Après quatre années Netanyahou, l’autosatisfaction économique

Croissance forte, inflation maîtrisée et chômage nul : à l’occasion du nouvel An juif, le ministère israélien des Finances a dressé un état des lieux de l’économie d’Israël ; un bilan en forme de satisfecit à l’approche des prochaines législatives.
Depuis le 7 octobre 2023, l’économie israélienne a connu des hauts et des bas mais elle a mieux résisté que prévu. L’année 2026 devrait voir un retour de la croissance, tirée par la consommation locale et les investissements étrangers.
À la veille de Rosh Hashanah 5787, le ministère des Finances a cru bon de publier (en hébreu seulement) des données fraîches sur l’économie israélienne. A priori, rien de plus naturel que de conclure une année en publiant un bilan économique qui présente l’état de l’économie au grand public.
Reste qu’à l’approche des législatives du 27 octobre prochain, le bilan officiel devient un témoignage de satisfaction du ministre des Finances Betsalel Smotrich qui est en place depuis quatre ans et qui vise à convaincre les électeurs de lui accorder leur confiance.
Si les chiffres présentés dans ce rapport sont exacts, le ministre des Finances aurait dû faire preuve davantage de modestie et de nuance ; beaucoup de ces résultats ne sont pas le fruit de sa politique, d’autres sont à relativiser par des évènements extérieurs. Prenons quelques exemples des omissions du ministre Smotrich dans les domaines de l’inflation, des investissements étrangers et du chômage.
Baisse de l’inflation
L’inflation en Israël est bien retombée à 1,5% en cette fin 2026, après un sommet à 3,2% en 2024 et 2,6% en 2025.
Seulement voilà : la baisse de l’inflation n’est pas le résultat de la politique du ministère des Finances. Elle est le fruit de la politique vigoureuse de la Banque centrale et de son Gouverneur Amir Yaron qui a fait usage de deux instruments monétaires :
- il a maintenu un taux d’intérêt élevé pour freiner les crédits et l’endettement ;
- il a acheté massivement des billets verts pour renforcer le shekel et juguler l’inflation.
Cette politique monétaire ferme s’est réalisée à l’encontre de l’avis de Smotrich qui, au contraire, réclamait une baisse rapide des taux d’intérêt et un affaiblissement du shekel.
Boom des investissements étrangers
Les investissements étrangers directs en Israël ont bien connu un bond de 78% en 2025, atteignant 26,2 milliards de dollars contre 14,8 milliards en 2024, et la même tendance est observée au premier semestre 2026.
Or cet afflux de capitaux étrangers n’est pas lié à la reprise de l’activité ; il est le résultat d’un nombre restreint de transactions particulièrement importantes, comme :
- le rachat de la société israélienne de cybersécurité Wiz par l’américain Google pour 32 milliards de dollars début 2026,
- le rachat de la société israélienne de sécurité informatique Cyber Ark par l’entreprise américaine Palo Alto pour 25 milliards de dollars fin 2025.
Ces contrats faramineux ont injecté dans l’économie des fonds estimés à plusieurs milliards de dollars.
Disparition des chômeurs
Le chômage est bien tombé en dessous de 3%, un des plus bas niveaux jamais enregistrés en Israël.
Ce résultat peut paraître surprenant au vu des suppressions d’emplois provoqués récemment par l’intelligence artificielle, ainsi que des fermetures d’entreprises qui n’ont pas résisté à une guerre prolongée.
En fait, la baisse du chômage est à relier à deux autres phénomènes :
- l’émigration massive (plus de 200 000 Israéliens ont quitté le pays depuis octobre 2023) a supprimé des chiffres du chômage les salariés licenciés en Israël qui sont partis tenter leur chance outre-mer ;
- l’interdiction d’entrée en Israël des ouvriers palestiniens ont laissé leurs emplois à des travailleurs étrangers tout comme à des Israéliens.
Autrement dit, la baisse du chômage est surtout le résultat d’une pénurie de main d’œuvre que le pays a encore du mal à combler.
En cette fin 2026, l’économie d’Israël se porte bien. Or les bons résultats ne sont pas toujours à mettre sur le compte de la politique du ministère des Finances, au contraire ; ils ont été atteints malgré la politique d’un gouvernement trop occupé à distribuer des subventions aux partis de la coalition pour assurer sa survie.
Au lieu de dresser un bilan équilibré, le ministre des Finances sombre dans l’autosatisfaction ; aux électeurs de juger l’action réelle de leurs élus avant de glisser leur bulletin dans l’urne…
