Des dizaines de milliers d’Arabes israéliens ont manifesté samedi 11 août sur la place Rabin à Tel-Aviv, une semaine après les Druzes (et de nombreux Juifs) qui avaient fait entendre la semaine précédente leur hostilité à la loi sur l’Etat-Nation.

Le rassemblement des Arabes israéliens avait un caractère ethnocentrique : du fait de la participation d’élus arabes proches du Front du refus, le Parti travailliste et la nouvelle présidente de l’opposition, Tsipi Livni, avaient demandé à leurs partisans de ne pas participer au rassemblement.

Seul Meretz (extrême-gauche) s’était joint à l’appel. La manifestation s’est déroulée sans réelle surprise sauf pour ceux qui ignorent (ou feignent d’ignorer) la réalité politique des Arabes israéliens. Plusieurs dizaines de drapeaux palestiniens flottaient au vent et des manifestants scandaient le slogan traditionnel de l’OLP : « Par l’esprit et le sang, nous te libérerons Ô Palestine ! »

Cela devait soulever l’indignation de nombreux partisans de la loi. Des ministres Likoud virent dans cet affichage la preuve que la contestation de la loi par les Arabes israéliens n’est qu’un prétexte pour exprimer leur refus de l’existence de l’Etat d’Israël.

Ce qui n’est pas faux, même si seule une partie (apparemment minoritaire) des manifestants avaient ostensiblement manifesté leur adhésion aux symboles de la lutte antisioniste. Mais là n’est sans doute pas l’essentiel.

Ces débordements ont permis au Premier ministre, Binyamin Netanyahou, de marquer encore un point dans la compétition électorale qui se profile à l’horizon, en déclarant : « Il n’y a pas de meilleure preuve de la justesse de la loi sur l’Etat-Nation ».

En fait, samedi soir, il ne s’est rien passé. Le gouvernement a réaffirmé sa volonté de stigmatiser les Arabes israéliens qui proclament depuis des années que leur combat pour l’égalité est inséparable de celui de la reconnaissance de leur identité.

Ils ont ainsi rappelé aux esprits chagrins que leur combat social est un combat national, leur destin étant intimement lié à celui de leurs frères vivant de l’autre côté de la Ligne verte. Qui pourrait en douter ? Les Arabes de Haïfa, de Nazareth, de Jaffa ou d’Oum el-Fahm sont les Palestiniens d’Israël.