Je fête aujourd’hui mes 12 ans d’alyah. 12 ans au cours desquels j’ai lentement appris à vivre au rythme du Moyen Orient. La région du monde où nul n’oserait présager de quoi sera fait le lendemain. C’est pourtant dans ce voisinage hostile que j’ai élu domicile. Rétrospective sur ce long processus d’israélisation. 

Lorsque à mes 19 ans j’ai débarqué, avec mon one-way ticket, je n’avais pas une grande idée de l’histoire dans laquelle je m’aventurais. Muni de la bonne dose de houtzpa [culot] nécessaire, j’avais décidé d’y faire mon trou, et très vite me sentir ici chez moi.

6 mois plus tard, je servais dans les rangs des parachutistes, alors que j’apprenais encore l’hébreu, je me retrouvais avec les enfants du pays à défendre nos frontières.

A cette époque, je faisais tous les efforts nécessaires pour ne pas me différencier, pour être un des leurs. Je voulais être Israélien, comme tout le monde. L’armée m’a aidée à trouver ici ma place.

Trois ans après, j’étais devenu comme beaucoup d’Israéliens de mon âge, un grand ado qui avait vécu la guerre. Rien de très inhabituel ici, ou cette anomalie est devenue une banalité.

La suite était à mes yeux une évidence, un chemin tout tracé. Je rêvais de conquérir la Knesset, de grimper au somment de l’Olympe.

J’ai donc étudié les sciences politiques dans la meilleure haute école du pays. Je continuais à peaufiner mon hébreu, m’entêtant à lutter contre mon accent qui trop souvent me « trahissait », – je voulais parler la langue comme si elle était mienne depuis toujours.

Fort de mes 6 années passées en Israël et de mon diplôme de science-po je pensais être lancé sur le chemin de l’accomplissement, je croyais avoir trouvé mes marques. C’est alors qu’une rupture amoureuse venait bousculer le cours des événements. J’ai pendant tout un temps perdu pied, traversant une crise d’identité.

Pour la première fois depuis mon arrivée au pays, j’ai remis en question la dévotion totale et aveugle que je portais à Israël.J’ai commencé à me poser les questions qui font mal. Suis-je vraiment Israélien ? Quelle est cette identité israélienne ? Est-ce que cette culture est vraiment mienne ?

Je ressentais un besoin de découvrir ma réelle identité, celle qui me guidait subtilement depuis ce moment où l’idée d’immigrer en Israël s’était mise à germer en moi vers l’âge de 11 ans.

J’étais alors un enfant qui fantasmait, ce rêve à toutefois continué au fil des âges. Plus qu’une immigration, arriver en Israël était en fait un retour à la source.

Pendant près de quinze ans le projet sioniste et l’état d’Israël ont été pour moi des modèles d’inspiration. Avec le recul, je me rends compte que cela n’était que mon alibi, car mon aspiration réelle n’était pas l’alyah mais bien de me connecter à mon essence juive.

Mon amour d’Israël exprimait une profonde envie non-consciente de renouer avec mes racines juives. Toute la démarche entreprise 12 ans plus tôt n’avait pour autre but que de me rapprocher de notre héritage millénaire.

Cela fait trois années que je me suis engagé sur la voie de nos pères. La voie de la spiritualité, du travail sur soi, de la pleine conscience. Je travaille aujourd’hui dans l’éducation dans un programme d’excellence voué à former des adolescents à devenir les leaders de demain.

Je n’en suis pas moins resté Israélien, je découvre et cultive l’autre facette de ce sionisme, qui est immuable et indéfectible, comme la promesse divine qui nous a été faite.