce que, une fois l’État islamique vaincu, l’Iran n’en profite pour dominer le Croissant fertile et que le terrorisme reprenne de plus belle à l’échelle internationale.

Déjà, le chef d’état-major iranien Bagheri projette de bâtir une puissance navale dans la mer d’Oman et dans l’Océan indien avec en plus des bases navales au Yémen et en Méditerranée. Ceci promet un regain de tension important et dangereux dans la région, notamment entre l’Arabie et l’Iran. À ce jour, le conflit moyen-oriental oppose l’Iran et l’Arabie qui se battent par l’intermédiaire de milices de procuration en Syrie, en Irak et au Yémen.

Sur un autre plan, les économies de la plupart des pays du Moyen-Orient ont misé essentiellement sur la richesse pétrolière et sont devenues des économies de rentiers, le peuple vivant des largesses semées de temps à autre par les régimes des pays pétroliers dans le but de calmer les esprits. À moyen terme, l’insatisfaction générale des pays de la région, à commencer par les pays non pétroliers, tels l’Égypte, la Turquie, la Jordanie ou même la Tunisie qui constituent des foyers d’instabilité latents.

En récusant sa propre promesse de réagir si des armes chimiques étaient utilisées en Syrie, Obama a fauté par omission et a indirectement donné le feu vert à la continuation du massacre par d’autres moyens. Que fera le prochain président américain Trump ? Envisagera-t-il une action militaire ou une nouvelle entente de partage d’influence avec la Russie ?

L’avenir proche nous le dira.